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Séquence pédagogique, les poètes engagés dans la résistance. La poésie engagée au collège

 

DNBac

 

Séquence pédagogique sur la poésie engagée

 

1 - Biographies de poètes de la résistance

2 - Lectures de poèmes engagés

3 - Questions sur les poésies choisies

4- HDA / Analyse de l'affiche rouge

Lire le dossier

 

 

Strophes pour se souvenir

« Strophes pour se souvenir » est un poème extrait du Roman Inachevé, en 1955, en mémoire du groupe Manouchian, résistants étrangers fusillés par la Gestapo en 1944. L'annonce de leur condamnation avait été faite par le biais d'une affiche reproduisant leurs photographies, et qui est restée sous le nom de l'Affiche rouge. Le poète tente de raviver le souvenir des résistants. Ce texte sera également mis en musique par Léo Ferré.

Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes Ni l'orgue ni la prière aux agonisants Onze ans déjà que cela passe vite onze ans Vous vous étiez servi simplement de vos armes La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants L'affiche qui semblait une tache de sang Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles Y cherchait un effet de peur sur les passants Nul ne semblait vous voir français de préférence Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE Et les mornes matins en étaient différents Tout avait la couleur uniforme du givre À la fin février pour vos derniers moments Et c'est alors que l'un de vous dit calmement Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses Adieu la vie adieu la lumière et le vent Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses Quand tout sera fini plus tard en Erivan Un grand soleil d'hiver éclaire la colline Que la nature est belle et que le coeur me fend La justice viendra sur nos pas triomphants Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant. Louis Aragon, Le Roman Inachevé

 

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Strophes pour se souvenir

1) Quelles remarques pouvez-vous faire en ce qui concerne la forme de ce poème (mètre, strophes, rimes) ?

 

2) Distinguez trois situations d’énonciation différentes dans ce poème, en observant notamment les pronoms personnels et les adjectifs possessifs : qui s’adresse à qui, quand et pourquoi ? Quels moyens typographiques aident le lecteur à les repérer ?

 

3) Quels éléments de l’Affiche rouge Aragon évoque-t-il ?

 

4) Selon lui, quel effet cette affiche veutŔelle provoquer ?

 

5) Quelle est l’attitude des Français occupés vis à vis de cette affiche ? Relevez les allusions au contexte temporel et historique.

 

6) Quel portrait l’Affiche rouge présente-t-elle des résistants ?

 

7) Quel portrait le poète lui oppose-t-il ?

 

8) Que nous apprend la lettre de Manouchian sur la personnalité du chef de réseau ? Observez les champs lexicaux développés, les répétitions.

 

9) Quelle est la nature de cette lettre ? Quelle est sa fonction ?

 

10) Quelle est la fonction de ce poème engagé ? Comparez la 1ère et la 2ème strophes avec la dernière (répétitions, oppositions) et interrogez-vous sur le titre du poème.

 

Aragon

1) La forme de ce poème (mètre, strophes, rimes) ?

Mètre = alexandrin

7 strophes de 5 vers = 7 quintils

abbab- cbbcb Ŕ dbbdb Ŕ ebbeb Ŕ fbbfb Ŕ gbbgb Ŕ hbbhb : répétition d’une même rime en [an] tout au long du poème

Absence de ponctuation et vers libres malgré une certaine régularité

2) Coexistence de trois situations d’énonciation différentes

- v. 1 à 18 : le poète (« nos ») s’adresse aux résistants (« Vous », « vos ») « onze ans » après l’événement relaté, afin d’en conserver le souvenir.

- v.19 à 30 : vers en italique, paraphrase poétique de la lettre de Manouchian, l’énonciateur est ce résistant (« je », « moi », « nos », « mon »), le destinaire est sa femme Mélinée (« toi », « ma Mélinée », « te »). Il s’agit d’une reprise de la lettre réelle écrite par Manouchian avant son exécution.

- V.31 à 35 : narration à la 3ème personne, le poète n’est plus présent dans les vers (« Ils »), recul, conclusion.

3) Les éléments de l’Affiche évoqués par le poème

Aragon évoque les « portraits (…) Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants » des résistants. Souligne le choix de photos présentant des individus à l’apparence inquiétante (cf. hypallage « de barbe et de nuit » + gradation). Il fait allusion à la couleur rouge de l’affiche qu’il compare à « une tache de sang », mettant par là en relief l’objectif recherché par les propagandistes, à savoir l’association dans l’esprit des Français, entre les résistants et le sang, le crime. Il parle également des légendes présentes sous les portraits : « à prononcer vos noms sont difficiles ».

4) L’effet que cette affiche veut provoquer

L’évocation de cette affiche est très subjective : Aragon ne se contente pas de décrire l’Affiche rouge, mais offre en même temps son interprétation, qui consiste en une dénonciation des effets recherchés par les propagandistes sur les passants. En effet, les portraits offrent des résistants des images angoissantes (ressemblent à des fous furieux). Adjectifs qui mêlent la description du visage et le trait dont il serait révélateur : l’hostilité, le danger. La couleur rouge est destinée à les associer au sang et au crime, leurs noms sont inscrits parce que leur consonance étrangère les rend antipathiques et inquiétants (inversion du verbe à l’infinitif montre comment la rhétorique nazie associe dangerosité et identité étrangère). Selon Aragon, cette affiche veut provoquer « un effet de peur » (faire peur et non convaincre par des arguments, toucher l’être humain dans ses sentiments primaires et non le faire réfléchir).

5) L’attitude des Français occupés vis à vis de cette affiche et les allusions au contexte temporel et historique.

L’attitude des Français, désignés par des noms, des GN ou des pronoms les présentant comme un ensemble anonyme, est double :

- durant le jour : indifférence apparente (« sans yeux pour vous le jour durant »)

- pendant la nuit : solidarité et reconnaissance secrètes

La synecdoque et l’hypallage « des doigts errants » mettent en relief cette duplicité des Français. Combat collectif et anonyme qui contredit la « peur » des passants, voire l’hostilité à ces étrangers attendue par les occupants. L’inscription « Morts pour la France » qui figurera après la guerre sur de nombreuses plaques dans les rues des villes insurgées, confirme cette opposition entre les résistants de la nuit (cf. Editions de minuit) et les indifférents du jour, également signifiée par les conjonction « Mais » en milieu de strophe, pour marquer le basculement entre le jour et la nuit, une attitude et son contraire.

Double opposition :

- indifférents et collaborateurs = résistants

- résistants muets et inactifs le jour = combattant la nuit

Références au contexte historique : « les mornes matins », « Tout avait la couleur uniforme du givre », « fin février ». Evocation du moment exact : le mois et le froid qui y est associé, mais aussi de l’atmosphère propre à cette sombre période de l’histoire qu’est l’occupation (« mornes »).

6) Le portrait que l’Affiche rouge présente des résistants est l’inverse du portrait que le poète lui oppose :

Individus étrangers donc dangereux, criminels, terroristes.

≠ Strophe 1 : modestie, courage, pugnacité des résistants présentés comme des anonymes oubliés (cf. jeu de négations : répétition de « ni ») // lettre // dernière strophe.

8) La lettre de Manouchian apporte une dimension pathétique à la personnalité du chef de réseau

La lettre de Manouchian, en donnant la parole au chef de bande, met en valeur de manière directe, concrète et poétique l’humanité des résistants.

Répétition de « Adieu » + champ lexical du bonheur (« Bonheur », « plaisir », « heureuse ») et de la nature dans sa beauté (« lumière », « vent », « beauté des choses », « Un grand soleil d’hiver éclaire la colline », « Que la nature est belle ») : regret de quitter la vie « que le coeur me fend », « mon orpheline »).

Absence de haine (« sans haine ») envers ses meurtriers, grand calme (« calmement »). Répond à la haine et à la violence par l’amour et la paix.

9) La nature de cette lettre et sa fonction

Cette lettre est une paraphrase poétique de la véritable lettre de Manouchian (lequel était d’ailleurs poète) : poème dans le poème. Elle s’adresse à Mélinée, la femme du chef de bande, mais aussi à tous « ceux qui vont survivre », leur transmettant un message de paix, d’espoir (cf. impératifs et futurs présentant l’image d’un avenir plein de promesses).

Cette lettre constitue une réponse à l’Affiche rouge évoquée dans les 1ères strophes du poème. Elle permet en quelque sorte de donner la parole à l’accusé qui se défend non pas au moyen d’arguments, mais tout simplement en opposant à la haine des occupants une foi indestructible en l’amour et la paix. Présente une image spirituelle, poétique, humaine du chef de bande, en totale opposition avec les photos montrant des actes de violence.

10) La fonction du poème engagé

Strophe 7 : passage du « vous » au « ils », de l’anonymat à un nombre « vingt et trois » (anaphore) + relative, noms et adjectifs qui permettent de les caractériser, afin de rendre leur place aux résistants étrangers dont Aragon souligne le patriotisme. Antithèse « étrangers » / « nos frères » : solidarité de ces résistants étrangers qui se sont battus jusqu’à la mort pour le pays qui les avait accueillis (plus courageux et plus patriotiques que certains « vrais » Français !). Renvoie aussi à la parole évangélique.

Ces résistants étrangers sont présentés comme des êtres généreux et courageux, des martyres qu’il faut réhabiliter, auxquels il faut rendre hommage.

OEuvre de mémoire cf. titre « Strophes pour se souvenir » = « Onze ans déjà que cela passe vite onze ans ». Poème écrit en 1955, à une période où le souvenir de la guerre et de la Résistance s’estompe. Membres de l’Affiche rouge = oubliés de l’Histoire. Volonté de les réhabiliter. Importance de la notion de temps qui passe (répétition de la durée « onze ans », adverbes « vite », « déjà », absence de ponctuation) : il faut lutter contre l’oubli. Poème = épitaphe (cf. dernière strophe).

DNBac

 

Date de dernière mise à jour : 30/07/2017