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Rendez-vous amoureux, Bel ami. Bel ami et Mme de Marelle

 

ORAUX EAF

 

 

 

 

Bel ami, Maupassant

 

 

*** Lecture analytique: le rendez-vous amoureux entre Bel ami et Madame de Marelle

 

Plan pour un commentaire en vue d'une préparation orale, oral EAF

 

 

 

 

ORAUX EAF

 

Lecture du texte

Il la sentait contre lui, si près, enfermée avec lui dans cette boîte noire, qu'éclairaient brusquement, pendant un instant, les becs de gaz des trottoirs. Il sentait à travers sa manche, la chaleur de son épaule, et il ne trouvait rien à lui dire, absolument rien, ayant l'esprit paralysé par le désir impérieux de la saisir dans ses bras. « Si j'osais, que ferait-elle ? » pensait-il. Et le souvenir de toutes les polissonneries chuchotées pendant le dîner l'enhardissait, mais la peur du scandale le retenait en même temps. Elle ne disait rien non plus, immobile, enfoncée en son coin. Il eût pensé qu'elle dormait s'il n'avait vu briller ses yeux chaque fois qu'un rayon de lumière pénétrait dans la voiture. « Que pensait-elle ? » Il sentait fort bien qu'il ne fallait point parler, qu'un mot, un seul mot, rompant le silence, emporterait ses chances ; mais l'audace lui manquait, l'audace de l'action brusque et brutale. Tout à coup il sentit remuer son pied. Elle avait fait un mouvement, un mouvement sec, nerveux, d'impatience ou d'appel peut-être. Ce geste, presque insensible, lui fit courir, de la tête aux pieds, un grand frisson sur la peau, et se tournant vivement, il se jeta sur elle, cherchant la bouche avec ses lèvres et la chair nue avec ses mains. Elle jeta un cri, un petit cri, voulut se dresser, se débattre, le repousser ; puis elle céda, comme si la force lui eût manqué pour résister plus longtemps. Mais la voiture s'étant arrêtée bientôt devant la maison qu'elle habitait, Duroy, surpris, n'eut point à chercher des paroles passionnées pour la remercier, la bénir et lui exprimer son amour reconnaissant. Cependant elle ne se levait pas, elle ne remuait point, étourdie par ce qui venait de se passer. Alors il craignit que le cocher n'eût des doutes, et il descendit le premier pour tendre la main à la jeune femme. Elle sortit enfin du fiacre en trébuchant et sans prononcer une parole. Il sonna, et, comme la porte s'ouvrait, il demanda, en tremblant : — Quand vous reverrai-je ? Elle murmura si bas, qu'il entendit à peine : — Venez déjeuner avec moi demain. Et elle disparut dans l'ombre du vestibule en repoussant le lourd battant, qui fit un bruit de coup de canon. Il donna cent sous au cocher et se mit à marcher devant lui, d'un pas rapide et triomphant, le cœur débordant de joie. Il en tenait une, enfin, une femme mariée ! une femme du monde ! du vrai monde ! du monde parisien ! Comme ça avait été facile et inattendu ! Il s'était imaginé jusque-là que pour aborder et conquérir une de ces créatures tant désirées, il fallait des soins infinis, des attentes interminables, un siège habile fait de galanteries, de paroles d'amour, de soupirs et de cadeaux. Et voilà que tout d'un coup, à la moindre attaque, la première qu'il rencontrait s'abandonnait à lui, si vite qu'il en demeurait stupéfait. « Elle était grise, pensait-il ; demain ce sera une autre chanson. J'aurai les larmes. » Cette idée l'inquiéta, puis il se dit : « Ma foi, tant pis. Maintenant que je la tiens, je saurai bien la garder. » Et, dans le mirage confus où s'égaraient ses espérances de grandeur, de succès, de renommée, de fortune et d'amour, il aperçut tout à coup, pareilles à ces guirlandes de figurantes qui se déroulent dans le ciel des apothéoses, une procession de femmes élégantes, riches, puissantes, qui passaient en souriant pour disparaître l'une après l'autre au fond du nuage doré de ses rêves. Et son sommeil fut peuplé de visions. Il était un peu ému, le lendemain, en montant l'escalier de Mme de Marelle. Comment allait-elle le recevoir ? Et si elle ne le recevait pas ? Si elle avait défendu l'entrée de sa demeure ? Si elle racontait… ? Mais non, elle ne pouvait rien dire sans laisser deviner la vérité tout entière. Donc il était maître de la situation. La petite bonne ouvrit la porte. Elle avait son visage ordinaire. Il se rassura, comme s'il se fût attendu à ce que la domestique lui montrât une figure bouleversée. Il demanda : — Madame va bien ? Elle répondit : — Oui, monsieur, comme toujours. Et elle le fit entrer dans le salon. Il alla droit à la cheminée pour constater l'état de ses cheveux et de sa toilette ; et il rajustait sa cravate devant la glace, quand il aperçut dedans la jeune femme qui le regardait, debout sur le seuil de sa chambre. Il fit semblant de ne l'avoir point vue, et ils se considérèrent quelques secondes, au fond du miroir, s'observant, s'épiant avant de se trouver face à face. Il se retourna. Elle n'avait point bougé, et semblait attendre. Il s'élança balbutiant : — Comme je vous aime ! comme je vous aime ! Elle ouvrit les bras et tomba sur sa poitrine ; puis, ayant levé la tête vers lui, ils s'embrassèrent longtemps. Il pensait : « C'est plus facile que je n'aurais cru. Ça va très bien. » Et, leurs lèvres s'étant séparées, il souriait sans dire un mot, en tâchant de mettre dans son regard une infinité d'amour. Elle aussi souriait, de ce sourire qu'elles ont pour offrir leur désir, leur consentement, leur volonté de se donner. Elle murmura : — Nous sommes seuls. J'ai envoyé Laurine déjeuner chez une camarade. Il soupira, en lui baisant les poignets : — Merci, je vous adore. Alors elle lui prit le bras, comme s'il eût été son mari, pour aller jusqu'au canapé où ils s'assirent côte à côte. Il lui fallait un début de causerie habile et séduisant ; ne le découvrant point à son gré, il balbutia : — Alors, vous ne m'en voulez pas trop ? Elle lui mit une main sur la bouche : — Tais-toi ! Ils demeurèrent silencieux, les regards mêlés, les doigts enlacés et brûlants. — Comme je vous désirais ! dit-il. Elle répéta : — Tais-toi ! On entendait la bonne remuer les assiettes dans la salle derrière le mur. Il se leva : — Je ne veux pas rester si près de vous. Je perdrais la tête. La porte s'ouvrit : — Madame est servie. Et il offrit son bras avec gravité. Ils déjeunèrent face à face, se regardant et se souriant sans cesse, occupés uniquement d'eux, tout enveloppés par le charme si doux d'une tendresse qui commence. Ils mangeaient sans savoir quoi. Il sentit un pied, un petit pied, qui rôdait sous la table. Il le prit entre les siens et l'y garda, le serrant de toute sa force. La bonne allait, venait, apportait et enlevait les plats d'un air nonchalant, sans paraître rien remarquer. Quand ils eurent fini de manger, ils rentrèrent dans le salon et reprirent leur place sur le canapé, côte à côte. Peu à peu, il se serrait contre elle, essayant de l'étreindre. Mais elle le repoussait avec calme : — Prenez garde, on pourrait entrer. Il murmura : — Quand pourrai-je vous voir bien seule pour vous dire comme je vous aime ? Elle se pencha vers son oreille, et prononça tout bas : — J'irai vous faire une petite visite chez vous un de ces jours. Il se sentit rougir : — C'est que… chez moi… c'est… c'est bien modeste… Elle sourit : — Ça ne fait rien. C'est vous que j'irai voir et non pas l'appartement. Alors il la pressa pour savoir quand elle viendrait. Elle fixa un jour éloigné de la semaine suivante, et il la supplia d'avancer la date, avec des paroles balbutiées, des yeux luisants, en lui maniant et lui broyant les mains, le visage rouge, enfiévré, ravagé de désir, de ce désir impétueux qui suit les repas en tête à tête. Elle s'amusait de le voir l'implorer avec cette ardeur, et cédait un jour de temps en temps. Mais il répétait : — Demain… dites… demain. Elle y consentit à la fin : — Oui. Demain. Cinq heures. Il poussa un long soupir de joie ; et ils causèrent presque tranquillement, avec des allures d'intimité, comme s'ils se fussent connus depuis vingt ans. Un coup de timbre les fit tressaillir ; et, d'une secousse, ils s'éloignèrent l'un de l'autre. Elle murmura : — Ce doit être Laurine. L'enfant parut, puis s'arrêta interdite, puis courut vers Duroy en battant des mains, transportée de plaisir en l'apercevant, et elle cria : — Ah ! Bel-Ami ! Mme de Marelle se mit à rire : — Tiens ! Bel-Ami ! Laurine vous a baptisé ! C'est un bon petit nom d'amitié pour vous, ça ; moi aussi je vous appellerai Bel-Ami !

 

Plan possible pour un commentaire   :

I La rencontre amoureuse

A cadre et mouvements du récit

B portrait des personnages

II Le caractère théâtral de la scène

A les stichomythies

B le comique de geste et de situation

III L'ironie du narrateur

A la comédie de l'amour

B dénonciation de la société bourgeoise

Hypocrisie et faux semblants

Conclusion


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 31/07/2017

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