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Etude de la parole dans Phèdre de Racine, texte complémentaire, séquence théâtre. Le texte théâtral et sa représentation du XVIIe à nos jours

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Le texte théâtral dans sa représentation du XVIIe siècle à nos jours. Le théâtre à l'oral EAF

 

 

OBJET D’ÉTUDE : LE THÉÂTRE

Le texte théâtral dans sa représentation du XVIIe siècle à nos jours

La parole dans Phèdre de Jean Racine

 

 

 

Il y a dans Phèdre trois sortes de parole :

 

—    la parole innocente, on serait tenté de dire « normale » (et par là même aussi qui a vite fait de devenir catastrophique dans le contexte de la tragédie), une parole transitive et assurée de ses fonctions de simple communication. Cette parole, c’est celle de Thésée, celui qui arrive, décontextualisé et innocent comme l’enfant qui vient de naître : le père qui revient du royaume des morts, qui raconte, interroge et juge, qui invoque les dieux sans mesurer l’irréversibilité de ces invocations.

 

—    la parole médiatrice (relayée) des confidents : on ne peut mettre sur le même plan Oenone et Théramène (l’une intrigue, l’autre se partage les fonctions plus simples d’accoucheur et de narrateur), mais l’un et l’autre sont ceux par qui la parole arrive, et par qui la réalité advient. Théramène, avec son fameux « Aimeriez-vous, seigneur ? » (mais Théramène fait les questions et les réponses, et Hippolyte dans un premier temps reste interdit), et Oenone qui est la nourrice, mais aussi l’accoucheuse d’une nouvelle Phèdre, celle qui veut mourir et qui va prendre la parole.

 

—    La parole coupable : de ce point de vue, Phèdre et Hippolyte occupent des positions équivalentes, et leur culpabilité première a le même destinataire, ou la même source : Thésée, sous l’aspect du mari et des convenances sociales (pour Phèdre) ou du père castrateur (pour Hippolyte). Il est intéressant d’ailleurs de noter que Phèdre insiste sur son inceste (qui, à proprement parler n’existe pas) pour ne pas parler de son adultère (qui existe à peine, comme une simple intention, et aussi parce qu’elle voit en Hippolyte une figure de rechange de Thésée : elle ne fait que répéter Thésée à travers Hippolyte ; la faute et la culpabilité importent plus au fond que le désir et sa réalisation). En ce qui concerne Hippolyte, il est intéressant de confronter la version mythologique, où Hippolyte est fils du même, de la même, fils d’Hippolyte la reine des Amazones, un homme froid, plus soucieux de chasse et de forêt que de femmes, et la version psychologisée par Racine, dans laquelle le père intervient comme une figure évidemment castratrice, et de deux façons : Thésée est l’homme de la séduction, un homme à femmes, qui interdit à Hippolyte d’être homme à son tour et de trouver sa place vis à vis des femmes. Le refoulement est tel chez Hippolyte qu’il prend la défense (croit prendre la défense) de son père en niant sa virilité (l’indigne moitié d’une si belle histoire 38 ; par un indigne obstacle il n’est point retenu 36). Thésée est un héros qui par là mérite d’être volage (cf. 39), ce qu’Hippolyte ne peut (ne veut) encore prétendre. Thésée interdit Aricie, l’exception, l’objet du désir élu par Hippolyte. Hippolyte s’interdit toutes les femmes au nom de son père, mais il y a un veto explicite et absolu de Thésée sur Aricie la Pallantide : D’une tige coupable il craint un rejeton (39–) dit innocemment Hippolyte.

 

 

Phèdre et la sortie du silence

 

Le véritable objet de la pièce, c’est le secret d’un amour scandaleux qui est dissimulé en vain (Phèdre est malade de ce secret), puis révélé progressivement à tous les personnages, Oenone, Hippolyte, Thésée, les entraînant l’un après l’autre dans la tragédie : Oenone devra se suicider, Hippolyte sera sacrifié par son père, Thésée devra reconnaître qu’il est une marionnette du destin. La fatalité tragique consiste habituellement en ce que tout secret soit découvert ; mais dans Phèdre, ce n’est pas le destin, c’est la volonté d’un être humain, se déclarant ou se trahissant au moment voulu, qui accomplit ce qui ne pouvait s’éviter : c’est la ligne intrigante mise au point par Oenone qui conduit Phèdre à se trahir de façon irréversible, et par là à faire entrer tous les autres personnages dans la tragédie. La passion existe, elle est déjà là, et même d’une certaine façon, elle a toujours été là, programmée par l’ascendance de Phèdre ; mais la parole, la sortie du silence, est le fait d’un libre choix qui précipite dans le tragique.

Phèdre sort du silence à trois reprises : devant Oenone (I, 3), devant Hippolyte (II, 5), devant Thésée (V, 7).

Devant Oenone, Phèdre affirme le deuil et revendique l’ombre, elle reconnaît malgré elle, parce qu’elle ne peut la contrôler, la toute puissance du langage

x qui révèle une obsession : l’ombre des forêts  désigne Hippolyte par métonymie, explicitée plus précisément par le char fuyant dans la carrière (178)

x qui contraint à justifier ce qui est déjà dit, à y revenir, à confirmer l’émotion en essayant de la cacher (v. 179 à 184).

x qui est une action : le langage est extraordinairement performatif en général pour Racine, et pour Phèdre en particulier : dire, c’est faire, à tel point qu’elle se refuse à prononcer elle-même le non d’Hippolyte (c’est toi qui l’as nommé v. 264), oblitéré par les périphrases (ce fils de l'amazone… Ce prince… 263). Prononcer le nom de l’aimé suffit à consommer le double crime de l’inceste et de l’adultère.

—    avec Hippolyte, on a affaire au développement du malentendu : des mots à double entente à la signification transparente pour toute autre personne moins verrouillée qu’Hippolyte, qui est justement le destinataire de ce discours (le secret 601 ; prononcer votre nom 604 ; digne de votre inimitié 607 ; me trouble et me dévore  617). Les mots voilés, par glissement progressif (Thésée = Hippolyte, 627), deviennent une déclaration indirecte, qui s’affirmera enfin en déclaration coupable (Ne pense pas qu’au moment que je t’aime… 673 sq.).

—    avec Thésée, le langage est comme pacifié, libéré du trouble et de l’épaisseur des passions : il retrouve sa simple fonction transitive et de communication. Révélation et explicitation du crime au seuil de la mort (œil profane, incestueux ; p. 109).

La parole est l’objet d’un transfert : elle ne peut s’annuler ni se reprendre, elle fait entrer dans le temps de façon irréversible. Cela explique la stratégie d’Oenone, qui retourne la parole de Phèdre contre Hippolyte plutôt que d’essayer de l’annuler. De la même façon, pour Thésée, sa parole (invocation de Neptune) fait retour sous la forme du dragon qui dévore son fils. On peut parler d’un retour du monstre comme on parle du retour du refoulé : Phèdre (comme avatar du Minotaure), puis le dragon.

 

 

 

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