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•Un personnage de roman ou de théâtre peut-il se concevoir sans souffrances ni désillusions ?

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Un personnage de roman ou de théâtre peut-il se concevoir sans souffrances ni désillusions ?

 

 

Dissertation :
Sujet : Un personnage de roman ou de théâtre peut-il se concevoir sans souffrances ni désillusions ?

Devoir d’Aline C. :

Depuis l’Antiquité, la souffrance d’un personnage est omniprésente comme dans la tragédie grecque afin de critiquer les mœurs, mais au fil des siècles certains auteurs l’ont délaissée faisant évoluer la littérature. Néanmoins cela amène à se demander si « un personnage de roman ou de théâtre peut [être conçu] sans souffrances ni désillusions ? ». En d’autres termes, un personnage romanesque ou théâtral doit-il souffrir ou être déçu, ou au contraire ces dimensions sont-elles facultatives ? Ce raisonnement cherche d’abord à prouver que la souffrance est inutile, puis à démontrer que celle-ci est indissociable d’un personnage d’une œuvre romanesque ou théâtrale.

Tout d’abord, la souffrance et la déception sont dans certains cas en littératures inexistantes pour certains personnages. En effet, le roman et le théâtre sont un moyen d’évasion de la réalité dans laquelle le lecteur ou le spectateur vit. La souffrance est alors déjà éprouvée au quotidien, elle ne doit donc pas réapparaître dans le divertissement. Les lecteurs prennent alors plaisir à s’évader grâce aux œuvres littéraires qui leur permettent par exemple de découvrir de nouvelles cultures et de nouveaux paysages, jusqu’ici inconnus. Les romans d’aventures de Jules Verne illustrent cette idée. Le tour du monde en quatre-vingts jours (1873) en est exemple car il fait voyager son lecteur au tour du globe, notamment en Inde, en Chine et aux Etats-Unis, alors que celui-ci n’en avait pas forcément l’occasion de le faire physiquement compte tenu de l’époque à laquelle l’œuvre a été écrite. Dans ces romans, la souffrance n’y est pas présente afin de permettre une évasion spirituelle.
De plus, en littérature certains personnages ne sont pas suffisamment fin d’esprit afin de comprendre ce qui leur arrive, donc ils ne souffrent pas de leur situation qui devrait pourtant les affecter. Dans Pierre et Jean (1883) de Guy de Maupassant, le père Roland est cocu mais il ne se doute d’absolument rien et ce jusqu’à la fin de l’œuvre, il ne souffre donc pas et n’est pas déçu par le comportement de sa femme car il ne comprend pas ce qui s’est passé. Le roman Forrest Gump (1986) de Winston Groom met aussi en scène un personnage simple d’esprit qui sans le vouloir réussit beaucoup de choses mais qui dans certaines situations pourrait être déçu.
Enfin, la comédie est un genre littéraire dans lequel la visée est humoristique et où il n’y a gère de désillusions. La comédie reste encore aujourd’hui en grand succès et ce grâce à Molière qui révolutionna ce genre alors grotesque en y appliquant les règles de la tragédie classique. Les fourberies de Scapin illustre cette idée, car bien qu’il ait des trames aucun personnage ne souffre réellement et le spectateur est confronté à une fin heureuse. La parodie des défauts chez Molière est donc suffisante pour éduquer le public, sans pour autant avoir recourt à la déception d’un des personnages.

 


                Bien que certaines œuvres théâtrales et romanesques bannissent la déception pour leur personnage, de nombreuses autres en ont néanmoins recourt. Tout d’abord, la tragédie au théâtre ne pourrait exister sans un personnage qui souffre. Par exemple l’œuvre de Racine Britannicus écrite au XVIIème siècle met en scène un couple fiancé, Junie et Britannicus, qui sont animés par la passion (vient du latin patior qui veut dire souffrance). Cependant ce couple est rompu pas l’empereur romain Néron, amoureux de Junie, et celui-ci exécutera même son rival au grand désespoir de sa fiancée. Dans le cas de la tragédie, la perte de certains personnages est forcément accompagnée de souffrance et de désillusions.

En outre, un dramaturge cherche chez un spectateur la compassion afin qu’il ait pitié à a la vue d’un personnage souffrant. Cette façon de vouloir faire devenir le spectateur un être meilleur est énoncée dans la théorie du drame (Die Dramentheorie) par le dramaturge allemand Lessing du XVIIème siècle. Il exprime en effet le besoin au théâtre d’éduquer en quelques sortes son public et cela grâce à la mise en scène dans une tragédie d’un personnage pathétique qui aura pour particularité d’être le personnage avec les meilleurs qualités mais aussi celui avec le plus de souffrance. La compassion alors recherchée au théâtre devait réapparaître par la suit au quotidien. Cette théorie inspirera plus tard des auteurs germaniques très célèbres comme Schiller et Goethe. La tragédie est donc à nouveau forcément constituée d’un personnage souffrant et exposé à une déception certaine.

Enfin, après un bond spatial, un bond dans le temps est aussi nécessaire afin d’illustrer ce facteur de la souffrance. En effet, cette dernière permet la défense d’une cause à travers des écrits comme le roman réaliste Germinal (1885) d’Emile Zola. Dans cette œuvre tirée du cycle romanesque des Rougon Macquart, le personnage principal souffre terriblement, mais cela permet une critique des conditions de travail minier lors de la Révolution industrielle. De plus, plus tard, pendant la seconde guerre mondiale, la pièce de théâtre Antigone récrite par Jean Anouilh dénonce l’occupation nazie du territoire français. Cette tragédie est un appel à la Résistance incarnée par Antigone qui à cause de la fatalité sera tuée ce qui entrainera par la suite la mort de nombreux autres personnages. Cette œuvre théâtrale fait aujourd’hui partie de l’art engagé. La défense d’une cause est donc possible grâce à la souffrance d’un personnage dans le roman comme dans le théâtre.

En somme, un personnage romanesque ou théâtral n’est pas obligatoirement soumis à une souffrance et une déception, mais l’auteur peut toutefois en décider autrement et donc soumettre un de ses personnages à ces deux notions. De plus l’expression de la souffrance se retrouve aussi dans un autre genre littéraire qu’est la poésie lyrique. L’auteur romantique Victor Hugo en est un exemple avec son poème « Demain dès l’aube… » dans lequel il décrit son trajet pour aller se recueillir sur la tombe de sa fille décédée lors d’un accident de barque. Cet écrit est donc un moyen pour le poète d’exprimer sa souffrance. Le poème d’Alphonse de Lamartine « Le lac » illustre aussi cette idée à travers l’expression du regret d’une époque passée et perdue, qu’il illustre à l’aide de la description du lac qui matérialise des sentiments trop forts pour être dits.



Aline C., 2nde section internationale, mai 2012.





Devoir de Thomas B. :

Le théâtre est un genre littéraire qui met en scène des personnages qui vont jouer leur rôle afin de présenter un personnage fictif ou réel devant le public. Bien que le roman soit parfois moins vivant que le théâtre, les péripéties sont transmises par un narrateur interne à l’histoire ou au contraire externe aux actions. Dans les deux cas et quel que soit l’époque, un personnage est généralement amené à souffrir ou à rencontrer des difficultés concernant sa passion ou son but. En d’autres termes le personnage théâtral ou du roman est souvent confronté à rencontrer des faiblesses ou impasses qui le bloquent à atteindre ses passions et objectifs. Dans un premier temps, nous verrons qu’un personnage de théâtre ou de roman est souvent mis en position de souffrance à un moment particulier de l’histoire. Et dans un second temps, au contraire, un personnage n’est pas forcément toujours amené à rencontrer des impasses et donc à souffrir durant le jeu théâtral ou les péripéties romanesques.



Tout d’abord, le personnage théâtral ou romanesque se voit souvent faire face à un échec qui va le conduire vers des souffrances morales ou physiques. C’est pourquoi un personnage se doit d’être conçu pour rencontrer des impasses : plusieurs cas sont concernés où un personnage souffre afin de parvenir à ses besoins. Dans Germinal d’Emile Zola, l’incipit démarre par un grand vide pour le personnage. Celui-ci marche dans les champs vastes et sombres seul. Dès le début, il est amené à rencontrer un « vide moral » mis en valeur par la description sombre et triste des lieux. Cet état d’âme ne peut se traduire par une souffrance mais par une déception et une désillusion, car le lecteur apprend par la suite qu’il se rend ici pour travailler dans une mine qui n’a rien d’ordinaire. C’est dans cet exemple que le personnage est amené à souffrir pour gagner de quoi vivre. L’exemple de Macbeth de William Shakespeare est une pièce de théâtre qui met en scène un personnage qui va devenir brutal et tyrannique afin d’accéder au pouvoir. Macbeth va tout d’abord réaliser une série de crimes sans regrets mais sa détermination sera atténuée quand il va devoir se battre pour obtenir ce qu’il désire. Ces actes de meurtres vont se terminer par une folie, donc une souffrance physique construite par le regret et le remords. Que ce soit au théâtre ou dans le roman, un personnage se doit de souffrir afin d’obtenir ce qu’il veut atteindre. En plus de devoir affronter et rencontrer des souffrances morales ou physiques pour obtenir quelque chose, le personnage est parfois amené à souffrir en vue de parvenir et d’accéder à sa passion. Comme dans L’Ecole des femmes de Molière où Arnolphe, le personnage clé de la pièce qui pense pouvoir dominer tout le monde vis-à-vis de la fidélité dans un couple, va d’abord se comporter en tyran, forcer l’amour de sa pupille Agnès. Mais les choses vont changer et Arnolphe va se retrouver dominé par les autres personnages. Arnolphe à donc beaucoup souffert afin de gagner l’amour d’Agnès, mais il va se diriger vers une mort symbolique lorsqu’il apprend qu’Agnès se marie avec Horace. Le personnage d’Arnolphe perd sa crédibilité en pensant qu’il pouvait se marier sans se faire tromper mais il est finalement destiné à perdre Agnès et s’isoler des autres personnages qui eux contribuent à sa défaite. De plus, dans l’Ecume des jours de Boris Vian, le personnage principal, Chick va tout faire pour parvenir aux besoins de sa femme Chloé malade. Pour Chick, sauver sa femme va lui faire endurer un tas de souffrances morales et physiques puisqu’il va se mettre à travailler afin de pourvoir acheter un remède, ce qu’il n’a jamais fait car il ne manquait pas d’argent. Au final, Chloé va mourir et toutes ses espérances s’écroulent, Chick va maintenant faire face à une souffrance morale qui est la mort de sa femme. Là encore, qu’il s’agisse du théâtre ou du roman, un personnage doit souffrir pour essayer d’obtenir « sa femme », son amour ou de parvenir à ses passion

Cependant, le cas d’un personnage qui souffre afin de retrouver ses passions ou de subvenir à ses besoins n’est pas universel au théâtre et dans le roman. Il arrive qu’un personnage ne soit pas forcément sujet aux souffrances et désillusions. En effet, qu’il s’agisse d’un roman ou d’une pièce de théâtre, le personnage principal qui est principalement sujet aux souffrances, est entouré d’autres personnages qui font tout de même avancer l’histoire sans pour autant souffrir. Dans Pierre et Jean par exemple, le personnage principal Pierre souffre de ne pas savoir si son frère est ou non son demi-frère. Mais Roland, le père de Pierre est un personnage omniprésent de la vie de Pierre et pourtant, malgré l’évolution de son fils, ne va rencontrer aucune souffrance. Bien qu’il inspire la pitié ou la compassion du lecteur, il ne va rencontrer aucun obstacle l’amenant à souffrir puisqu’il va passer à coté de la vérité. Pourtant, il s’agit bien d’un personnage qui à été conçu sans souffrances ni désillusions puisqu’il va rester dans l’ignorance. Lorsqu’il s’agit de personnages secondaires comme dans Pierre et Jean ou Le Marchand de Venise de Shakespeare, des personnages ne sont pas sujets aux souffrances. Dans Le Marchand de Venise, l’histoire d’amour qui se construit dès le début entre Bassanio et Porschia a une place importante dans la pièce, mais aucun des deux personnages ne va être amené à souffrir et leur relation amoureuse sera un succès. Là encore, des personnages ont étés conçus sans souffrance ni désillusion, bien que leur rôle dans l’histoire complète ait un sens.

En second lieu, la souffrance d’un personnage n’est pas toujours obligatoire, qu’il s’agisse d’un personnage principal ou secondaire. Un personnage peut-être conçu sans souffrir dans le cas ou l’œuvre incite le public à rire. Par exemple dans Le Bourgeois Gentilhomme qui est une comédie ballet en cinq actes de Molière et de Lully, le public n’est pas amené à regardé et comprendre les souffrances des personnages car il n’y en a pas. La comédie ballet souhaite faire rire et détendre le public. Bien que Monsieur Jourdain soit un personnage simplet, avide de réflexion et de bon sens, il ne sera pas amené à souffrir car les autres personnages vont profiter de sa naïveté. Monsieur Jourdain aura été berné sans savoir de quoi il s’agit. La pièce se termine où tout le monde est heureux même monsieur Jourdain qui à dépensé une fortune. Plusieurs exemples s’appliquent aussi dans d’autres comédies de Molière comme le Malade Imaginaire, dans cette pièce, le personnage hypocondriaque va découvrir sa faiblesse, grâce à sa servante qui va se faire passer pour un docteur qualifié. La servante à pour objectif de faire comprendre à son maitre qu’il n’est en réalité pas souffrant, comme il l’a toujours pensé avant. Une fois de plus, les personnages sont conçus sans connaître de souffrance ou de désillusions, ce qui ne va pas perturber le fonctionnement de l’histoire ou de la pièce, qui conservent un sens pour le lecteur et le public. En d’autres termes, quand il s’agit de faire rire et de détendre le public ou que c’est un personnage secondaire, la souffrance n’est pas nécessaire.


En conclusion, un personnage de théâtre ou de roman peut parfois se concevoir sans souffrances ni désillusions, notamment quand il s’agit du personnage principal et que celui-ci à un objectif ou une passion et qu’il doit par-dessus subvenir à ses besoins, comme l’illustre le théâtre tragique où le personnage souffre car il doit choisir entre sa passion et la rasion. Cependant, il arrive parfois qu’un personnage de théâtre ou de roman se conçoive sans douleurs ni déceptions généralement quand le personnage en question n’est pas principal à l’action, il va contribuer au déroulement de l’histoire sans pour autant rencontrer d’obstacles. Cette situation est aussi valable pour un théâtre ou un roman qui vise à faire rire lecteur ou à détente le public. Un personnage de cinéma ou de science fiction est-il sujet aux mêmes contraintes ? Là encore le personnage doit se concevoir avec souffrances comme dans Sparrow ou Un Prophète qui sont des films où un grand nombre de personnage doivent se battre et souffrir pour obtenir leurs causes. Dans des œuvres comme Fahrenheit 451 de Ray Bradbury qui est une science fiction, le personnage principal vit dans un milieu totalement différent où la souffrance et désillusion n’existent pas puisque seul les mots « heureux » et « bonheur » sont évoqués par les personnages. Même dans d’autres genres, époques, ou mouvements littéraires, le personnage peut-être sujet ou non aux différentes souffrances et désillusions de la vie.



Thomas B., 2nde section internationale, mai 2012.






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