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Philosophie BAC L 2019 - Washington

 

  • Epreuve : BAC L
  • Matière : Philosophie
  • Classe : Terminale
  • Centre : Washington
  • Date :  mardi 21 mai 2019
  • Durée : 4h

 

 

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Sujets : lecture PDF 

Sujets l amerique philo l 2019Sujets l amerique philo l 2019 (534.07 Ko)

 

Sujet 1

Y a t'-il en nous quelque chose qui échappe à la culture? 

Sujet 2

La perception peut-elle être objective? 

Sujet 3

Commentaire : Kant, Théorie et pratique 

 

Correction sujet 1

 

La culture : l'ensemble des particularités d'un groupe, de la vie d'une communauté, qui sont artificielles. S'oppose à « nature ».
Sens premier (non concerné par le sujet) : travail de la terre = ce que l'homme modifie à sa nature.
La culture se divise en domaines : la langue, la religion, les valeurs, les modes de vie, …

Problème : impression d'un caractère submergeant de ces particularités, difficultés à remonter à un donné originaire qui serait le point de départ de toutes les différences culturelles. Mais vertige devant l'idée que nous tenons intégralement à ces particularités, qu'il n'y a rien d'universel dans notre identité, que l'humanité est une unité apparente seulement. Sentiment d'être prisonnier de déterminations contingentes. Comment trouver de l'universel, c'est-à-dire ce qui échappe à la culture ?

L'obscurité de la nature humaine : difficulté à trouver de l'universel

a) Très grande variété de cultures sur la Terre. Concerne tous les domaines de la vie. Quasi impossibilité manifeste de trouver un facteur commun. [ici, quelques exemples ethnologiques sont tout à fait bienvenus]

b) Le critère du corps : tous les hommes ont une tête, deux bras, deux jambes, indépendamment de leur culture. Problème : il y a un grand nombre de variations morphologiques d'un groupe à l'autre (ex résultats aux Jeux Olympiques). Le code génétique est lui aussi modifié par les appartenances ethniques. De plus, fonder l'humanité sur le corps reviendrait à exclure les difformités et les handicaps de l'humanité, ce qui est problématique.

c) Le critère de la raison : tous les hommes peuvent mener un raisonnement, additionner deux et deux. Descartes : « le bon sens [= la raison] est la chose du monde la mieux partagée ». Problème : là encore les types de rationalité diffèrent : tous les peuples n'ont pas les mathématiques, les conceptions du monde peuvent être très éloignées les unes des autres, certaines logiques orientales ne reconnaissent pas le principe de contradiction... De plus, là encore, cela reviendrait à exclure les fous et les malades mentaux de l'humanité.

Saisir l'humanité infra-culturelle en creux

a) Ce qui échappe à la culture en nous peut être pensé comme ensemble de virtualités. La nature humaine ne serait pas une certaine réalité concrète, mais l'ensemble des possibilités de ce que peut être l'homme. Chez Aristote, couple acte/puissance : la culture est du côté de l'acte, ce qui lui échappe est la puissance non actualisée. L'humanité est alors une forme creuse, qui doit être remplie par la matière de chaque culture particulière. Ces virtualités se retrouvent néanmoins en chacun de nous : « chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition » (Montaigne).

b) On peut rendre le portrait plus précis en identifiant aussi ce qui ne pourra jamais être humain. Idée d' « universel négatif » (François Jullien). Exemple : aucun homme n'aime être réduit en esclavage. L'humanité comme négativité, la culture comme positivité.


III. La morale comme transcendance de la culture.

a) Les valeurs sont relatives. Mais l'expérience du mal, de l'injustice, de la cruauté existe partout. Le mal peut constituer un principe anthropologique : l'humanité qui révèle ses côtés sombres, qui se montre indisciplinée par les valeurs de la culture, qui montre la force de pulsions qui l'animent. Kant : il y a dans la nature humaine une « disposition au bien » (simple possibilité », mais un « penchant au mal » (inclination concrète et effective).

b) La morale peut alors être identifiée comme effort pour surmonter le mal anthropologique. Elle est alors un domaine qui transcende la culture et dont les enjeux lui échappent. Humanité non infra-culturelle, mais supra-culturelle. Ce qui rassemble les hommes au-delà de leurs cultures c'est l'effort vers les principes du bien.

c) Tout cela pose une humanité de droit, abstraite. On peut lui faire correspondre une humanité de fait, concrète par l'idée d'une culture commune à toute l'humanité fondée sur ces valeurs ainsi que sur les moyens de les mettre en œuvre (ex ONU et institutions subalternes, espéranto...). Ce qui échappe à al culture particulière c'est peut-être justement une métaculture commune à toute l'humanité. Sortie de l'opposition entre nature et culture au profit de l'opposition particulier-universel à l'intérieur de la culture.

 

La perception peut-elle être objective ?


Perception : réception d'impressions sensibles par nos différents sens

Opposition objectif / subjectif : le subjectif est propre à un sujet, l'objectif le dépasse, lui est extérieur et peut être partagé.

Problème : je suis seul à percevoir mes perceptions. Comment être sûr que celles-ci correspondent à une réalité extérieure ?

Enjeu : statut de la connaissance et de la réalité : tout se réduit-il à ce que je perçois, ou y a-t-il une réalité hors de moi ?

Le solipsisme

a) Kant : distinction entre phénomènes et choses en soi. Mes perceptions ne sont pas les choses considérées en elles-mêmes. Ce sont ces choses, telles qu'elles m'apparaissent. Exemple : je vois de la couleur mais la réalité est peut-être en elle-même incolore. 

b) Descartes : alors peut-être que toutes mes perceptions sont à l'intérieur de moi sans aucun objet qui leur corresponde. Argument du rêve : je sais que percevoir un objet sensible sans objet extérieur est possible, alors c'est peut-être le cas de toute ma perception. Hypothèse du malin génie : un mauvais esprit est peut-être en train de me faire percevoir des hallucinations.

c) La position philosophique de l'idéalisme soutient que ces hypothèses sont exactes. Il n'existe que des esprits ainsi que les images sensibles dont ils sont affectés. « Exister, c'est être perçu ou percevoir » (Berkeley). Il n'y a pas de réalité matérielle. Cette position peut conduire au solipsisme : je ne peux plus être sûr qu'il existe une seule autre personne que moi. Je suis enfermé dans mes phénomènes, et toutes mes perceptions sont subjectives.

L'objectivité dans l'expérience

a) Contre-argument à l'idéalisme solipsiste : il y a une réalité extérieure dont proviennent les perceptions, car je ne les contrôle pas. Je peux fermer les yeux mais je ne peux pas choisir de voir ce que je vois. Je n'ai peut-être que mes perceptions ou phénomènes, mais ceux-ci sont issus des choses en soi, même si elles ne me sont pas directement accessibles.

b) Un niveau d'objectivité peut alors être dégagé entre phénomène et chose en soi : c'est celui de l'expérience (tout ce langage est kantien). L'expérience est ce que construit l'esprit avec ses concepts et ses régularités, en structurant les perceptions, en les regroupant et en constituant avec elles des objets empiriques. On a une structure de la perception à trois niveaux : phénomène, objet, chose en soi. La perception elle-même (ex la forme et les couleurs d'un arbre) est subjective mais elle peut être considérée comme l'appréhension d'un objet d'expérience (l'arbre), qui n'est pas strictement subjectif, du fait que les perceptions ont pour origine des choses en soi.

Distinguer l'objectif et le subjectif

a) Il faut donc délimiter le champ de l'expérience objective. Locke : distinction entre les « qualités premières » (étendue, forme, solidité, mouvement) et les « qualités secondes » (couleur, chaleur, son etc). Les qualités premières sont des configurations de la matière et sont de nature à constituer une expérience objective. Les qualités secondes sont proprement subjectives (ex des daltoniens).

b) Une perception objective n'est pas liée au sens auquel elle est liée : tous les sens ont leur partie subjective. Certains sens, en faisant percevoir aussi des qualités premières, donnent accès à l'objectivité (mais difficile d'en dire autant pour l'odorat et le goût). Considérées sous cet angle, leurs perceptions sont objectives. Il n'y a pas de typologie entre perceptions objectives et subjectives mais une objectivité de la perception est possible.

c) L'attention de l'esprit et de la raison est requise pour que cette objectivité ne soit pas recouverte par les qualités secondes. Exemple du bâton dans l'eau qui paraît brisé : c'est seulement en comparant les perceptions visuelles et tactiles que l'on peut faire la différence entre le purement subjectif et l'objectif. La perception peut être objective, mais seulement à condition d'être rigoureusement examinée par la raison.

 

Correction du commentaire 

 

Kant, Théorie et Pratique


Thème : l'obéissance aux lois
Problème : un peuple doit-il se révolter contre des lois qui le rendent malheureux ?
Thèse : le peuple doit obéir aux lois dans toutes les situations

Plan :
l. 1-3 : annonce du problème et de la thèse
l. 3-7 : le droit, principe suprême de la communauté
l. 7-14 : l'impossibilité du bonheur comme principe suprême
14-19 : primauté du salut public et liberté individuelle


Annonce du problème et de la thèse

Pour poser le problème qu'il va se proposer de résoudre, Kant imagine un scénario où un peuple est rendu malheureux par les lois auquel il est soumis. Cette situation est celle de la tyrannie, et connaît une acuité et une résonance particulières en 1793, au cours de la Révolution Française et peu après la chute de l'absolutisme en France. L'angle par lequel Kant aborde la question n'est pas celui de l'intérêt du peuple mais de son devoir : « que doit-il faire ? ». Sa position est parfaitement claire : « il n'y a rien d'autre à faire que d'obéir » ; le peuple a le devoir d'obéir aux lois même en situation de tyrannie. Il s'agit pour Kant de défendre une position théorique qui va à rebours du cours de l’histoire.

Le droit, principe suprême de la communauté

Pour Kant, le degré de bonheur du peuple n'entre pas dans la question de son obéissance aux lois ou non. Seul le droit assuré à chaque individu par le maintien de la législation doit être le sujet des préoccupations de la communauté. Ce droit est un « principe suprême » : encadrer l'existence par des lois, et garantir par cela l'ensemble des protections légales (sûreté, propriété, liberté etc) offertes à l'individu, doit être le premier souci de toute communauté. L'argumentation est encore incomplète mais Kant doit d'abord examiner ce qu'il en est de la maxime de bonheur.

L'impossibilité du bonheur comme principe suprême

La position de Kant est la suivante : le bonheur des membres ne peut pas être adopté comme principe de la vie d'une communauté. Son argument est qu'on ne peut tirer de ce principe aucune loi, c'est-à-dire aucune règle « valant universellement » comme ce doit être le cas d'une loi. Trois raisons rendent en effet les éléments constitutifs du bonheur intrinsèquement variables :
les circonstances historiques, qui varient et font varier les conditions d'obtention du bonheur ;
les illusions que chacun se fait sur ce qui le rendra heureux, qui font que chacun change continuellement d'avis sur le lieu où placer son bonheur ;
les désaccords des hommes entre eux, du fait que chaque individu est rendu heureux par des objets différents.
En même temps, on ne peut ordonner à quelqu'un de placer son bonheur dans tel ou tel objet : ce qui fait mon bonheur, en effet, ne dépend pas de ma volonté mais de ma nature ; il n'y a donc pas de contrôle légal possible sur ce que les individus soucieux de leur bonheur recherchent. En un mot, il est impossible de trouver le moindre principe stable et fixe qui pourrait servir de fondement à une législation dont le but serait de rendre les citoyens heureux : le bonheur du peuple est une chose beaucoup trop variable et insaisissable pour cela. Le principe de la vie en communauté, par conséquent de la loi, doit être cherché ailleurs.

Primauté du salut public et liberté individuelle

Ce principe est donc le salut public, c'est-à-dire la sauvegarde d'un ordre entre les citoyens, pour éviter la discorde civile et l'anarchie. C'est lui qui doit être la préoccupation majeure et supérieure à toute autre dans l'organisation de la vie en communauté. Les lois doivent être rédigées selon ce premier principe, et le devoir des citoyens est de le respecter. Or, puisque le salut public consiste précisément en la sauvegarde des lois, il faut obéir aux lois dans tous les cas, même si celles-ci rendent malheureux (car de fait elles ne parviendront jamais à rendre un peuple heureux).

Mais parmi les garanties que la constitution légale offre à l'individu, il y a la liberté : celui-ci est protégé par les lois et la police, et sait qu'il ne sera pas entravé dans ses projets par l'intervention de ses semblables, comme cela menace de se produire à tout instant dans une situation d'anarchie. Si donc le salut public est assuré, il reste à chacun une marge de manœuvre, dans le cadre des lois, pour mettre en œuvre son bonheur de la manière qu'il estime appropriée, pourvu que celui-ci ne fasse pas obstacle à un salut public qui est plus important. Le bonheur n'est pas interdit par les lois, il est limité par deux principes supérieurs et corrélés : celui, au niveau de la communauté, du salut public, et celui, au niveau de l'individu, du droit des co-sujets. Ainsi chaque citoyen peut poursuivre son bonheur dans un vivre-ensemble harmonieux ; cela prime sur l'idée, illusoire, de l'instauration d'une constitution légale qui favoriserait davantage le bonheur de chacun.

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Date de dernière mise à jour : 23/05/2019