LA MATIERE ET L’ESPRIT
Autrefois, Dieu, incorporel et sans contours, n'était absolument pas représenté. Mais aujourd'hui, puisque Dieu a été vu dans la chair et qu'il a vécu parmi les hommes, je représente ce qui est visible de Dieu. La sainteté du corps matériel du Fils de Dieu. Ce n'est pas devant la matière que je me prosterne, mais devant le créateur de la matière, qui est devenu matière pour moi, qui a accepté de vivre dans la matière et qui a fait mon salut par la matière. Je ne cesserai pas de respecter la matière, par laquelle mon salut a été fait. Mais je ne la vénère pas comme un dieu allons donc ! Comment, en effet, ce qui a reçu l'existence du néant pourrait-il être dieu ? même si le corps de Dieu est Dieu, étant devenu par l'union selon l'hypostase, sans changement, ce qui lui a donné l'onction, mais tout en demeurant tel qu'il était par nature, une chair animée d'une âme raisonnable et intellectuelle, faite et non pas incréée. La matière sanctifiée par le contact avec le Christ. Je vénère aussi et je respecte les autres parties de la matière par lesquelles est advenu mon salut, en tant qu'elles sont remplies d'énergie divine et de grâce. N'est-ce pas matière que le bois de la croix, trois fois béni et trois fois heureux ? N'est-ce pas matière que la montagne sainte et vénérée, le lieu du Calvaire ? N'est-ce pas matière que la pierre nourricière et porteuse de vie, le Saint-Sépulcre, la source de notre résurrection ? N'est-ce pas matière que l'encre noire et le très saint livre des Évangiles ? N'est-ce pas matière que la table porteuse de vie qui nous offre le pain de la vie ? N'est-ce pas matière que l'or et l'argent dont sont faits les croix, les patènes et les calices ? Et surtout, n'est-ce pas matière que le corps de mon Seigneur et son sang ? Supprime le culte et la prosternation devant tout cela, ou bien obéis à la tradition de l'Église et admets que l'on se prosterne devant les images sanctifiées par le nom de Dieu et des amis de Dieu, et qui sont pour cette raison recouvertes de la grâce de l'Esprit Saint. La matière n'est pas indigne. N'insulte pas la matière, car elle n'est pas indigne. Rien en effet n'est indigne, qui vient de Dieu. C'est là l'opinion des Manichéens. N'est indigne que ce qui ne tient pas sa cause de Dieu, mais que nous avons inventé en glissant volontairement de ce qui est conforme à la nature vers ce qui est contre nature, et en laissant dévier notre volonté : c'est-à-dire le péché.
Saint Jean Damascène, Discours apologétique de notre père saint Jean Damascène contre ceux qui rejettent les images