I -
A -
Image d'un soldat banal, «le gros de l'unité ». C'est la fin de la guerre.
Il fait partie d'une classe à part des officiers, ce qui souligne son aspect très ordinaire
Le point de vue est interne, on suit le regard d'Albert, le lecteur est dans ses pensées. Il nous met dans la peau d'un simple soldat.
Le langage est familier, oral «Albert ne pouvait pas le blairer ». On sait qu'Albert appartient à un milieu social assez bas. On note des expressions péjoratives comme « Boches ».
Il fait usage du discours indirect libre
Tout le texte est une description.
B -
Le personnage est passif, peu enthousiaste. Ses pensées ne sont pas pour l'héroisme guerrier, le militantisme mais plutôt pour sa famille. Il est l'exact contraire de Pradelle qu'il n'aime pas. Pradelle est décrit à partir du 3ème paragraphe. C'est un aristocrate, gradé, il n'est pas trop aimé en particulier d'Albert. On peut souligner la jalousie d'Albert pour Pradelle, il y a une rivalité masculine. «Albert ne l'aimait pas. Peut-être parce qu'il était beau. Un grand type...pour Albert, une vraie gueule d'empeigne ». Albert n'est pas vraiment dans cette guerre et de ce fait, il ne peut pas aimer Pradelle qui lui en est l'allégorie : « un gars toujours impatient … à la fois civilisé et foncièrement brutal », «un peu à l'image de cette guerre » dont il redoute la fin (contrairement à Albert), «l'idée de la fin de la guerre, le lieutenant Pradelle, ça le tuait ».
C -
= Points communs Albert/Bardamu (Céline, Voyage au bout de la nuit) Absence d'enthousiasme patriotique, aucun intérêt pour la guerre, pas d'adhésion à l'idéal militaire, refus de l'héroisme guerrier
Albert et Bardamu sont des anti-héros de la guerre. Le ton du texte nous révèle qu'Albert est réfractaire à la situation de la guerre. Ce n'est pas un conflit noble pour lui, il est tel Bardamu qui considère les soldats et la troupe en plein combat comme une « imbécillité infernale », la guerre est comparée à une croisade apocalyptique. Le colonel est un monstre pour Bardamu et le lieutenant Pradelle n'a pas plus de respect de la part d'Albert ainsi que le montre l'allusion à la fin de la guerre. Pradelle aime son métier comme il aime la guerre L'absurdité de la guerre est dénoncée par Albert tout comme par Bardamu.
II -
A -
Le portrait de l'officier : ses défauts sont exagérés. Effet satirique
Il insiste sur sa beauté : «Albert ne l'aimait pas. Peut-être parce qu'il était beau. Un type grand, mince, élégant, avec beaucoup de cheveux ondulés d'un brun profond, un nez droit, des lèvres fines admirablement dessinées. Et des yeux d'un bleu foncé»
On note des adverbes d'intensité, « admirablement », « brusquement », « terriblement »...
Très viril « carrure » : «Une de ces carrures, l'aviron, sans doute, le tennis ». Il semble attirant et devient un idéal de beauté. Albert le caricature en symbole de virilité et de beauté.
Albert insiste sur les poils de Pradelle. Il l'animalise et en propose une caricature : «Ce qu'Albert n'aimait pas non plus, c'étaient ses poils. Des poils noirs, partout, jusque sur les phalanges, avec des touffes qui sortaient du col juste en dessous de la pomme d'Adam. En temps de paix, il devait sûrement se raser plusieurs fois par jour pour ne pas avoir l'air louche.»
Il fait en fait une satire de sa virilité, on est dans le décalage humoristique. Albert aime attaquer et montrer de l'agressivité envers Pradelle.
B -
Pradelle est présenté comme un poilu opportuniste, brutal, impatient à la personnalité entière et non tempérée, jamais capable de modération : «Un gars du genre impatient, qui n'avait pas de vitesse de croisière: il accélérait ou il freinait; entre les deux, rien. Il avançait avec une épaule en avant comme s'il voulait pousser les meubles, il arrivait sur vous à toute vitesse et il s'asseyait brusquement, c'était son rythme ordinaire.»
Son patriotisme est douteux et inspire la méfiance d'Albert qui ne comprend pas qu'on puisse prendre du plaisir à la guerre, qu'on aime la faire et qu'on attende les honneurs. «il s'en méfiait. Parce qu'il aimait charger. Monter à l'assaut, attaquer, conquérir lui plaisaient vraiment.
Depuis quelque temps, justement, il était encore moins fringant qu'à l'accoutumée. Visiblement, la perspective d'un armistice lui mettait le moral à zéro, le coupait dans son élan patriotique. L'idée de la fin de la guerre, le lieutenant Pradelle, ça le tuait.» Pradelle ressemble au colonel déshumanisé et monstrueux du texte de Céline dont parle Bardamu lorqu'il affirme «le colonel est un monstre » L'élan patriotique de Pradelle est injustifié et incompréhensible pour Albert. Cet effet est renforcé par les figures de style comme les gradations, «charger, monter, attaquer, conquérir » = reflet de sa soif de pouvoir et de conquête. On pourrait faire un parallèle avec George Duroy de Maupassant, Bel ami, (l'arriviste prêt à tout).
C -
La volonté de domination de Pradelle est très manifeste. Le maître critique Pradelle par l'intermédiaire d'Albert. Le personnage est très centré sur lui-même, Pradelle est en effet obsédé par son image, son pouvoir de combattre et de conquérir. La guerre est son terrain d'entraînement favori pour faire éclater ses talents de patriote guerrier en pleine volonté de toute puissance. L'officier souhaite devenir une légende. Lemaître critique, dénonce cette puissance de l'officier, il démystifie ce chef de guerre, remet en question sa soif de pouvoir. Pradelle incarne la guerre, il en est l'allégorie. Il est quasi un barbare en perte de moral à l'annonce de la fin de la guerre et Lemaître met bien en avant l'absurdité du personnage en situation de guerre.
Conclusion :
Lemaître pend la suite de ses prédécesseurs pour casser le mythe du héros. La guerre est critiquée et la paix mise en avant. Le héros devient un anti-héros. Dans ce passage, Lemaître nous montre comment à travers le portrait croisé des deux personnages, il traite la figure du poilu.
Ouverture :
Retrouvons-nous le portrait d'un anti-héros refusant tout héroisme guerrier dans le personnage de Bardamu de Louis-Ferdinand Céline ?
Questionnaire sur Pierre Lemaitre
Quelle est la formation de Lemaitre ?
Il était psychologue
Se consacrait-il déjà à la littérature ?
Oui en autodidacte
Il anime aussi des cycles d'enseignements de la littérature
Quand décide t'-il de se consacrer à la littérature ?
Il se consacre à l'écriture comme romancier et scénariste et parvient à vivre de sa plume dès 2006.
Pour quel magazine a t'-il écrit ?
Le magazine littéraire
Citez deux ouvrages de Lemaitre
Trois jours et une vie
Robe de marié