L'Assommoir, Zola, L'incipit, commentaire littéraire = Problématique : Quelle est la ou les fonction(s) de cet incipit ?

 
 
 

Problématique : Quelle est la ou les fonction(s) de cet incipit ?

 

 

*** Séquence roman, un roman naturaliste

Naturalisme de Zola : réalités, symboles et critique sociale

 

Objet d'étude

 « Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme »

Problématique et objectifs

A travers des textes représentatifs de l'écriture naturaliste du romancier, il s'agit d'étudier comment l'écrivain opère la transfiguration d'une réalité particulière en symboles, le plus souvent porteurs d'une critique sociale. critique de la société corrompue du second Empire.

Zola, l'assommoir, l'incipit romanesque et naturaliste

le texte :

Gervaise avait attendu Lantier jusqu'à deux heures du matin. Puis, toute frissonnante d'être restée en camisole à l'air vif de la fenêtre, elle s'était assoupie, jetée en travers du lit, fiévreuse, les joues trempées de larmes. Depuis huit jours, au sortir du Veau à deux têtes, où ils mangeaient, il l'envoyait se coucher avec les enfants et ne reparaissait que tard dans la nuit, en racontant qu'il cherchait du travail. Ce soir-là, pendant qu'elle guettait son retour, elle croyait l'avoir vu entrer au bal du Grand-Balcon, dont les dix fenêtres flambantes éclairaient d'une nappe d'incendie la coulée noire des boulevards extérieurs ; et, derrière lui, elle avait aperçu la petite Adèle, une brunisseuse qui dînait à leur restaurant, marchant à cinq ou six pas, les mains ballantes comme si elle venait de lui quitter le bras pour ne pas passer ensemble sous la clarté crue des globes de la porte.

Quand Gervaise s'éveilla, vers cinq heures, raidie, les reins brisés, elle éclata en sanglots. Lantier n'était pas rentré. Pour la première fois, il découchait. Elle resta assise au bord du lit, sous le lambeau de perse déteinte qui tombait de la flèche attachée au plafond par une ficelle. Et, lentement, de ses yeux voilés de larmes, elle faisait le tour de la misérable chambre garnie, meublée d'une commode de noyer dont un tiroir manquait, de trois chaises de paille et d'une petite table graisseuse, sur laquelle traînait un pot à eau ébréché. On avait ajouté, pour les enfants, un lit de fer qui barrait la commode et emplissait les deux tiers de la pièce. La malle de Gervaise et de Lantier, grande ouverte dans un coin, montrait ses flancs vides, un vieux chapeau d'homme tout au fond, enfoui sous des chemises et des chaussettes sales ; tandis que, le long des murs, sur le dossier des meubles, pendaient un châle troué, un pantalon mangé par la boue, les dernières nippes dont les marchands d'habits ne voulaient pas. Au milieu de la cheminée, entre deux flambeaux de zinc dépareillés, il y avait un paquet de reconnaissances du mont-de-piété, d'un rose tendre. C'était la belle chambre de l'hôtel, la chambre du premier, qui donnait sur le boulevard.

Cependant, couchés côte à côte sur le même oreiller, les deux enfants dormaient. Claude, qui avait huit ans, ses petites mains rejetées hors de la couverture, respirait d'une haleine lente, tandis qu'Étienne, âgé de quatre ans seulement, souriait, un bras passé au cou de son frère. Lorsque le regard noyé de leur mère s'arrêta sur eux, elle eut une nouvelle crise de sanglots, elle tamponna un mouchoir sur sa bouche, pour étouffer les légers cris qui lui échappaient. Et, pieds nus, sans songer à remettre ses savates tombées, elle retourna s'accouder à la fenêtre, elle reprit son attente de la nuit, interrogeant les trottoirs au loin.

L'hôtel se trouvait sur le boulevard de la Chapelle, à gauche de la barrière Poissonnière. C'était une masure de deux étages, peinte en rouge lie de vin jusqu'au second, avec des persiennes pourries par la pluie. Au-dessus d'une lanterne aux vitres étoilées, on parvenait à lire entre les deux fenêtres : Hôtel Boncoeur, tenu par Marsoullier, en grandes lettres jaunes, dont la moisissure du plâtre avait emporté des morceaux. Gervaise, que la lanterne gênait, se haussait, son mouchoir sur les lèvres. Elle regardait à droite, du côté du boulevard de Rochechouart, où des groupes de bouchers, devant les abattoirs, stationnaient en tabliers sanglants; et le vent frais apportait une puanteur par moments, une odeur fauve de bêtes massacrées. Elle regardait à gauche, enfilant un long ruban d'avenue, s'arrêtant presque en face d'elle, à la masse blanche de l'hôpital de Lariboisière, alors en construction.

Analyse littéraire

 

Introduction

Nous allons étudier l'incipit de L'Assommoir de Zola, écrivain naturaliste de la deuxième moitié du XIXème siècle. Dans cet ouvrage tiré de la fresque des Rougon-Macquart, série d'une vingtaine de romans, l'auteur analyse la société de son temps. L'Assommoir est le septième roman de la fresque des Rougon dans lequel l'écrivain s'interroge sur le monde ouvrier et met en avant la question de l'alcoolisme, au sens d'un déterminisme génétique. L'analyse naturaliste du sujet de l'alcoolisme est centrée sur l'origine sociale ouvrière.

Dans cette première page, les personnages principaux sont présentés, Gervaise, l'héroine de l'histoire et Lantier son amoureux.

 

Problématique :

Quelle est la ou les fonction(s) de cet incipit ?

 

Annonce du plan =

Dans le but de répondre à la question, nous verrons dans un premier temps en quoi cet incipit est informatif, comment il répond aux critères du roman naturaliste et enfin dans quel sens sa politique de l'objet favorise l'enfermement et l'aliénation des personnages vers une critique sociale du milieu ouvrier

 

 

Plan choisi =

I – Informer le lecteur

Le cadre spatio-temporel

Les personnages

L'action

II – Un roman naturaliste

Le milieu

Le réalisme

L'écriture

III – Une politique de l'objet = rapport des objets aux personnages

Les objets signifient l'enfermement des personnages

Aliénation des personnages par les objets

La critique sociale

 

 

 

Analyse littéraire en trois fichiers

 

Incipit assommoir 1 (381.23 Ko)

Incipit assommoir 2 (419.04 Ko)

Incipit assommoir 3 (439.43 Ko)

 

 

 

 

Conclusion =

Cet incipit remplit sa fonction informative car il situe l'histoire dans un cadre spatio-temporel bien défini, Paris dans la deuxième moitié du XIXème siècle, la nuit. Le portrait de Gervaise et de Lantier est dressé, il situe la question de l'alcoolisme au cœur de l'histoire ouvrière à travers Lantier . Il remplit aussi son rôle incitatif. Le lecteur a envie de poursuivre la lecture. Nous sommes dans l'écriture naturaliste de Zola. Cette première page fera écho à la dernière puisque Gervaise meurt dans la plus grande solitude et la misère du fait de son alcoolisme. Cet incipit annonce l'enfermement du personnage dans une situation sociale misérable et dominée par le problème de l'alcool. L'enfermement du personnage est aussi suggéré par la politique de l'objet qui l'aliène et autorise Zola à dresser une critique virulente du milieu social ouvrier.

 


 

 

 

 

*** Travailler l'ouverture

Il est possible de proposer une ouverture en comparant la description métonymique de Gervaise et la chambre et Madame Vauquer avec la pension dans le père Goriot ou encore la casquette avec Charles dans l'incipit de  Mme Bovary de Flaubert.

On formule l'ouverture sous forme d'une question :

Retrouve t'-on dans le père Goriot avec Madame Vauquer, une telle description métonymique qui réduit en osmose le personnage et l'objet qui le caractérise? (ici la pension). 

 

 

 
 

Pour aller plus loin 

<

Date de dernière mise à jour : 14/02/2019