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Philosophie BAC ES 2019 - Washington

 

  • Epreuve : BAC ES
  • Matière : Philosophie
  • Classe : Terminale
  • Centre : Washington
  • Date :   mardi 21 mai 2019
  • Durée : 4h

 

 

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  • Correction et évaluation de tous les devoirs, toutes séries générales et technologiques
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Sujet 1

La connaissance de l'histoire est-elle utile à l'action présente? 

Sujet 2

Tous les échanges sont-ils profitables ?

Sujet 3

Commentaire

Aristote, Ethique à Eudème

Sujets : lecture PDF 

Sujets amerique philo bac es 2019Sujets amerique philo bac es 2019 (29.66 Ko)

Correction du sujet 1

La connaissance de l'histoire est-elle utile à l'action présente? 

 

Connaissance de l'histoire : des situations passées, des processus qui ont déterminé le cours des affaires humaines.

L'action présente : peut désigner une action tant individuelle que collective, mais c'est surtout l'action collective, politique qui est en jeu dans ce sujet, étant donné qu'il est question de l'histoire.

Problème : La connaissance historique porte sur des faits passés. Les situations présentes sont toujours différentes. Est-il possible que la connaissance du passé serve à ce qui ne lui ressemble pas ?


L'histoire ne se répète jamais

a) Les situations dans le cours historiques sont à chaque fois singulières. Une même situation ne se reproduit pas à l'identique. Connaître les situations passées ne peut pas renseigner sur les situations actuelles. Au contraire, les personnes amenées à prendre des décisions doivent avoir le sens de la singularité et de la nouveauté de la situation à laquelle elles font face, s'affranchir des cadres que le passé est venu constituer.

b) Série d'exemples :
la connaissance des régimes des cités antiques et du fonctionnement de la vie politique dans celles-ci n'est pas utile à la prise de décision dans nos démocraties modernes, même en considérant Athènes qui était elle aussi une démocratie. La situation nouvelle est très différente : échelle de l’État-nation et non de la cité, statut très différent de la citoyenneté, relations d'une autre nature avec le reste du monde, place différente de l'individu et de la vie privée...
l'histoire économique depuis le début de l'époque moderne n'a cessé de se métamorphoser ; aujourd'hui la situation de l'économie mondiale, ses acteurs (FTN, Banque mondiale...), la place de la finance, etc tissent une situation sans précédent, dans laquelle l'attention portée à un stade antérieur de l'économie risque d'induire des décisions mauvaises ou inefficaces.
Etc
Toutes les situations dans l'histoire sont sans précédent. Toutes les actions présentes ont affaire à des situations singulières et nouvelles.


L'utilité de la connaissance historique

a) Comprendre une situation par ce qu'elle n'est pas : l'étude des cas antérieurs peut permettre de faire saillir ce qui justement fait la singularité et l'identité des situations nouvelles, par le contraste avec le monde ancien. L'action présente gagne alors en lucidité et en acuité.

b) L'histoire ne produit que du singulier, mais elle produit du semblable. Les rapprochements ne sont pas interdits et permettent d'anticiper certaines réactions, certains développements du cours des choses en fonction des décisions prises. Ex : l'engagement pour la paix européenne après la Seconde Guerre mondiale, pour ne pas faire renaître la rancune qui demeurait à la fin de la Première Guerre mondiale et qui avait conduit à un nouveau conflit.
Machiavel : image de la crue, qui diffère chaque fois un peu mais dont le retour peut néanmoins être prévu, d'où l'intérêt de construire une digue après avoir vu la crue une première fois.

c) Deux types d'apport de l'histoire :
histoire proche (contemporaine) : permet de comprendre une situation présente par le prisme de sa genèse
histoire lointaine (autres périodes historique, autres aires géographiques) : montre des régularités dans les comportements humains, permet d'acquérir une expérience et une maturité qui fait prendre les décisions les meilleures. Concept aristotélicien de phronesis (= prudence) : savoir pratique, fruit autant d'un enseignement théorique que de l'accumulation d'une expérience.

 

La connaissance de l'histoire, indirectement utile à l'action présente

a) Malgré tout l'action présente se définit comme une capacité d'innovation sur une situation préexistante. Pour être vraiment action, elle suppose de ne pas s'en tenir aux schémas que le passé fait voir. Elle est nouveauté, création, elle est le vecteur du mouvement de l'histoire qui précisément fait naître du singulier et du dissemblable.

b) La connaissance de l'histoire possède donc une utilité indirecte : elle renseigne, à divers niveaux, sur ce qui compose une situation et sur les conséquences des décisions qui pourront être prises. Mais l'action en tant que telle suppose un au-delà de cette connaissance.  Elle ne peut pas être vue comme une application de principes que l'histoire enseignerait ; elle suppose au contraire un dépassement de ces principes. L'utilité de l'histoire est réelle, mais elle est indirecte, périphérique.

 

Correction du sujet 2

Tous les échanges sont-ils profitables?

 

Compréhension du sujet

La condition pour que l'échange soit profitable

Les thèmes philosophique, la politique, les échanges

Définition : Un échange est un don qui implique une contre partie lorsque le terme est employé au pluriel, il renvoie plus généralement aux relations commerciales au sein d’une communauté ou entre différentes cultures. Toutefois, le terme peut désigner des liens qui ne sont pas économiques

 À quelles conditions un échange peut-il être profitable?

Tous les échanges sont profitables

l'échange matériel 

Gain spirituel

 l’équivalence des biens 

Tous les échanges ne sont pas profitables

logique du profit

L'échange n'est pas toujours un gain.

Il peut-être un élément de division 

Tous les échanges sont-ils profitables ?

Correction du devoir

Échange : acte par lequel deux êtres se cèdent mutuellement quelque chose l'un à l'autre
Profit : Résultat d'une activité qui augmente les bien que l'on possède ou améliore une situation

Double regard à porter sur l'échange : comme acte particulier, et comme type de relation qui suppose une structure pour le rendre possible. Ex : un échange marchand particulier suppose aussi l'existence d'un monde économique ; un échange linguistique suppose la pratique de la langue, etc.

Le profit est apparemment au cœur de l'échange, sans quoi les deux parties ne voudraient pas le réaliser. Pourtant, un doute est permis sur le caractère systématique de ce profit, dans la mesure où l'échange ne crée pas de bien et est seulement une circulation de choses échangées. Y aurait-il alors des échanges qui échappent à la règle du profit ?


Le profit, élément du schéma général de l'échange

a) L'échange doit être approuvé par les deux parties qu'il engage, sinon il ne se tient pas. Par conséquent, toutes deux doivent avoir une raison d'échanger. Sans profit, l'échange n'existerait pas. De quelque nature que ce soit, il doit y avoir un surplus, une plus-value dans le schéma de la cession réciproque.

b) L'échange matériel ou marchand ne crée rien et fait seulement circuler ce qui existe. Le profit n'est donc pas au niveau de l'échange lui-même. Distinction valeur d'échange / valeur d'usage (Marx) : c'est parce que, dans les deux sens, la valeur d'usage est supérieure pour le destinataire de l'objet échangé que, de part et d'autre, l'échange est contracté. Il y a alors gain des deux côtés, non dans le système des échanges mais dans l'usage qui est fait des objets qui circulent.

c) Il existe aussi des types d'échanges qui ne privent pas le propriétaire de l'objet échangé : échanges d'informations, de connaissances, d'idées... Dans ces échanges, la seule chose qui se perd est la supériorité du propriétaire sur celui qui ne possède pas encore. On peut penser la structure de ces échanges comme une transaction : céder cette supériorité contre l'acquisition d'une connaissance / idée /etc dont on suppose qu'elle a plus de valeur. Si les deux parties s'accordent, il y a encore profit de chaque côté.
Dans tous les cas, il faut un profit qui motive l'échange, sans lequel les parties ne le réaliseraient pas.


Suspicion sur l'échange : des échanges préjudiciables

a) Problème : cette structure de l'échange le fait reposer sur les mobiles des parties contractantes, c'est-à-dire sur la perception de leur situation. L'erreur de leur part est possible. L'échange peut être un lieu de manipulation et de duperie. Des échanges préjudiciables pourraient alors être très courants.

b) L'échange est peut-être un préjudice dans son essence. Il suppose en effet une structure qui le rend possible, un système d'échanges. Idée de l'état de nature : situation fictive où il n'y a aucune société, aucun échange. Rousseau : la sortie de cet état, l'entrée dans un système d'échanges est l'origine du malheur humain. En effet, le système d'échanges est un système d'interdépendances. L'organisation de la vie par l'échange est signe de la perte de l'indépendance et de la liberté naturelles, et de la dépendance continuelle envers les autres. Un échange est peut-être ponctuellement profitable, mais le fait de le réaliser est le signe d'une servitude envers le monde social qui est un préjudice bien plus important. Figure de Robinson Crusoé, qui survit sans aucun échange.

 

Les profits du système des échanges

a) Contre la thèse rousseauiste : le monde social ou culturel, le système des échanges, apporte aussi un grand nombre de profits. Il rend en tant que système chaque échange particulier profitable, du fait que celui-ci fait exister pour chaque partie le système qui les a liées. Le système des échanges :
met en commun les forces et les talents des individus : chacun reçoit ainsi le profit des compétences de tous les autres
fait naître de nouveaux domaines d'expérience, avec leur richesse, qui ne sont rien d'autre que des échanges : langue, religion, art...
affranchit l'individu isolé de tout un ensemble de contraintes naturelles qui pesaient sur lui
fait exister un monde social et humain, celui du réseau de tous les niveaux d'échanges, qui fait partie intégrante de la dignité humaine

b) Donc tous les échanges sont initialement profitables, par la structure qu'ils offrent aux parties contractantes. Le préjudice peut encore s'insérer dans les échanges particuliers. Il faut donc soutenir que tous les échanges sont profitables mais qu'ils le sont plus ou moins. Pour maximiser le profit des échanges particuliers, il importe de connaître le monde des échanges dans lequel chaque acte particulier se tient.

c) Ainsi le modèle de l'échange comme cession réciproque justifiée par un mobile de chaque côté est abstrait. Dans la réalité de l'échange, l'intégralité du monde social est en jeu. Chaque échange est inévitablement aussi profitable que le système dans lequel il se produit. Les rapports sociaux ne peuvent pas être pensés comme des successions de rapports isolés, des « robinsonnades », mais entretiennent toujours un rapport organique avec le tout dont ils sont la partie, qui est décisif sur la question de leur caractère profitable.

 

Correction du commentaire 

 

Kant, Théorie et Pratique


Thème : l'obéissance aux lois
Problème : un peuple doit-il se révolter contre des lois qui le rendent malheureux ?
Thèse : le peuple doit obéir aux lois dans toutes les situations

Plan :
l. 1-3 : annonce du problème et de la thèse
l. 3-7 : le droit, principe suprême de la communauté
l. 7-14 : l'impossibilité du bonheur comme principe suprême
14-19 : primauté du salut public et liberté individuelle


Annonce du problème et de la thèse

Pour poser le problème qu'il va se proposer de résoudre, Kant imagine un scénario où un peuple est rendu malheureux par les lois auquel il est soumis. Cette situation est celle de la tyrannie, et connaît une acuité et une résonance particulières en 1793, au cours de la Révolution Française et peu après la chute de l'absolutisme en France. L'angle par lequel Kant aborde la question n'est pas celui de l'intérêt du peuple mais de son devoir : « que doit-il faire ? ». Sa position est parfaitement claire : « il n'y a rien d'autre à faire que d'obéir » ; le peuple a le devoir d'obéir aux lois même en situation de tyrannie. Il s'agit pour Kant de défendre une position théorique qui va à rebours du cours de l’histoire.

Le droit, principe suprême de la communauté

Pour Kant, le degré de bonheur du peuple n'entre pas dans la question de son obéissance aux lois ou non. Seul le droit assuré à chaque individu par le maintien de la législation doit être le sujet des préoccupations de la communauté. Ce droit est un « principe suprême » : encadrer l'existence par des lois, et garantir par cela l'ensemble des protections légales (sûreté, propriété, liberté etc) offertes à l'individu, doit être le premier souci de toute communauté. L'argumentation est encore incomplète mais Kant doit d'abord examiner ce qu'il en est de la maxime de bonheur.

L'impossibilité du bonheur comme principe suprême

La position de Kant est la suivante : le bonheur des membres ne peut pas être adopté comme principe de la vie d'une communauté. Son argument est qu'on ne peut tirer de ce principe aucune loi, c'est-à-dire aucune règle « valant universellement » comme ce doit être le cas d'une loi. Trois raisons rendent en effet les éléments constitutifs du bonheur intrinsèquement variables :
les circonstances historiques, qui varient et font varier les conditions d'obtention du bonheur ;
les illusions que chacun se fait sur ce qui le rendra heureux, qui font que chacun change continuellement d'avis sur le lieu où placer son bonheur ;
les désaccords des hommes entre eux, du fait que chaque individu est rendu heureux par des objets différents.
En même temps, on ne peut ordonner à quelqu'un de placer son bonheur dans tel ou tel objet : ce qui fait mon bonheur, en effet, ne dépend pas de ma volonté mais de ma nature ; il n'y a donc pas de contrôle légal possible sur ce que les individus soucieux de leur bonheur recherchent. En un mot, il est impossible de trouver le moindre principe stable et fixe qui pourrait servir de fondement à une législation dont le but serait de rendre les citoyens heureux : le bonheur du peuple est une chose beaucoup trop variable et insaisissable pour cela. Le principe de la vie en communauté, par conséquent de la loi, doit être cherché ailleurs.

Primauté du salut public et liberté individuelle

Ce principe est donc le salut public, c'est-à-dire la sauvegarde d'un ordre entre les citoyens, pour éviter la discorde civile et l'anarchie. C'est lui qui doit être la préoccupation majeure et supérieure à toute autre dans l'organisation de la vie en communauté. Les lois doivent être rédigées selon ce premier principe, et le devoir des citoyens est de le respecter. Or, puisque le salut public consiste précisément en la sauvegarde des lois, il faut obéir aux lois dans tous les cas, même si celles-ci rendent malheureux (car de fait elles ne parviendront jamais à rendre un peuple heureux).

Mais parmi les garanties que la constitution légale offre à l'individu, il y a la liberté : celui-ci est protégé par les lois et la police, et sait qu'il ne sera pas entravé dans ses projets par l'intervention de ses semblables, comme cela menace de se produire à tout instant dans une situation d'anarchie. Si donc le salut public est assuré, il reste à chacun une marge de manœuvre, dans le cadre des lois, pour mettre en œuvre son bonheur de la manière qu'il estime appropriée, pourvu que celui-ci ne fasse pas obstacle à un salut public qui est plus important. Le bonheur n'est pas interdit par les lois, il est limité par deux principes supérieurs et corrélés : celui, au niveau de la communauté, du salut public, et celui, au niveau de l'individu, du droit des co-sujets. Ainsi chaque citoyen peut poursuivre son bonheur dans un vivre-ensemble harmonieux ; cela prime sur l'idée, illusoire, de l'instauration d'une constitution légale qui favoriserait davantage le bonheur de chacun.

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Date de dernière mise à jour : 22/05/2019