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L'art, la création et la contemplation esthétique

 

Dnbac commentaires

 

 

LA CREATION ESTHETIQUE

 

LE BEAU ET L'ART

 

 

Introduction

 

Comment rendre compte d'une création esthétique? En quoi consiste la contemplation et quelle est son essence? Quelle est la valeur spécifique dont la contemplation me donne la révélation? Qu'est-ce que le beau? Autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre dans notre étude sur le beau et l'art, la création esthétique. Nous verrons dans un premier temps par quels processus la création de l'oeuvre s'opère, en second lieu, nous étudierons la question de l'esthétique possible au sens d'une esthétique du technicien qui s'efforce de suivre la fabrication de l'oeuvre. Nous analyserons ensuite la part de subjectivité dans la contemplation esthétique. En quoi consiste l'extase esthétique?

 

 

I – La création artistique

 

 

Comment comprendre la création artistique? Nous savons qu'elle correspond plus ou moins à une transposition des conflits des classes sociales. Mais la sociologie n'explique rien de ce qui en l'art n'est pas artistique. Le secret de la création artistique n'est pas non plus dans les matériaux, dans les sources de l'oeuvre mais tout au contraire dans l'élan mystérieux qui emporte ces matériaux, ces sources et les métamorphose en œuvres d'art. Le miracle de l'art est précisément de ne point refléter seulement mais de transfigurer ces données, de les arracher au monde de la vie pour les introduire dans un autre monde. Aussi tourmenté que soit un art authentique (par exemple les poèmes de Baudelaire), il révèlera un ordre, une unité, une métamorphose du chaos originel des passions et des servitudes en une harmonie originale, en une cohérence. Comme l'a bien vu Malraux, le style imprime la marque de l'homme libre sur la vie qui d'abord l'écrase et chaque œuvre d'art témoigne d'une servitude domptée : «l'art est un anti-destin», Malraux.

 

Par quels processus la création de l'oeuvre s'opère t'elle?

 

Les artistes se plaisent à invoquer l'inspiration, la spontanéité inconsciente. Mais cette explication ne suffit pas à rendre compte de la complexité de ce processus. En réalité disait Nietzsche, «l'imagination du bon artiste produit constamment du bon, du médiocre et du mauvais. Mais son jugement extrêmement aiguisé choisit, rejette, combine». Paul Valéry, dans son Introduction à la méthode de Léonard de Vinci a parlé de façon plus sincère en reconnaissant que «si les Dieux gracieusement nous donnent tel premier vers, c'est à nous de façonner le second». Le philosophe Alain réplique en écho que «la loi suprême de l'invention humaine c'est qu'on n'invente rien qu'en travaillant».

 

Faut-il conclure que la seule esthétique possible soit une esthétique du technicien qui essaie de suivre à la trace la fabrication de l'oeuvre?

 

Une telle analyse en ne révélant que des procédés confondrait l'artiste avec l'artisan et risquerait de passer à côté du vrai problème. Reconnaissons qu'il est impossible d'expliquer totalement la création d'une œuvre d'art. L'explication psychanalytique, sociologique des sources, l'exégèse, la technique des procédés n'éclairent que les alentours de la création. Mais nul ne peut dire par quelle alchimie l'inquiétude d'une sensibilité, le désordre des passions parviennent à se traduire dans l'équilibre des formes. C'est cette harmonie entre un désordre et un ordre, entre une sensibilité et un style qui constitue le mystère de l'oeuvre d'art. Et l'on pourrait dire de tous les bons artistes ce que les critiques littéraires affirmaient de Racine, si grand artiste «parce qu'il fut un homme avec mille faiblesses et un ouvrier avec mille vertus».

 

 

II – La contemplation esthétique

 

 

Il s'agit du problème de la réception de l'oeuvre qui se trouve posé symétriquement au problème de la création.

 

De ce fait ne sommes nous pas introduits dans un univers purement subjectif?

 

Chaque spectateur, chaque auditeur prend son plaisir esthétique où il le trouve et la variété des goûts s'étale en un éventail multiforme. Il est impossible d'étudier la jouissance de l'amateur d'art. Il n'y en a pas une mais des myriades. Tandis que les créateurs ont une psychologie commune à tous, les contemplateurs éprouvent l'art chacun à leur manière, sans aucun canon. Certes, chez tous les contemplateurs l'émotion esthétique se traduit par une joie intérieure. D'un autre côté, accepter délibérément le subjectivisme de l'émotion esthétique serait ruiner définitivement toute possibilité de théorie philosophique du sentiment esthétique et nous interdire toute approche de la valeur authentique de beauté. La valeur esthétique d'une œuvre n'a guère de rapports avec son succès auprès du grand public. N'oublions pas que Stendhal est resté longtemps inconnu. Le plaisir esthétique est un plaisir spécifique. Le ramener à quelque chose d'autre c'est trahir son essence. Dire avec Stendhal, que «la beauté est une promesse de bonheur», c'est ne rien dire du tout, car la contemplation esthétique est une joie, mais pas n'importe quelle joie. Et si l'on sus-entend qu'il s'agit d'un plaisir sensuel, on confond la contemplation esthétique avec autre chose qu'elle même. La théorie opposée à ce sensualisme, l'intellectualisme qui ramène la contemplation esthétique à la perception d'un ordre rationnel, d'une logique cachée, ne respecte pas davantage la spécificité de l'émotion esthétique.

 

 

Quelle est donc l'essence de la contemplation esthétique?

 

 

Lorsque je contemple par exemple un tableau de Van Gogh, comment caractériser l'émotion que j'éprouve? Si j'admire les oliviers de Van Gogh, mon impression n'a rien de commun avec celle que je ressentirais devant un véritable champ d'oliviers. Les vrais oliviers m'inviteraient à la cueillette ou peut-être à la sieste. Le champ d'oliviers serait devant moi, simple moyen pour mes désirs. C'est moi tout au contraire qui suis devant les oliviers de Van gogh. Des oliviers sur une carte postale ou sur un tableau médiocre me feraient rêver de repos, de vacances. Ils ne seraient pour moi qu'absence tandis que ceux de Van Gogh sont une présence envoûtante, ils se suffisent à eux-mêmes. Littéralement, ils me ravissent, c'est-à-dire, m'arrachent à mon propre univers. Ils m'introduisent d'emblée dans un monde qui n'est ni le monde des vacances, ni la Provence mais qui est le monde Van Gogh. Et ce monde tourmenté des oliviers, suscite en moi, par delà le tourment du peintre, une joie persistante et mystérieuse.

 

La contemplation esthétique est donc l'invasion d'une réalité obsédante et exclusive, c'est la présence en moi d'une valeur de beauté qui éclipse tout le reste. J'entends un concerto de Jean Sébastien Bach : la polyphonie des altos solistes ne m'empêche pas de voir des tapisseries déchirées, les tentures vétustes de la salle du conservatoire. Mais tout d'un coup, en un instant, plus rien n'existe. Plus de salle, plus de public. Plus rien que la seule présence un son qui est la présence même de Bach. Je ne suis pas seul. La salle n'existe plus pour moi car tout ce qui est matériel a fui; la perception visuelle des exécutants a disparu. Seul compte le sentiment qui me transporte au-dessus de moi-même :

 

L'extase esthétique.

Date de dernière mise à jour : 11/08/2017