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Francis Ponge, « L’Assiette ». Problématique : en quoi ce texte est-il un poème?

Francis ponge

Une tentative de définition et de description. Les mots font obstacle. La poésie permet de reconfigurer le monde

Francis ponge

 

 

 

Francis Ponge, « L’Assiette », 1961

Francis Ponge: 1899-1988

Fréquente Albert Camus, et s’engage dans la Résistance en 1942.

1er recueil : le parti-pris des choses (1942).

Un mot a :

-Un Signifiant (une graphie+ une sonorité)

-Un Signifié (un sens : une dénotation-> sens dans le dictionnaire)

- Connotation = sens second ou figuré d'un mot

Lecture du poème en prose

Pour le consacrer ici, gardons-nous de nacrer trop cet objet de tous les jours. Nulle ellipse prosodique, si brillante qu’elle soit, pour assez platement dire l’humble interposition de porcelaine entre l’esprit pur et l’appétit.

Non sans quelque humour, hélas (la bête s’y tenant mieux !), le nom de sa belle matière d’un coquillage fut pris. Nous, d’espèce vagabonde, n’y devons pas nous asseoir. On la nomma porcelaine, du latin — par analogie —

porcelaine, vulve de truie... Est-ce assez pour l’appétit ?

Mais toute beauté qui, d’urgence, naît de l’instabilité des flots, prend assiette sur une conque... N’est-ce trop pour l’esprit pur ?

L’assiette, quoi qu’il en soit, naquit ainsi de la mer : d’ailleurs multipliée aussitôt par ce jongleur bénévole remplaçant parfois en coulisse le morne vieillard qui nous lance à peine un soleil par jour.

C’est pourquoi tu la vois ici sous plusieurs espèces vibrant encore, comme ricochets s’immobilisant sur la nappe sacrée du linge.

Voilà tout ce qu’on peut dire d’un objet qui prête à vivre plus qu’il n’offre à réfléchir.

Présentation de l'Assiette de Ponge

Francis Ponge (1899-1988) publie son premier recueil

Au XXème siècle, l’objet trivial devient un sujet digne d’un poème

Francis Ponge (1899-1988) publie son premier recueil le parti pris des choses en 1942

En 1961, dans le recueil des pièces, il tente de définir/ décrire l’assiette.

Pour montrez en quoi ce texte est un poème, nous verrons dans un premier temps que Ponge tente de définir et de décrire l'objet mais que les mots font obstacle. Enfin, en troisième partie, nous verrons que malgré tout, la poésie autour de l'objet permet au poète de reconfigurer le monde.

Problématique

En quoi ce texte est-il un poème?

Plan d'étude possible

I. une tentative de définition/ description

II. Mais les mots firent obstacle

III.Pourtant, seule la poésie permet de reconfigurer le monde

Commentaire

I, une tentative de description/ définition

1. Définir

a. Tirets, parenthèses

b. Connecteurs logiques+ structure en paragraphes, (6) avec un résultat final (voilà)

c. Présent de vérité générale+ on (x2)

2. Simplicité

a. Poème en prose, vocabulaire simple, registre courant

b. Objet banal, thème du repas

c. Refus de l’étincelant

3. Décrire

a. Donner à voir : présence du lecteur (nous/tu) -> l’objet (jette en avant)

b. Matière forme

c .Présence de l’objet : « ici », démonstratif « cet »

Questionnaire sur l'axe I : les questions possibles et anticipées de l'examinateur

Comment Ponge tente t'-il de définir l'objet avec les mots?

La forme du texte confère t'-elle une autorité à sa volonté de description?

Quel effet le présent de vérité générale a t'-il sur la tentative de définition?

Montrez que ce texte est un poème en prose qui refuse l'éclat et revendique la simplicité?

Citez le texte pour justifier vos réponses

Comment l'objet est-il décrit?

S'agit-il de donner à voir?

Relevez tout ce qui est relatif à la matière et à la forme de l'objet

II. les mots sont impropres

1. Car ils dénotent/ déraillent vers l’animalité

-Porce (Truie)/Laine (mouton?)

-> Truie-> Ponge, par l’étymologie, perd de vue l’assiette

-Analogie -> Fonction basse du corps -> assiette = ingestion/digestion

-«Appétit » -> sexuel/ nourriture

2. Car ils le rapprochent du coquillage (assiette)

-Mot : « coquillage »/« conque »

-Allusion au tableau de Botticelli, La naissance de Vénus -> Le coquillage le (Ponge) fait se perdre dans sa culture : « beauté », « nait », « flots », « naquit », « mer »

3. La religion

-Sa culture religieuse l’éloigne aussi de l’assiette : « consacre » -> « nappe sacrée », « espèces » -> Le pain et le vin, le sang et la chaire de Jésus, opération magique

-Assiette = plat utilisé pour la liturgie ? Posé sur l’autel ? Comme le graal, objet sacré ? Comparaison

-Répétition de « l’esprit pur » + Miracle ? « Multipliée »

Questionnaire sur l'axe II : les questions possibles et anticipées de l'examinateur

Montrez que l'analogie est un obstacle à la description

Donnez un exemple précis

Montrez que Ponge passe de la dénotation, sens premier d'un mot à la connotation, sens second d'un mot, du sens propre au sens figuré

De ce fait, les mots peuvent-ils être qualifiés d'impropres?

Donnez un exemple qui montre que les mots versent dans l'animalité

Analysez le glissement vers le coquillage

Relevez les connotations religieuses

III, Pourtant, le poète parvient à atteindre son objectif : dire l’assiette

1. L’eau pour purifier

-Élément très présent dans le poème : « l’assiette (…) naquit ainsi de la mer »

-> Là où la vie naît : les mots peuvent donc renaître, neufs, purifiés

-« Ricochets », le poète dessine/trace les assiettes sur la page

-Les mots se régénèrent= « nacrer » -> « nappe sacrée »

->auto engendrement du poème -> Référence à la naissance de Vénus

2. L’objeu

-Mouvement « moviment » et pas « monument » : le test doit être dynamique -> image du « jongleur ».

-Le poète : un « jongleur », face à l’usage habituel de la langue (noms : « morne vieillard »)

-Le lecteur, s’il est attentif, doit découvrir la perle dans son texte -> l’’image de l’huître (dans le mot « truie ») est efficace : le poème, qui est tentative (questions, doutes) est un succès.

3. L’ellipse

-l.2 -> figure géométrique -> la spirale (quelque chose avance)

-Ellipse= blanc, silence : les mots les plus efficaces sont passés sous silence

-Objoie : orgasme que le poème doit provoquer chez le lecteur. Après l’objeu, le lecteur a trouvé la perle dans l’huître (=truie). ->l’objet -> Objeu -> Objoie

Un sapate= présent, cadeau, don humble, banal, simple, qui renferme un objet de grande valeur

Questionnaire sur l'axe III : les questions possibles et anticipées de l'examinateur sur le commentaire

A quoi l'élément eau est-il associé?

Relevez les termes qui le montrent

Quel effet, la purification par l'eau a t'-elle sur les mots?

Relevez les termes qui sacralisent l'eau et contribuent à la renaissance du poème

Que traduit la référence à la Naissance de Vénus

Pourquoi le poète doit-il être un jongleur?

Finalement, le poème est-il un succès?

Le poète parvient-il à dire l'assiette?

Montrez et analysez la progression de l'objeu à l'objoie

Conclusion

Ainsi dans ce poème en prose, Ponge tente de faire une description, de définir mais les mots échappent et font obstacle. Le poète ne parvient pas à dire «l'assiette», à atteindre son objectif.

La poésie est renouvelée dans un nouveau pacte qui réconcilie l'homme et l'objet souvent dénigré. Elle se voit conférée une nouvelle mission qui est de sublimer le banal à travers un objet, ici «l'assiette». Le parti-pris de la chose, l'assiette est associé à un autre parti-pris, le parti-pris poétique.

Ouverture possible

Mais ce parti-pris poétique ne redéfinit-il pas la place du poète?

Dépassement

Questions sur le recueil

Le but du recueil de Ponge, le Parti-pris des choses est de dévoiler le «million de qualités inédites» des choses, les richesses insoupçonnées qu'elles renferment. Il veut faire de la réalité concrète et ordinaire, la matière poétique. Il faut restituer la présence du réel. Il fait l'éloge de l'ordinaire et du quotidien à travers les objets comme le cageot, l'assiette... Cela correspond à une nouvelle poésie qui refuse toute spéculation intellectuelle, tout engagement, elle repose sur les transgressions des valeurs et codes artistiques. Il rééduque les esprits à travers la distraction et l'enseignement que nous apportent les objets les plus divers du quotidien. La poésie repose sur le banal, l'ordinaire, il n'y a pas de sublime, pas d'élévation d'esprit. L'extraordinaire c'est l'ordinaire, c'est une nouvelle forme d'art.

L'écriture est celle du contact avec l'objet, celle de l'immédiateté, de la proximité avec le quotidien, l'ordinaire. Il rejette toutes les règles et les codes de création artistique et fait un simple retour aux choses. Il donne une dimension métaphysique à l'ordinaire = Naissance de la poésie du banal.

Faire redécouvrir le banal à ses lecteurs

Les questions à se poser

Quel est le but de Ponge?

Pourquoi ce recueil?

Justifier le titre du recueil?

Est-il révélateur de son intention?

De quoi fait-il l'éloge?

Dans quel but?

Qu'est-ce que l'extraordinaire pour Ponge?

Quelle définition Ponge donne t'-il de la poésie?

 

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point commun avec Ponge qui recherche la célébration de la vie ordinaire à travers les objets quotidiens

Elargissement Ponge et Warhol

Analogie avec Andy Warhol qui dans ses sérigraphies représente des objets ordinaires ( les boîtes de soupe campbell) = point commun avec Ponge qui recherche la célébration de la vie ordinaire à travers les objets quotidiens. Il faut réapprendre à saisir la symbolique des objets. Andy Warhol reproduit à des milliers d'exemplaires par sérigraphie les boîtes de conserve Campbell's Soupe ou encore le portrait de Marilyn Monroe. Il y a donc une multiplication banalisante de l'objet = transgression des valeurs et des codes artistiques. Libération de l'art des conventions. Il faut remonter jusqu'à la matérialité du signe, puiser l'extraordinaire dans l'ordinaire.

Du parti pris des choses au parti pris poétique et philosophique

Un parti pris du réel en poésie contemporaine

Ponge

 

Considérer la réalité dans ce qu'elle a de plus ordinaire, de plus banal.

Un refus d'idéaliser la réalité = un regard neuf sur l'objet, la chose

Il s'agit de faire vivre des objets, par exemple avec Ponge, les objets les plus communs et de leur donner la parole, de les faire vivre dans la vie de tous les jours.

 

Le parti pris des choses est un parti pris poétique. La poésie devient une lecture du réel, ainsi Ponge considère différents objets dans son recueil et leur donne une beauté particulière en les faisant vivre et en les dotant d'une personnalité. Il en fait des sujets et les valorise en éloge.

Parmi les objets, nous pouvons citer =

Le cageot, objet créé par l'homme dont la fonction première est purement utilitaire

Le pain, objet de consommation

Le coquillage est perçu comme une petite chose

Le galet n'est pas «une chose facile à bien définir» du point de vue du langage, mais c'est aussi un objet du point de vue de la perception.

L'Assiette, la radio, la bougie, le cageot, le savon..... sont des objets fonctionnels, non symboliques

 

Du parti pris des choses au parti pris poétique et philosophique

Point de départ de toute création poétique

la banalité, non pas celle de l'objet mais celle de la vie quotidienne. Il faut exorciser le banal, le sublimer, l'esthétiser. Une nouvelle fonction est donnée à la poésie = l'écriture poétique doit faire voir le banal. Le regard doit se tourner vers les choses, les objets. Valoriser l'objet et diminuer l'homme en proie à un égo disproportionné. Le monde des choses doit renaître et l'homme doit comprendre qu'il doit exercer sa liberté de penser en remettant en question les idées reçues, les idéologies de masse. Ponge appelle l'homme à cette prise de conscience et décide de la transcrire dans sont traitement des choses, des objets riches d'enseignement. L'objet devient support d'une leçon.

La place du poète

Le parti pris poétique

Cesser de grandir l'homme et le remplacer dans le quotidien des objets

Dans un texte quasiment contemporain, daté du 24 novembre 1951, Ponge identifie les responsabilités et expose ainsi le but de sa poésie:

Non seulement, à mon sens, la religion judéo-chrétienne, mais «l'Humanisme» tout entier est en question: ce corpus de valeurs nées à la fois à Jérusalem, à Athènes, à Rome, par lequel l'homme s'est trouvé placé au centre d'un univers qui ne serait pas le champ de son action ou le lieu de son «pouvoir». Cette conception de la supériorité de l'homme me semble, à la vérité, l'avoir conduit quelque part hors du monde, dans une sorte d'aliénation. La pseudo-civilisation qui vient d'achever récemment de ceinturer le globe mourra aussi d'un de ces schismes qui suivent immanquablement les périodes dogmatiques, celles qu'en littérature on appelle classiques. Voilà ce contre quoi, plongeant dans le trente-sixième dessous, chaque poète authentique aujourd'hui par sa seule présence agit. Nous cheminons au niveau des racines, nous menons la vie noire des vers dont chacun remue des tonnes de terre végétale. Voilà où nous devons enfoncer la lyre qui n'est plus à placer au fronton des superstructures, mais doit pourrir dans l'infraordinaire. Nous naissons muets dans un monde muet. Nous: je parle de moi-même à l'instant même devant ce micro. Car nous naissons en réalité au milieu d'un brouhaha insensé, celui des paroles de l'ancien ordre, des rengaines de la mélodie mondiale, celui que font ici-même, par exemple, les publicistes et les concierges de la littérature

La cruche cassée, Greuze : une réflexion sur la poésie

 

Cette jeune fille au regard triste, dont la tenue en désordre laisse entrevoir un sein, est une allégorie de la virginité perdue, symbolisée par la cruche cassée pendue à son bras. Auprès d’elle, la fontaine traduit l’intérêt renouvelé des artistes pour l’Antiquité = Le proverbe qui s'y rattache = Le proverbe français cité est «Tant va pot la cruche à l'eau que la hanche y demeure ». la hanche est un mot à double, qui désigne la partie courbe d'un pot, entre le fond et la paroi, donc la fracture que Greuze nous montre.

Une réflexion sur la poésie

«La Cruche», 1961

La cruche cassee

Ponge a écrit des poèmes sur les objets les plus banals, les plus humbles qui reposent sur les rapports entre le mot et la chose. Dans Pièces, un recueil publié en 1961, Ponge écrit un poème intitulé «La cruche».

 

Problématique d'étude

En quoi ce poème est-il une réflexion sur la poésie?

 

Dans le but de conduire notre étude, nous verrons dans un premier temps, comment le poème naît des rapports entre le mot et la chose, en quoi l'objet la cruche est le prétexte d'un objeu et enfin de quelle manière le poète mène une réflexion sur le langage poétique, réflexion qui procure l'objoie.

 

I – Le mot et la chose

1 – Programme

Quel rapport s'instaure entre le mot et la chose et en quoi consiste le programme?

Les strophes sont annoncées par la première

Quel est l'objectif?

Il s'agit de redonner la densité de la chose par les signes, disséminer.

On peut parler de brouillon, de réécriture.

2 – Cratylisme = imiter

A quel niveau le cratylisme se manifeste t-il?

A trois niveaux, sonore, visuel et tactile

Citez pour justifier votre réponse

3 – Qualités

Citez trois qualités ou caractéristiques relatives à l'objet

le vide, le milieu et la fragilité

Justifiez votre réponse

 

II – L'objeu: le trésor

1 – texte = poème, chant

Il s'agit de montrer que l'objet cruche est le prétexte d'un objeu

Que peut-on dire sur le titre?

C'est le nom d'une chose et le titre d'un poème

Le texte est associé à un poème chant

A quelle autre idée l'objet est-il assimilé?

A un vide à remplir et au manque (le désir)

2 – Texte = méthode d'écriture, l'objet = allégorie du travail de Ponge

Montrez en quoi

Proverbe, didactisme

Ecrire, c'est faire jouer des rapports, faire vivre, faire fonctionner, dynamiter, dynamiser

Les gestes sont précautionneux.

3 – Le texte est un mouvement et non plus monument. Ponge, L'Ecrit Beaubourg, «le texte n'est plus monument mais moviment» = régime de lecture, l'objet = allégorie de notre lecture.

A quoi lire est-il associé?

Lire c'est déchiffrer les signes et observer. Lire c'est aussi interpréter et enfin lire c'est relire.

 

III – Purifier le langage pour procurer l'objoie

Une réflexion sur le langage poétique qui procure l'objoie

1 – Mots = quotidien et transcrire le banal

2 – Travail du poète = purifier

Quel est le travail du poète?

Il doit laver, remplir, vider, remotiver (Sancho Panca/ Don Quichotte)

3 – Casser la cruche du lecteur pour procurer l'objoie

Par la parole.

Il s'agit de casser la cruche pour que la cruche existe: casser la cruche, Greuze

Dans quel but?

Pour créer de nouveau

Lecture du poème la Cruche de Ponge

 

Pas d'autre mot qui sonne comme cruche. Grâce à cet U qui s'ouvre en son milieu, cruche est plus creux que creux et l'est à sa façon. C'est un creux entouré d'une terre fragile : rugueuse et fêlable à merci.

Cruche d'abord est vide et le plus tôt possible vide encore.

Cruche vide est sonore.

Cruche d'abord est vide et s'emplit en chantant.

De si peu haut que l'eau s'y précipite, cruche d'abord est vide et s'emplit en chantant.

Cruche d'abord est vide et le plus tôt possible vide encore.

C'est un objet médiocre, un simple intermédiaire.

Dans plusieurs verres (par exemple) alors avec précision la répartir.

C'est donc un simple intermédiaire, dont on pourrait se passer. Donc, bon marché ; de valeur médiocre.

Mais il est commode et l'on s'en sert quotidiennement.

C'est donc un objet utile, qui n'a de raison d'être que de servir souvent.

Un peu grossier, sommaire ; méprisable ? - Sa perte ne serait pas un désastre...

La cruche est faite de la matière la plus commune ; souvent de terre cuite.

Elle n'a pas les formes emphatiques, l'emphase des amphores.

C'est un simple vase, un peu compliqué par une anse ; une panse renflée ; un col large - et souvent le bec un peu camus des canards.

Un objet de basse-cour. Un objet domestique.

La singularité de la cruche est donc d'être à la fois médiocre et fragile : donc en quelque façon précieuse.

Et la difficulté, en ce qui la concerne, est qu'on doive - car c'est aussi son caractère - s'en servir quotidiennement.

II nous faut saisir cet objet médiocre (un simple intermédiaire, de peu de valeur, bon marché), le placer en pleine lumière, le manier, faire jouer ; nettoyer, remplir, vider.

Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle casse. Elle périt par usage prolongé. Non par usure : par accident. C'est-à-dire, si l'on préfère, par usure de ses chances de survie.

C'est un ustensile qui périt par une sorte particulière d'usure : l'usure de ses chances de survie.

Ainsi la cruche, qui a un caractère un peu simple et plutôt gai, périt par usage prolongé.

Certaines précautions sont donc utiles pour ce qui 1a concerne. II nous faut l'isoler un peu, qu'elle ne choque aucune autre chose. L'éloigner un peu des autres choses. Pratiquer avec elle un peu comme le danseur avec sa danseuse. En rapports avec elle, faire preuve d'une certaine prudence, éviter de heurter les couples voisins.

Pleine elle peut déborder, vide elle peut casser.

Il ne faut pas, non plus, la reposer brusquement... lui laisser trop peu de champ libre.

Voilà donc un objet dont il faut nous servir quotidiennement, mais à propos duquel, malgré son côté bon marché, il nous faut pourtant calculer nos gestes. Pour le maintenir en forme et qu'il n'éclate pas, ne s'éparpille pas brusquement en morceaux absolument sans intérêt, navrants et dérisoires.

Certains, il est vrai, pour se consoler, s'attardent - et pourquoi pas ? - auprès des morceaux d'une cruche cassée : notant qu'ils sont convexes... et même crochus... pétalliformes..., qu'il y a parenté entre eux et les pétales des roses, les coquilles d'œufs... Que sais-je ?

Mais n'est-ce pas une dérision ?

Car tout ce que je viens de dire de la cruche, ne pourrait-on le dire, aussi bien, des paroles ?

 

Le projet de préface sur la poésie de Ponge. Introduction au Parti pris des choses

Textes complémentaires

Francis Ponge, Projets d'introduction non publiés pour le Parti pris des choses, 1928

Que nous apprend ce projet de préface sur la poésie de Ponge ?

Francis ponge

Introduction au Parti-pris des choses

Longtemps je me posai les questions les plus difficiles. Je m'applique à présent aux choses les plus simples.

Il s'agit pour moi de faire parler les choses, puisque je n'ai pas réussi à parler moi-même, c'est-à-dire à me justifier moi-même par définitions et par proverbes.

Je tâcherai donc de former les choses en notions pratiques. Mais pratiques en quoi ? Pour la conversation la plus terre à terre.

Renonçant à me modifier moi-même, ni d'ailleurs les choses – Renonçant également à me connaître moi-même, sinon en m'appliquant aux choses. Me formant du monde une image, des notions pratiques.

L'on ne me connaîtra, l'on n'aura une idée de moi que par ma coquille, ma demeure, mes collections. Ou plutôt, car ce sont des armes, mes panoplies. Par l'accent de ma représentation du monde.

Longtemps je reprochai aux paroles de me duper. A présent je les remercie. Elles me trompent, et donc elles me découvrent. Si je suis quelque chose, ma lâcheté d'abord me confondait à elles. Mon effort contre elles, ou plutôt malgré elles me découvre. Ma façon de rouler le rocher de Sisyphe, voilà ce que j'ai de plus personnel.

Je tendrai donc aux définitions.

Il faudra donc me pardonner un style didactique. Je ne cherche qu'à m'assurer moi-même de certaines choses. Ce que je parais enseigner, je cherche à m'en persuader, ce sont des notions que j'avale pour tenir debout.

1928

 

Introduction au Parti pris des choses

Les qualités que l'on découvre aux choses deviennent rapidement des arguments pour les sentiments de l'homme. Or nombreux sont les sentiments qui n'existent pas (socialement) faute d'arguments.

D'où je raisonne que l'on pourrait faire une révolution dans les sentiments de l'homme rien qu'en s'appliquant aux choses, qui diraient aussitôt beaucoup plus que ce que les hommes ont accoutumé de leur faire signifier.

Ce serait là la source d'un grand nombre de sentiments inconnus encore. Lesquels vouloir dégager de l'intérieur de l'homme me paraît impossible, ou beaucoup plus difficile. Et pourtant souhaitable (Progrès des Lumières autant en ce qui concerne les choses que l'homme lui-même – harmonie entre l'homme nouveau et la nature qu'il connaît et possède de mieux en mieux).

Telles sont les ressources morales (aussi bien qu'esthétiques) du visible.

Sans parler des vertus propres à l'attention elle-même.

Automne 1928

 

My Creative Method”

"Sans doute ne suis-je pas très intelligent : en tout cas les idées ne sont pas mon fort. J’ai toujours été déçu par elles. Les opinions les mieux fondées, les systèmes philosophiques les plus harmonieux (les mieux constitués) m’ont toujours paru absolument fragiles, causé un certain écœurement, vague à l’âme, un sentiment pénible d’inconsistance. Je ne me sens pas le moins du monde assuré des propositions qu’il m’arrive d’émettre au cours d’une discussion. Celles qui me sont opposées me semblent presque toujours aussi valables ; disons, pour être exact : ni plus ni moins valables. On me convainc, on me démonte facilement. Et quand je dis qu’on me convainc : c’est, sinon de quelque vérité, du moins de la fragilité de ma propre opinion. Qui plus est, la valeur des idées m’apparaît le plus souvent en raison inverse de l’ardeur employée à les émettre. Le ton de la conviction (et même de la sincérité) s’adopte, me semble-t-il, autant pour se convaincre soi-même que pour convaincre l’interlocuteur, et plus encore peut-être pour remplacer la conviction. En quelque façon, pour remplacer la vérité absente des propositions émises. Voilà ce que je sens très fort."
 

My Creative Method”, Méthodes, Gallimard, 1961
 

Sidi-Madani, jeudi 18 décembre 1947.

Sans doute ne suis-je pas très intelligent : en tout cas les idées ne

sont pas mon fort. J’ai toujours été déçu par elles. […] la valeur des

idées m’apparaît le plus souvent en raison inverse de l’ardeur

employée à les émettre. […]

[…]

D’où vient que je puisse avoir cette impression, à vrai dire assez

saugrenue ? D’où vient cette différence, cette marge inconcevable

entre la définition d’un mot et la description de la chose que ce mot

désigne ? […] Ne pourrait-on imaginer une sorte d’écrits

(nouveaux) qui, se situant à peu près entre les deux genres

(définition et description), emprunteraient au premier son

infaillibilité, son indubitabilité, sa brièveté aussi, au second son

respect de l’aspect sensoriel des choses…

Sidi-Madani, samedi 27 décembre 1947 (I).

[…] Les idées me demandent mon agrément, l’exigent et il m’est

trop facile de le leur donner : ce don, cet accord ne me procure

aucun plaisir, […] Les objets, les paysages, les événements, les

personnes du monde extérieur […] emportent ma conviction. Du

seul fait qu’ils n’en ont aucunement besoin. Leur présence, leur

évidence concrètes, leur épaisseur, leur trois dimensions, leur côté

palpable, indubitable, leur existence dont je suis beaucoup plus

certain que la mienne propre, leur côté : « cela ne s’invente pas

(mais se découvre) », […] tout cela est ma seule raison d’être, à

proprement parler mon prétexte ; et la variété des choses est en réalité

ce qui me construit. […] Et, si elle n’est que mon prétexte, ma raison

d’être, […] ce ne sera, ce ne pourra être que par une certaine

création de ma part à son propos.

Quelle création ? Le texte.

Et d’abord comment en en ai-je idée, comment en ai-je pu avoir

idée, comment la conçois-je ?

Par les œuvres artistiques (littéraires).

Ponge et la Naissance de Vénus Botticelli

Venus botticelli

Le langage et les choses

L'espace de la langue est essentiel dans le recueil de Ponge. Dans son souci de créer un genre poétique nouveau, il prend en compte les problèmes du langage et en fait un prétexte à la poésie.

La référence à la Naissance de Vénus = c'est un tableau d'une scène mythologique mais Ponge s'en sert comme «un exercice sur l'indicatif présent et sur les deux points».

Vénus d'ailleurs arrive, avec son peintre qui lève à chaque instant un œil indicatif pour la remarquer présente = il signe maintenant =

Oui sur le sable où j'agonise, la voici : c'est le présent où l'imparfait me quitte : Je n'y suis plus.

C'est une réflexion sur le langage poétique. On remarque que sujet et objet disparaissent au profit de l'acte d'énonciation qui finit par devenir le seul contenu de l'énoncé.

Pour aller plus loin 

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