Douter est-ce renoncer à la vérité ? Dissertation bac 2018 corrigée, Pondichéry séries technologiques

Bac 2018

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Sujet 1 : douter, est-ce renoncer à la vérité ?

Distinctions conceptuelles :

Vérité // certitude

Doute // illusion

Abandon // volonté

Le raisonnement s’organise donc autour de la distinction entre la vérité et la certitude.

Reformulation du sujet : le doute éloigne-t-il de la vérité ?

Problématisation : le sujet suggère que le doute éloigne de la vérité ; toutefois on peut se demander si le doute ne permettrait pas d’accéder à la vérité, dans la mesure où il serait quête de sens et non pas erreur, illusion. Le sujet soulève les questions suivantes :

Le doute permet-il d’accéder à la connaissance ?

La vérité est-elle certitude ?

Le doute est-il illusion ?

Plan possible

I- Le doute nous éloigne de la vérité : quand je doute, je renonce à la vérité

A/ Le doute nous éloigne de la certitude, c’est-à-dire de la vérité. On peut voir avec Descartes, dans ses Méditations Métaphysiques, qu’il y a en nous des idées nécessairement vraies, innées, telles le « je pense donc je suis ». Or le doute nous éloigne de ces vérités en les remettant en question.

B/ La Vérité se connaît comme Vérité. Pour Hegel, l’Idée absolue est la Vérité, qui se sait telle, toute Vérité ; la vérité qui doute n’est déjà plus vérité, elle est errance, illusion, erreur. La Vérité est ce qui nous éloigne du doute. Ainsi le doute nous éloigne-t-il en retour de la vérité.

C/ La vérité consiste à savoir nommer les choses adéquatement. C’est, selon Kant, l’accord de la connaissance avec son objet. De même pour Hobbes, la vérité consiste à ordonner clairement les dénominations. Si je commence à douter des mots eux-mêmes, représentants la vérité, je doute de tout. Doute et vérité paraissent au plus haut point incompatibles.

II- Toutefois le doute permet d’accéder à la vérité : on ne renonce pas à la vérité, mais on la cherche dans et par le doute.

A/ le chemin à la vérité est tortueux ; la doute méthodique est une bonne manière d’y accéder. Descartes propose ainsi de douter, non pas de tout, mais de tout sauf des idées claires et distinctes. Méthodiquement rétablir la connaissance en partant du seul postulat que « je pense donc je suis », et voir comme dépasser l’erreur grâce au doute, en ne rétablissant que ce dont je suis absolument certain.

B/ Le doute est une forme de contemplation de la vérité. Saint Thomas nous dit par exemple que la contemplation de la vérité est l’ultime fin de l’homme. On peut voir le doute comme une contemplation de la vérité dans le sens où il serait quête de sens à partir de l’erreur.

C/ On trouve la vérité par l’erreur. Pour Bachelard, c’est en revenant sur un passé d’erreurs que nous trouvons la vérité. Le doute se fait rétrospection pour mieux nous voir nous-mêmes dans notre vérité.

III- Plus encore la vérité se trouve dans le doute, dans le mouvement.

A/ On peut ici distinguer vérité et certitude. La certitude est connaissance figée ; la vérité quant à elle se situe dans le mouvement perpétuellement renouvelé de la vie. On peut voir avec Bergson que chercher à figer le monde, à lui apposer des grilles de lectures sûres d’elles-mêmes, prédéfinies, ce n’est pas mieux le connaître dans sa vérité mais lui faire défaut. La vérité n’est pas certitude mais doute, elle n’est pas figée mais en perpétuel mouvement.

B/ La vérité est recherche de vérité. Pour Spinoza, l’erreur provient d’un manque de connaissance. On peut alors tenter de définir la vérité dans ce chemin pour combler le manque de connaissance d’où surgit l’erreur. La vérité est quête de soi et non pas certitude de son existence.

C/ Le privilège attribué à la clarté est un préjugé moral, nous dit Nietzsche. Tout se passe comme si le doute était dévalué dans son potentiel créateur, alors même que sans lui, il n’y aurait pas de vérité. Vobserver le monde dans un filtre clair, sûr, « vrai », c’est se bercer d’illusions et non pas trouver la vérité mais s’en éloigné. Ce n’est pas le doute qui éloigne de la vérité, mais la certitude elle-même.