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Erich Maria Remarque, A l'ouest rien de nouveau

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Commentaire du texte d’Erich Maria Remarque

À l’ouest rien de nouveau (1929)
 

À trois heures de l’après-midi, il est mort. Je respire mais pour peu de temps. Le silence me paraît
bientôt plus pénible à supporter que les gémissements. Je voudrais encore entendre son râle saccadé, rauque, parfois siffl ant doucement et puis de nouveau rauque et bruyant.
Ce que je fais n’a pas de sens. Mais il faut que j’aie une occupation. Ainsi, je déplace encore une fois le mort pour qu’il soit étendu commodément. Je lui ferme les yeux. Ils sont bruns ; ses cheveux sont noirs, un peu bouclés sur les côtés. (…)
Mon état empire toujours ; je ne puis contenir mes pensées (…) Certainement le mort aurait pu vivre encore trente ans, si j’avais mieux retenu mon chemin. (…)
Le silence se prolonge. Je parle, il faut que je parle. C’est pourquoi, je m’adresse à lui en lui disant : « Camarade, je ne voulais pas te tuer. Si, encore une fois, tu sautais dans ce trou, je ne le ferais plus, à
condition que tu sois aussi raisonnable. Mais d’abord, tu n’as été pour moi qu’une idée, une combinaison née dans mon cerveau et qui a suscité une résolution ; c’est cette combinaison que j’ai poignardée. À présent, je m’aperçois pour la première fois que tu es un homme comme moi. J’ai pensé à tes grenades,
à ta baïonnette et à tes armes ; maintenant c’est ta femme que je vois, ainsi que ton visage et ce qu’il y a en nous de commun. Pardonne-moi camarade. Nous voyons les choses toujours trop tard. Pourquoi ne nous dit-on pas sans cesse que vous êtes de pauvres chiens comme nous, que vos mères se tourmentent
comme les nôtres et que nous avons tous la même peur de la mort, la même façon de mourir et les mêmes souffrances ? Pardonne-moi camarade, comment as-tu pu être mon ennemi ? Si nous jetions ces armes et cet uniforme, tu pourrais être mon frère, tout comme Kat et Albert2. Prends vingt ans de ma vie, camarade et lève-toi… Prends-en davantage, car je ne sais pas ce que, désormais, j’en ferai encore ». (…)


Tant que j’ignore son nom, je pourrai peut-être encore l’oublier ; le temps effacera cette image. Mais son nom est un clou qui s’enfoncera en moi et que je ne pourrai plus arracher. Il a cette force de tout rappeler, en tout temps ; cette scène pourra toujours se reproduire et se présenter devant moi. Sans savoir que faire, je tiens dans ma main le portefeuille. Il m’échappe et s’ouvre. Il en tombe des portraits et des lettres. Je les ramasse pour les remettre en place ; mais la dépression que je subis, toute cette situation incertaine, la faim, le danger, ces heures passées avec le mort ont fait de moi un désespéré. (…) Ce mort est lié à ma vie ; c’est pourquoi je dois tout faire et tout promettre, pour me sauver ; je jure aveuglément que je ne veux exister que pour lui et pour sa famille. Les lèvres humides, c’est à lui que je m’adresse et, ce faisant, au plus profond de moi-même réside l’espoir de me racheter par là et peut-être ici encore d’en réchapper, avec aussi cette petite ruse qu’il sera toujours temps de revenir sur ces serments. J’ouvre le livret et je lis lentement : « Gérard Duval, typographe. »
J’inscris avec le crayon du mort l’adresse sur une enveloppe et puis, soudain, je m’empresse de remettre le tout dans sa veste. J’ai tué le typographe Gérard Duval. Il faut que je devienne typographe, pensé-je tout bouleversé, que je devienne typographe, typographe…

 

Commentaire littéraire

Problématique possible:

En quoi la guerre peut-elle avoir un effet irrémédiable sur l'homme?

 

Plan proposé:

  1. Une scène de prise de conscience

Une scène intimiste: le narrateur en présence d'un ennemi mort

La prise de conscience de l'humanité de l'ennemi

Un camarade, un frère, au autre soi-même

II – Avec un impact psychologique irrémissible

Un bouleversement émotionnel

Une sensation de culpabilité

Une volonté de retour en arrière, d'expier son acte

 

Le commentaire littéraire

«Beaucoup reviennent de la guerre, qui ne peuvent pourtant la décrire» Proverbe italien (1683)

Le thème de la guerre est dans ce corpus clairement présent. Nous découvrons dans le texte d'Erich Maria Remarque, une description d'une scène sinistre entre un allemand et un français. Nous pouvons rappeler que l'auteur à lui-même combattu dans le camps allemand durant la Deuxième Guerre Mondiale, ainsi nous pouvons penser que ce texte à une valeur autobiographique, dans le sens où l'auteur se sert de son œuvre afin de peut-être exorciser ce qu'il a pu vivre. Cela nous mène donc à supposer que l'auteur n'a jamais oublié ce qui a pu se passer à la guerre.

Cela nous amène donc à nous demander en quoi la guerre peut-elle avoir un effet irrémédiable sur l'homme. Pour répondre à ce questionnement nous traiterons tout d'abord cette scène comme une prise de conscience, ayant un impact destructeur sur l'homme.

Premièrement nous allons alors voir en quoi il s'agit d'une scène de prise de conscience. Ainsi nous pouvons tout d'abord avancer l'idée qu'elle serait intimiste, le narrateur étant en présence d'un ennemi, mais également d'un mort. Le soldat, après avoir poignardé un ennemi ayant roulé dans sa cachette, va se retrouver seul à seul avec donc un ennemi qu'il va tuer par réflexe, créant par la suite une relation intime avec lui. Ainsi « L’homme s’effondre et agonise pendant des heures auprès de Paul qui essaie, tant bien que mal, de soulager ses dernières souffrances », nous voyons que le personnage créé une relation intime avec celui qu'il vient de blesser mortellement en voulant apaiser ses derniers moments. Puis vient l'apparition d'un sentiment de perte à la mort du soldat ennemi, le personnage se retrouve seul avec le corps de celui qu'il a tué. Comme le soldat allemand va le dire lui-même «  Je respire mais pour peu de temps. Le silence me paraît bientôt plus pénible à supporter que les gémissements », nous découvrons que le silence de la mort lui pèse davantage que lorsqu'il agonisait, preuve qu'il était encore en vie. Nous pouvons alors penser que cela le mène à une prise de conscience plus générale, amenant le soldat à reconsidérer cet homme vu comme un ennemi comme désormais un autre homme, grâce à la description de celui-ci. On peut alors lire que le soldat va se livrer à une observation de celui qu'il vient de tuer, comme s'il le découvrait pour la première, et cela provoqué par sa rencontre avec les yeux vides du mort, ainsi : « Ils sont bruns ; ses cheveux sont noirs, un peu bouclés sur les côtés. » Cette description semble mener le soldat à reconsidérer cet ennemi comme un homme, prenant conscience de l'humanité de l'ennemi.

En effet, on peut remarquer une prise de conscience que cet homme mort est également un être humain, qu'il pourrait être lui (le soldat allemand), le personnage se rend compte qu'il a eu droit de mort sur cet homme comme il le suggère ici :« Certainement le mort aurait pu vivre encore trente ans, si j’avais mieux retenu mon chemin. » Cette prise de conscience semble effectuer une sorte de flottement de la pensée du personnage, il semble perdu, choqué par son acte. Cette idée est démontrée par l'accumulation de phrases courtes : « Le silence se prolonge. Je parle, il faut que je parle. » Le personnage émet également une comparaison avec lui-même, admettant ainsi que cet ennemi, cet homme pourrait être en réalité son homologue. « À présent, je m’aperçois pour la première fois que tu es un homme comme moi. » est la preuve que le personnage ne considère plus seulement ce mort comme un ennemi, ni comme un simple homme, mais bien comme un camarade, un frère ou bien encore un autre soi-même.

Ainsi le personnage considère alors le mort comme s'il s'agissait de lui, imaginant ce qu'aurait pu imaginer son propre meurtrier si les rôles avaient été inversés. Il en vient à penser à la vie intime du français qu'il a tué : « maintenant c’est ta femme que je vois, ainsi que ton visage et ce qu’il y a en nous de commun. » Le mort n’apparaît donc plus comme un ennemi ou un homme lambda, mais comme un « camarade », comme l'appelle le personnage à de nombreuses reprises. Un phénomène de fraternité semble apparaître entre le soldat et le mort, comme si sa mort l'extrayait de la guerre en lui rendant une part d'humanité, qui n'était que camouflée par ce que la guerre fait aux hommes. En effet, le personnage semble faire un pont plus intime entre lui et le mort. Un frère étant un dédoublement de soi-même, c'est ce qu’insinue ici le personnage : «tu pourrais être mon frère », sans doute pour désigner cet homme comme son frère d'arme, le conditionnel mettant ici en valeur irrémédiablement et la fatalité de la mort du français.

Nous pouvons donc inéluctablement dire que cet épisode d'intimité entre deux ennemis, dont l'un a tué l'autre, aura des effets irrémissibles, qui seront donc impossible à effacer de la mémoire de celui ayant commis l'acte meurtrier.

En second lieu, il apparaît donc que le personnage aura des impacts psychologiques, dûs au bouleversement émotionnel que cet épisode aura provoqué chez lui. Alors nous voyons dans cet extrait, que le personnage vit une situation où plusieurs sentiments contradictoires s'entrechoquent. Tout d'abord il agit par instinct, comme un animal se sentant agressé et obéissant à un réflexe primaire, sans réfléchir. Il semble définir son acte comme une conséquence d'un mécanisme dont il n'était que le pantin :« Mais d’abord, tu n’as été pour moi qu’une idée, une combinaison née dans mon cerveau et qui a suscité une résolution ; c’est cette combinaison que j’ai poignardée ». Mais il apparaît rapidement, que le mort inspire ensuite une sensation de parenté avec celui l'ayant tué, provoquant chez le personnage un bouleversement dont il n'est plus maître. Il recouvre alors sa raison et est alors comme un enfant ayant besoin de parler de quelque chose l'ayant bouleversé : « Mon état empire toujours ; je ne puis contenir mes pensées », on découvre qu'il est alors sujet à de nombreuses remises en question. Cette remise en question semble lui faire retrouver sa part d'humanité qui nous paraît être à son paroxysme, le poids de son acte venant alors provoquer en lui un sentiment de honte. « Le jeune homme est tenaillé par le remords d’avoir tué ce soldat », alors le sentiment de honte de lui même se liant presque instantanément à un sentiment de remords, le personnage souhaitant que ce jour ne fut jamais arrivé.

Par conséquent, un sentiment de regret fait également son apparition, le personnage est alors en proie à une culpabilité l’entraînant dans un premier temps à rejeter la faute sur des gradés, ne les ayant pas prévenus d'une chose apparaissant comme logique : que leurs ennemis allaient être faits de sangs et de chairs, à l'instar d'eux-mêmes comme le montre son questionnement : « Pourquoi ne nous dit-on pas sans cesse que vous êtes de pauvres chiens comme nous, que vos mères se tourmentent comme les nôtres et que nous avons tous la même peur de la mort, la même façon de mourir et les mêmes souffrances ? » Le remords assaillit donc le personnage. L'accumulation de question le montre, accentuée par les excuses formulées directement par le personnage envers celui qu'il a tué. Le remord prenant alors la place principale de l'extrait, on découvre une dramatisation de la scène visant à montrer la sensation de culpabilité du personnage : « Pardonne-moi camarade, comment as-tu pu être mon ennemi ? ». La culpabilité entraîne le personnage à se demander s'il ne serait pas mieux d'oublier, et alors de ne pas chercher à savoir le nom de celui à qui il a ôté la vie, mais impossible pour lui d'oublier ce mort. En effet le personnage affirme qu'un lien est formé entre eux deux car : « Ce mort est lié à ma vie ».

Après cette prise de conscience que ce mort ne le quittera plus jamais, une volonté d'un retour en arrière se fait ressentir chez le personnage, ainsi qu'une volonté d'expier son acte qui semble déjà le torturer. Ainsi d'une volonté d'oubli, succède une volonté de se repentir de son acte, qu'il considère comme un meurtre, alors :« je dois tout faire et tout promettre, pour me sauver ». Se trouve peut-être ici une référence religieuse, ce personnage serait-il croyant en les jugements de Dieu ? Mais le personnage est tout de même animé par une petite volonté de revenir sur son serment de n' « exister que pour lui et pour sa famille ». Cependant sa conscience reprend le dessus, et il ressent alors le besoin de connaître l'identité de celui qui gît à ses côtés. Enfin le personnage ressent un besoin de montrer son sentiment de remord en exprimant le fait qu'il aurait voulu donné sa vie plutôt que de prendre la sienne. En effet le personnage propose un échange au mort : « Prends vingt ans de ma vie, camarade et lève-toi… Prends-en davantage, car je ne sais pas ce que, désormais, j’en ferai encore ».  Cette révélation qu'il se fait à lui-même l'oblige contre sa volonté à vouloir continuer la vie, suivant le chemin qu'avait pris celle du mort, et ce en sa mémoire. A l'instar d'un hommage, le personnage émet alors une sorte de conclusion : « J’ai tué le typographe Gérard Duval. Il faut que je devienne typographe, pensé-je tout bouleversé, que je devienne typographe, typographe… » qui semble davantage prouver que ce serment donnerai le sentiment au personnage d'être toujours un homme, le sentiment de ne pas avoir perdu une part de son humanité en commentant ce meurtre.

Pour conclure, nous pouvons rappeler que nous devions traiter la question de la guerre et ses effets sur l'homme dans le domaine de l'argumentation. Ainsi nous avons vu que l'auteur, à travers un récit à visée expiatoire, nous montre en quoi la guerre peut avoir des conséquences irrémédiables sur un homme. Nous pouvons donc penser que le véritable but de l'auteur est de dénoncer la guerre en utilisant de nombreuses descriptions, à l'instar de Jean Giono, dans Le Grand Troupeau.

Date de dernière mise à jour : 31/01/2018