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Voltaire, Zadig, chapitre 7, commentaire littéraire

 

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ZADIG, Chapitre VII, « Les Disputes et les Audiences »,du début jusqu’à « Zadig ordonna qu’on se tournât comme on voudrait ».

Zadig, 1er ministre, impose le respect grâce à « la subtilité de son génie et la bonté de son âme ». Dans cet extrait, il doit arbitrer une querelle vieille de 1500 ans. C’est l’occasion pour Voltaire de faire la satire des superstitions religieuses. Cependant, si l’on retrouve encore ici l’éloge de la raison, il apparaît de nouveau que les voies de la sagesse sont difficiles à montrer aux hommes.

 


Les superstitions religieuses


Superstition : croyance fondée sur l’ignorance et la peur. Selon Voltaire, elles permettent aux prêtres d’asservir le peuple.
Zadig est confronté à deux superstitions qui sont liées ici à des rites religieux : la première divise « l’empire » en deux puisqu’il y a désaccord sur la façon de pénétrer dans le temple de Mithra ( principe de la lumière dans la religion mazdéenne de Babylone ; à noter au passage l’ironie qui apparaît dans ce rapprochement entre le rite absurde et la notion de lumière) ; la deuxième divise les mages sur la façon de prier Dieu. Zadig met un terme à ces deux querelles avec son bon sens et sa raison habituels : il saute à pieds joints dans le temple, instaurant ainsi une troisième voie qui met tout le monde d’accord, et surtout il indique dans son discours que Dieu n’a aucune préférence (tous sont égaux devant lui) et se moque autant « de la jambe gauche que de la jambe droite » ; puis , dans l’autre querelle, il ordonne qu’on se tourne comme on voudra.
Voltaire insiste donc de nouveau sur le rapport direct des hommes avec Dieu. Il rejette toute forme d’intermédiaire (prêtres avec leurs dogmes et leurs rites). L’Eglise est synonyme de pouvoir imposé aux hommes grâce à des peurs liées à des superstitions. Les préoccupations spirituelles sont en fait oubliées au profit de rites purement matériels et sans véritable intérêt. Dans cet extrait, Zadig balaye en fait ces rites stupides, qui sont la cause de l’intolérance et de plus la source de conflits, pour ne retenir que la relation directe et sans contraintes avec Dieu. Voltaire veut aussi montrer que l’idée de Dieu est commune à tous les hommes, que les différences apparaissent seulement dans le respect des rites et des symboles, et que c’est justement là qu’est la source de tous les conflits et malentendus (cf l’épisode du souper avec les invités qui invoquent tous des pratiques différentes mais qui croient finalement en un seul et même Dieu).


Encore une fois, c’est avec l’ironie que Voltaire ridiculise les superstitions religieuses. Ici, il les présente de façon très sérieuse pour souligner leur caractère grotesque. Il garde un ton neutre, les faits s’enchaînent sans commentaire ni jugement. C’est le vocabulaire dramatique employé, disproportionné (hyperboles) avec les problèmes posés, qui crée l’ironie : « une grande querelle », « qui durait depuis quinze cents années et qui partageait l’empire en deux sectes opiniâtres », « coutume en abomination », « la fête solennelle du feu sacré »,« L’univers avait les yeux sur ses deux pieds, et toute la ville était en agitation et en suspens », puis « le grand procès » pour le conflit entre les mages. L’ironie apparaît également dans la disproportion entre la longueur des phrases qui exposent les conflits, et la brièveté de celles qui les résout. Enfin la satire est également perceptible dans la présence de Yébor (Boyer), ainsi que dans celle des mages noirs et blancs qui représentent les pasteurs protestants (vêtus de noir) et les prêtres catholiques (qui portent un surplis blanc), le tout dans un Orient de pure fantaisie.
 


Le triomphe de la raison ?


Zadig a encore démontré son bon sens et sa sagesse. De plus, en fin diplomate, il ne fâche personne, traite chacun de la même manière et avec respect. Il fait également preuve de tolérance et de souplesse tout en restant ferme et en allant à l’essentiel (épisode des mages) : c’est donc aussi un fin politique. Après avoir sauté à pieds joints dans le temple de Mithra, il prouve par son discours que Dieu se moque des rites et des superstitions. Il sort donc vainqueur de ces deux épreuves grâce à l’usage de la raison et à sa tolérance.
Mais s’il est celui qui apporte la lumière, qui apporte la vérité « que tous les hommes cherchent à obscurcir », s’il est écouté et admiré, sa victoire n’est que partielle puisqu’il est difficile, voire parfois impossible, de transmettre cet art de raisonner aux autres. C’est le sens de la dernière phrase du second paragraphe : il remporte l’adhésion de tous « non pas parce qu’il était dans le bon chemin, non pas parce qu’il était raisonnable, non pas parce qu’il était aimable, mais parce qu’il était premier vizir » ; ce qui revient à dire qu’avant tout, tous croient Zadig parce qu’il a le pouvoir. On retrouve ici la critique du principe d’autorité ( càd « c’est vrai parce que c’est le pouvoir qui le dit »), mais renforcée par le constat amer que c’est bien souvent sur ce dernier que se forge l’opinion publique, avec le pouvoir énorme qu’elle détient. Tout repose alors sur la sagesse du monarque ! on peut comprendre que le peuple agirait de même avec un autre chef moins raisonnable que Zadig. En fait, une telle unanimité est anormale, cela souligne surtout la servilité du peuple.
C’est cette même unanimité suspecte car non démocratique que l’on retrouve dans le premier paragraphe : tout l’empire parle de Zadig, mais les femmes le « lorgnaient »( càd le trouvaient à leur goût) , les savants le considéraient comme « leur oracle (on confond encore science et croyance), les prêtres reconnaissent qu’il en sait plus que le vieux (=sage) Yébor ( ce qui ne prouve rien, puisque ce dernier est un sot comme on l’a vu dans l’épisode des griffons). Il n’y a guère que l’avis des citoyens qui célèbrent sa justice qui peut être pris comme vraiment positif, car même la dernière phrase est ambiguë ( «  on ne croyait que ce qui lui semblait croyable ») puisqu’on constate que nul n’est en mesure de se faire une opinion valable par lui-même.


C’est donc un constat assez pessimiste de Voltaire, qui semble penser qu’il est impossible de réformer en profondeur la nature humaine, toujours capable d’obéir à un tyran. Ce pessimisme est cependant tempéré par cette affirmation concernant Zadig : « on l’admirait, et cependant on l’aimait », façon de dire que l’admiration est souvent mêlée de jalousie, mais que justement les qualités de Zadig sont telles qu’on l’aime malgré tout.
Les critiques de l’envieux procèdent cependant du même constat qu’il est difficile d’imposer l’usage de la raison : les gens sont trop sensibles aux beaux discours et attachent de l’importance à des détails propres à l’éloquence, en l’occurrence aux figures de style qui agrémentent le discours mais ne sont pas nécessaires à l’argumentation : faire « danser les montagnes et les collines », voir « la mer s’enfuir » « les étoiles tomber » « le soleil se fondre comme la cire ». Toutes ces images que l’envieux aurait voulu entendre ressemblent fort à des clichés ! En fait l’essentiel n’est pas dans la forme mais dans le fond (la pensée) : Zadig n’a pas « le bon style oriental » mais celui de « la raison ». Voltaire critique ici le goût du public (de la cour principalement) pour les mots d’esprit et le beau langage raffiné ( et aussi pour les contes orientaux avec leur univers féerique de pacotille !) qui n’habille bien souvent que le vide de leur pensée.


Enfin, les critiques de l’Envieux montrent aussi que le triomphe de Zadig est fragile et que certains sont toujours prêts à lui nuire pour leur intérêt personnel, alors que Zadig ne cherche que le bien de tous.


Derrière la satire voltairienne perce un certain pessimisme : la raison ne s’impose pas d’elle-même, il est difficile de faire disparaître les superstitions, le respect aveugle du pouvoir, le goût pour les effets de style cachant en fait le vide intellectuel. Zadig est en position inconfortable car le goût de nuire est toujours présent chez certains, et l’obscurantisme ( le fait de refuser le savoir, de préférer l’ignorance, principalement à l’égard du peuple) chez beaucoup, notamment chez les prêtres.
 

Date de dernière mise à jour : 01/09/2017

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