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Rabelais, Gargantua, commentaire du ch. 21

Dnbac commentaires

 

 

  • Gargantua, Rabelais, ch XXI

  • Lecture du texte
  • Gargantua se réveillait donc vers autre heures du matin. Pendant qu’on l’astiquait, on lui lisait une page de la divine Ecriture, à haute et intelligible voix et avec une diction claire ; mission confiée à un jeune page natif de Basché, nommé Anagnostes. En fonction du thème et du sujet de ce passage, il se consacrait à vénérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu, dont la lecture montrait la majesté et le jugement merveilleux.
  • Puis il se retirait aux lieux d’aisances pour se purger de ses excréments naturels. Là son précepteur répétait ce qui avait été lu en lui en expliquant les points les plus obscurs et difficiles.
  • En revenant, ils considéraient l’état du ciel : s’il se présentait comme ils l’avaient noté le soir précédent, dans quelle partie du zodiaque entraient le soleil et la lune pour la journée.
  • Cela fait, il était habillé, peigné, coiffé, adorné et parfumé ; pendant ce temps, on lui répétait les leçons de la veille. Lui-même les récitait par cœur et en tirait quelques conclusions pratiques sur la condition humaine ; ils y passaient parfois jusqu’à deux ou trois heures, mais d’habitude ils s’arrêtaient lorsqu’il avait fini de s’habiller.
  • Puis pendant trois bonnes heures on lui faisait la lecture.
  • Cela fait, ils sortaient, en conversant toujours du sujet de la leçon, et allaient se récréer au Jeu de Paume du Grand Braque ou dans une prairie ; ils jouaient à la balle ou à la paume, s’exerçant le corps aussi lestement qu’ils l’avaient fait auparavant de leur esprit.
  • Ils jouaient librement, abandonnant la partie quand ils voulaient et s’arrêtant ordinairement quand ils étaient bien en sueur ou fatigués. Alors, bien essuyés et frottés, ils changeaient de chemise et, se promenant tranquillement, ils allaient voir si le déjeuner était prêt. En attendant, ils récitaient clairement, en y mettant le ton, quelques sentences retenues de la leçon.
  • Cependant, Monsieur l’Appétit venait, et ils s’asseyaient à table au moment opportun.
  • Au début du repas, on lisait quelque histoire plaisante tirée des anciennes légendes, jusqu’à ce qu’il eut bu son vin.
  • Alors, selon l’envie, on continuait la leçon ou bien ils commençaient à converser joyeusement ensemble : les premiers temps, ils parlaient des vertus, des propriétés efficaces et de la nature de tout ce qu’on leur servait à table : le pain, le vin, l’eau, le sel, les viandes, les poissons, les fruits, les herbes, les légumes, et la façon dont ils étaient apprêtés. De cette façon, il apprit en peu de temps tous les passages se rapportant à ces suets chez Pline, Athénée, Dioscoride, Galien, Porphyre, Opien, Polybe, Héliodore, Aristote, Elien et d’autres. En parlant, ils faisaient souvent, pour plus de sureté, apporter à table les livres en question. Et il retint si bien en mémoire ce qu’on y disait qu’il n’y avait pas alors de médecin qui en sut moitié autant que lui.Par la suite, ils parlaient des leçons lues le matin ; après avoir achevé le repas d’une confiture de coings, il se curait les dents avec un tronc de giroflier et se lavait les mains et le visage de belle eau fraiche, puis ils rendaient grâce à Dieu par quelque beau cantique à la gloire de la grandeur et de la bonté divines. Cela fit, on apportait des cartes, non pour jouer mais pour y apprendre mille petits tours et inventions nouvelles relevant de l’arithmétique.
  • Ainsi il se prit de passion pour la science des nombres, et tous les jours, après diner et souper, ils y passaient leur temps aussi agréablement qu’il le faisait avant avec les dés ou les cartes. A force, il devint si savant en cette discipline, aussi bien théorique que pratique, que l’Anglais Tunstall, qui en avait abondamment disserté, confessa qu’en vérité, par rapport à lui, il n’y entendait que les rudiments.
 
 
  • Analyse

  • extrait du chapitre 21 de Gargantua

  • l'éducation idéale des humanistes
    INTRODUCTION
  • Le texte que nous allons étudier est un extrait du chap. 21 de Gargantua, écrit en 1534 par François Rabelais, grand écrivain humaniste de la Renaissance.....
  • Développement
    I/ UNE EDUCATION ADAPTEE À L'ELÈVE ET CENTREE SUR SES BESOINS
  •  Transition
  •  II/ UNE PHILOSOPHIE DE L'APPRENTISSAGE Transition
  • III/ UNE PHILOSOPHIE APPLIQUEE DU CORPS ET DE L'ESPRIT
  • Conclusion avec ouverture


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Extrait du chapitre 21 de Gargantua

L’éducation idéale des humanistes

 

 

INTRODUCTION

Le texte que nous allons étudier est un extrait du chap. 21 de Gargantua, écrit en 1534 par François Rabelais, grand écrivain humaniste de la Renaissance.

L'histoire débute par la naissance extraordinaire de Gargantua, le fils géant de Grandgousier, roi des Dipodes. L'éducation du prince commence ensuite selon le programme traditionnel du Moyen-âge, mais son entourage se rend rapidement compte que les méthodes des "sophistes" ne conviennent pas. Le roi trouve un autre professeur très renommé Pornocrates.

Le chap. 21 raconte une journée avec cet éducateur en matière d’études diverses.

 

Dans un premier temps, nous verrons que cette éducation est adaptée à l'élève, et centrée sur les besoins de celui-ci, ensuite nous observerons le côté vivant et direct de l'apprentissage, pour aborder enfin le double aspect de cette éducation, fondée sur un développement conjugué du corps et de l'esprit.

 

 

 

I/ UNE EDUCATION ADAPTEE

 

1- L'éducation est individualisée :.

a- A chaque cas, une façon d’enseigner mais, le précepteur ne préconise pas un enseignement trop rapide et sans transition avec le précédent, aussi ne va-t-il pas bousculer l’élève pour lui laisser une période d’adaptation, car la nature est fragile, elle ne supporte pas « des changements trop brusques.

b- Lors des cours proprement dits, Pornocrates va prendre en compte le rythme et l'humeur de Gargantua. Il va respecter les pauses dont l'élève a besoin, par exemple pour se reposer ou pour manger: "lls jouaient librement, abandonnant la partie quand ils voulaient et s'arrêtant ordinairement quand ils étaient bien en sueur ou fatigués".

2 – Les élèves sont choyés, on voit par exemple que la voix passive domine : »cela fait, il était habillé, peigné, coiffé, adorné et parfumé ». Il semble que seul Gargantua soit actif dans cette scène : « lui-même les récitait par cœur ». L’élève est au centre de la méthode initiatique. L’aspect humain de l’éducation est valorisé.

 

Transition: cette importance attribuée à l'élève est un des principaux traits de l'idéal humaniste en ce qui concerne l'éducation. En effet, Rabelais met en évidence les avantages liés à l'enseignement personnalisé: approfondissement facilité, apprentissage que l'on pourrait qualifier de vivant et direct.

 

 

 

ll/ UN APPRENTISSAGE VIVANT

 

  1. un apprentissage par l'observation de la nature et du quotidien, par exemple pendant le repas: "les premiers temps, ils parlaient des vertus, des propriétés efficaces et de la nature de tout ce qu'on leur servait à table".

Rabelais propose en fait une éducation fondée sur la nature: il faut prendre comme premier principe de suivre les rythmes de celle-ci, qui travaille progressivement et non par à-coups.

Pornocrates, désirant changer les habitudes de son élève, va d'ailleurs se garder de tout modifier de but en blanc, comme on le voit au début du chapitre: "les premiers jours il le toléra, estimant que la nature ne supporte pas sans danger des changements trop brusques."

2 – Le jeu a son importance à travers les cartes qui servent à « apprendre mille petits tours et inventions nouvelles relevant de l’arithmétique ». Cette façon d’enseigner devient une manière détournée de solliciter l’intelligence, l’amusement comme la récréation par exemple est en fait un parcours initiatique.

3 – La formation des esprits requiert cependant un enseignement religieux. Gargantua doit s’imprégner des textes sacrés de façon à éveiller sa foi et sa réflexion sur Dieu et la création. Il est suivi de près par Pornocrates qui s’assure du sérieux et de la profondeur de la lecture pieuse. Tous les textes doivent faire l’objet d’une réelle compréhension, voire intellection.

4 – Enfin, cet enseignement se complète par la lecture à vois haute, récitation et échanges divers : « haute et intelligible voix », « diction claire », et «  lui-même les récitait par cœur ».

On peut de ce fait affirmer que le souci humaniste est ici focalisé sur le développement du corps et de l’esprit. La vie est un objet d’étude. On aspire à un savoir encyclopédique et Pornocrates est le garant de cet enseignement particulièrement initiatique de façon pluridisciplinaire.

Il va de soi que dans cette optique, le corps ne peut être négligé, donc le sport a une pace importante dans cet apprentissage. Il faut maitriser les différents exercices physiques : « ils jouaient à la balle ou à la paume, s’exerçant le corps aussi lestement qu’il l’avait fait auparavant de leur esprit ». L’hygiène n’est pas non plus sacrifiée. Il va de soi qu’au corps s’ajoute l’esprit qui est éveillé toute la journée. Il n’y a pas un seul moment d’oisiveté, et le réveil est mis à 4 heures du matin.

 

 

 

 

Conclusion

 

L’enseignement est complet car le but est d’accéder à un savoir encyclopédique : le quadrivium du Moyen-âge (arithmétique, géométrie, musique, astronomie). A cela s’ajoutent les nouvelles matières comme les sciences naturelles, la religion et la philosophie. Le savoir devient une valeur de référence, cette prétention à s’élever à un savoir universel est humaniste. C’est une opinion selon laquelle l’homme pourrait tout savoir.

Cette conception de l’éducation s’oppose à celle qu’avait Gargantua avant, avec les sophistes. Elle valorise le corps qui était pourtant considéré comme honteux à l’époque. On retrouve les principes humanistes selon lesquels on ne peut avoir un esprit bien formé sans un corps sain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 26/08/2017