I. Un théâtre rituel et conventionnel
Le théâtre antique est particulièrement difficile à transposer et adapter sur nos scènes modernes pour plusieurs raisons concernant aussi bien les conditions dans lesquelles et pour lesquelles il a été créé, que la dramaturgie des œuvres elles-mêmes.
Le théâtre antique grec est en effet d’abord un théâtre rituel : les représentations font partie intégrante des fêtes religieuses et les chœurs tragiques, comiques ou dithyrambiques sont offerts à Dionysos dont la statue assiste au spectacle au milieu des gradins. Les tragédies proposent également de nombreuses imitations (mimèsis) de rituels : prières, rituels de deuil, de supplication, qui, même s’ils ne sont pas considérés par les spectateurs comme des actes permettant réellement d’entrer en contact avec la divinité, comportent des gestes et des paroles religieux vraisemblables.
Tout ce contexte rituel est aujourd’hui impossible à restituer. Les spectacles antiques respectent ensuite un certain nombre de conventions extrêmement précises : conventions concernant l’espace, le jeu des acteurs, ou la pratique des chœurs.
Avant d’aborder l’histoire de la mise en scène moderne de Sophocle et d’analyser comment les créateurs ont apporté des solutions à ces différents problèmes, il nous a paru intéressant de donner des exemples de ces conventions dans le texte des tragédies elles-mêmes.