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Brevet blanc, sq théâtre, Musset, Brevet 2013

 

DNBac

 

Alfred de Musset

Barberine 1835


La pièce se déroule en Hongrie, à la fin du Moyen Age.

Acte I

Une route devant une hôtellerie. Un château gothique au fond, dans les montagnes.

Scène 1

Rosemberg, L'hôtelier

ROSEMBERG. – Comment ! point de logis pour moi ! point d'écurie pour mes chevaux ! une grange ! une misérable grange !

L'HOTELIER. – J'en suis désolé, monsieur.

ROSEMBERG. – A qui parles-tu, par hasard ?

L'HOTELIER. – Excusez-moi, mon beau jeune seigneur. Si cela ne dépendait que de ma volonté, toute ma pauvre maison serait bien à votre service ; mais vous n'ignorez pas que cette hôtellerie est sur la route d'Albe Royale, l'auguste séjour de nos rois, où, depuis un temps immémorial, on les couronne et on les enterre.

ROSEMBERG. – Je le sais, puisque j'y vais !

L'HOTELIER. – Bonté du ciel ! Vous allez faire la guerre ?

ROSEMBERG. – Adresse tes questions à mes palefreniers(1), et songe à me donner tout d'abord la meilleure chambre de ton vilain taudis.

L'HOTELIER. – Hé ! monseigneur, c'est impossible ! il y a au premier, quatre barons moraves, au second, une dame de la Transylvanie(2), et au troisième, dans une petite chambre, un comte bohémien, monseigneur, avec sa femme qui est bien jolie !

ROSEMBERG. – Mets-les à la porte.

L'HOTELIER. – Ah ! mon cher seigneur, vous ne voudriez pas être la cause de la ruine d'un pauvre homme. Depuis que nous sommes en guerre avec les Turcs, si vous saviez le monde qui passe par ici !

ROSEMBERG. – Eh ! que m'importent ces gens-la ? dis-leur que je me nomme Astolphe de Rosemberg.

L'HOTELIER – Cela se peut bien, monseigneur, mais ce n'est pas une raison...

ROSEMBERG. – Tu fais 1'insolent, je suppose. Si je lève une fois ma cravache...

L'HOTELIER. – Ce n’est pas 1'action d'un gentilhomme de maltraiter les honnêtes gens.

ROSEMBERG, le menaçant – Ah ! tu raisonnes ? je t'apprendrai...


Scène 2

Les mêmes. Quelques valets accourent. Le chevalier Uladislas sort de I'hôtellerie.

LE CHEVALIER, sur le pas de la porte. – Qu'est-ce, messieurs ? Qu'y a-t-il donc ?

L'HOTELIER. – Je vous prends à témoin, monsieur le chevalier. Ce jeune seigneur me cherche querelle, parce que mon hôtellerie est pleine.

ROSEMBERG. – Je te cherche querelle, manant ! Querelle... à un homme de ton espèce !

L'HOTELIER. – Un homme, monsieur, de quelque espèce qu'il soit, a toujours une espèce de dos, et si on vient lui administrer une espèce de coup de bâton...

LE CHEVALIER, s'avançant, à I'hôtelier. – Ne te fâche pas, ne t'effraie pas ; je vais accommoder(3) les choses.

1. Palefrenier : personne qui est chargée du soin des chevaux.

2. Transylvanie : région de 1'est de l'Europe, située à proximité de la Hongrie.

3. Accommoder : arranger.





Première partie

QUESTIONS (15 points)

I. UN TEXTE DE THEATRE (7 points)




1. A quoi reconnaît-on qu'il s'agit d'un texte de théâtre ? Vous relèverez trois indices qui le prouvent. (1,5 point)

2. Relisez la première réplique de Rosemberg (l. 1-2). Que permet-elle d'imaginer de ce qui s'est passé avant ? (1 point)

3. Relevez trois termes qui aident à situer l’action au Moyen Age. Pour chacun d'eux, dites brièvement pourquoi. (1,5 point)

4. « dis-leur que je me nomme Astolphe de Rosemberg » (l. 21-22). Quel groupe nominal le pronom «leur » remplace-t-il ?
Pourquoi Rosemberg trouve-t-il important que l'hôtelier «leur» dise son nom ? Qui d'autre a besoin de connaître ce nom à ce moment de la pièce ? (2 points)

5. « vous n'ignorez pas que cette hôtellerie est sur la route d'Albe Royale, 1'auguste séjour de nos rois (...) » (l. 6 à Cool. Puisque son interlocuteur ne 1'ignore pas, pourquoi, d'après vous, 1'hôtelier lui redonne-t-il néanmoins cette information ? (1 point)

II. DEUX SCÈNES DE DISPUTE (8 points)

6. Dans les lignes 5 à 12, relevez les groupes nominaux employés par Rosemberg et par l'hôtelier pour désigner 1'auberge. En quoi s'opposent-ils ? (2 points)

7. a) « Adresse tes questions à mes palefreniers » (1. 11); « Mets-les à la porte. » (1. 17). Quel est le mode utilisé dans ces deux propositions ?
b) Relevez le nom employé par Rosemberg dans la scène 2 pour apostropher l'hôtelier.
c) Que pouvez-vous déduire des réponses précédentes sur le comportement de Rosemberg à l’égard de l’hôtelier. (3 points)
8. « ce n'est pas une raison » (1. 23) : « Ah ! tu raisonnes ? » (1. 27). Précisez le sens du nom et du verbe en fonction du contexte. (1 point)
9. Pourquoi peut-on dire qu'il s'agit de deux « scènes de dispute » ? Vous donnerez deux arguments différents pour justifier votre réponse, en vous appuyant sur des exemples précis tirés des deux scènes. (2 points)



RÉÉCRITURE (4 points)

Réécrivez les lignes 31-32 en imaginant que Rosemberg s'adresse à la fois à l'hôtelier et à ses valets, en faisant toutes les transformations nécessaires.
De même, réécrivez la réplique suivante (lignes 33 et 34) en remplaçant Un homme par Les hommes.

La correction qui est donnée ci-dessous indique les réponses attendues. Elle ne présente pas l'exemple d'un devoir rédigé ni d'une copie idéale.


DNBac
BREVET BLANC : ELEMENTS DE CORRECTION.


I. UN TEXTE DE THEATRE


1. La division en actes et en scènes (acte I, scène 1 et scène 2).


Le nom des personnages et un tiret précèdent chaque réplique.


La liste des personnages présents apparaît après le numéro de la scène.


Les italiques différencient les indications scéniques (ou didascalies) des répliques.


Les deux premières indications scéniques précisent l'époque et le décor de la scène.


Les répliques sont au discours direct.



2. La première réplique de Rosemberg permet d'imaginer que cet homme se déplace avec des chevaux, et qu'on vient de lui refuser un logis dans l'hôtellerie ; on lui a proposé une grange, ce qui provoque son indignation.



3. L'action se situe au Moyen Age : « un château gothique » (l'architecture gothique date du Moyen Age) ; « mon beau jeune seigneur », « monseigneur » (ces apostrophes s'adressent à un jeune noble à cette époque) ; « depuis que nous sommes en guerre avec les Turcs » (peut-être que ces chevaliers, baron ou comte partent en croisades).



4. Le pronom « leur » (l. 21) remplace le G.N. : « ces gens-là » (l. 21) ou, plus justement, « quatre barons moraves…une dame de la Transylvanie…un comte bohémien… » (l. 14-15), c'est-à-dire les clients de l'hôtelier.


– Rosemberg pense que son seul nom, sa célébrité, feront que les autres clients lui laisseront une place, qui –selon lui- est due.


– En ce début de pièce (scène d’exposition), c’est le public, lecteur ou spectateur, qui a besoin de savoir son nom (« la double énonciation »).



5. L. 6 à 8 : l’hôtelier redonne cette information pour tenter de le convaincre de sa bonne foi ; c’est un argument pour montrer que son hôtellerie se trouve sur une route très fréquentée et ne peut donc qu’être complète.

6. D’autre part, cela permet à l’auteur de donner une information supplémentaire au public en décrivant le contexte historique.



II. DEUX SCENES DE DISPUTE

6. L. 5 à 12 : l’hôtelier désigne l’auberge par « toute ma pauvre maison » (l.6) et « cette hôtellerie » (l.7) ; Rosemberg désigne l’auberge par « ton vilain taudis » (l.12).


L’hôtelier se montre ainsi humble et poli, alors que le terme péjoratif de « taudis » trahit le mépris de Rosemberg et son arrogance.



7. a– L.11 et l.17 : ces deux propositions sont au mode impératif.


b– Rosemberg utilise l’apostrophe « manant » (l.31).


c– Rosemberg traite l’hôtelier comme le dernier de ses valets : il lui donne des ordres (impératifs), l’injurie en le traitant de « manant » ; il se montre très hautain, autoritaire, extrêmement méprisant contre un homme de bonne foi. Rosemberg est furieux qu’un homme tel que lui se voit opposer un refus : son orgueil ne peut admettre une telle situation.



8. L. 23 : « ce n’est pas une raison » : une bonne cause, un motif acceptable.


L. 27 : « Ah ! tu raisonnes » : tu chicanes, tu contestes, tu ergotes, tu discutes…



9. Deux scènes de dispute : Rosemberg et l’hôtelier défendent chacun leur point de vue, et ces points de vue sont contraires : l’un veut une chambre que l’autre ne peut lui donner.


La tension entre les deux personnages monte : Rosemberg passe de la colère verbale aux menaces (l.27).


La dispute aurait pu dégénérer, mais avec la scène 2 apparaît un nouveau personnage, le chevalier Uladislas, qui se pose en conciliateur (médiateur) : « je vais accommoder les choses » (l.36).



REECRITURE

L. 31-32 : « je vous cherche querelle, manants ! Querelle à des hommes de votre espèce ! »


L. 33-34 : « Des hommes, monsieur, de quelque espèce qu’ils soient, ont toujours une espèce de dos, et si on

vient leur administrer une espèce de coup de bâton… »



Deuxième partie


RÉDACTION (15 points)

SUJET


Vous rédigerez la suite et la fin de la scène 2. Le chevalier cherche à convaincre Rosemberg de quitter l'auberge. II y réussit ou non, selon votre choix. Vous ferez jouer un rôle à l'hôtelier et, si vous le souhaitez, aux valets.


CONSIGNES


Le dialogue fera apparaître les arguments de chacun.


Il sera tenu compte, dans l’évaluation, de la correction de la langue et de I'orthographe.

 

 

DNBac

Date de dernière mise à jour : 30/07/2017