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Ponge, le parti pris des choses, Notes pour un coquillage

 

Notes pour un coquillage , FRANCIS PONGE : Commentaire

Le parti pris des choses

Dnbac commentaires

 

Lecture du texte :
  • Un coquillage est une petite chose, mais je peux la démesurer en la replaçant où je la trouve, posée sur l'étendue du sable. Car alors je prendrai une poignée de sable et j'observerai le peu qui me reste dans la main après que par les interstices de mes doigts presque toute la poignée aura filé, j'observerai quelques grains, puis chaque grain, et aucun de ces grains de sable à ce moment ne m'apparaîtra plus une petite chose, et bientôt le coquillage formel, cette coquille d'huître ou cette tiare bâtarde, ou ce "couteau", m'impressionnera comme un énorme monument, en même temps colossal et précieux , quelque chose comme le temple d'Angkor, Saint-Maclou ou les Pyramides , avec une signification beaucoup plus étrange que ces trop incontestables produits d'hommes.
  • Si alors il me vient à l'esprit que ce coquillage, qu'une lame de la mer peut sans doute recouvrir, est habité par une bête, si j'ajoute une bête à ce coquillage en l'imaginant replacé sous quelques centimètres d'eau, je vous laisse à penser de combien s'accroîtra, s'intensifiera de nouveau mon impression, et deviendra différente de celle que peut produire le plus remarquable des monuments que j'évocais tout à l'heure !
  • Les monuments de l'homme ressemblent aux morceaux de son squelette ou de n'importe quel squelette, à de grands os décharnés : ils n'évoquent aucune habitation à leur taille. Les cathédrales les plus énormes ne laissent sortir qu'une foule informe de fourmis, et même la villa, le château le plus somptueux faits pour un seul homme sont encore plutôt comparables à une ruche ou à une fourmilière à compartiments nombreux, qu'à un coquillage. Quand le seigneur sort de sa demeure il fait certes moins d'impression que lorsque le bernard-l'hermite laisse apercevoir sa monstrueuse pince à l'embouchure du superbe cornet qui l'héberge.
  • Je puis me plaire à considérer Rome, ou Nîmes, comme le squelette épars, ici le tibia, là le crâne d'une ancienne ville vivante, d'un ancien vivant, mais alors il me faut imaginer un énorme colosse en chair et en os, qui ne correspond à rien de ce qu'on peut raisonnablement inférer de ce qu'on nous a appris, même à la faveur d'expressions au singulier, comme le Peuple Romain ou la Foule Provençale.
  • Que j'aimerais qu'un jour l'on me fasse entrevoir qu'un tel colosse a réellement existé, qu'on nourrisse en quelque sorte la vision très fantomatique et uniquement abstraite sans aucune conviction que je m'en forme ! Qu'on me fasse toucher ses joues, la forme de son bras et comment il le posait le long de son corps.
  • Nous avons tout cela avec le coquillage : nous sommes avec lui en pleine chair, nous ne quittons pas la nature : le mollusque ou le crustacé sont là présents. D'où une sorte d'inquiétude qui décuple notre plaisir.

 

  • Problématique :
  • Comment PONGE montre t-il la démesure de l'homme qui l'oppose a la mesure de la chose?
  • Plan du commentaire :
  • I) LE COQUILLAGE
  • a) La démesure
  • b) La mesure
  • Transition
  • II) LA DEMESURE HUMAINE
  • a) Architecture démesurée par rapport à l'homme
  • b) Orgueil manifesté par cette démesure
  • Conclusion
  • Ouverture

 

Commentaire

Introduction

Poète du 20ème siècle, Francis Ponge est marqué par les courants réalistes, surréalistes et absurdes. Son oeuvre est profondément marquée par toutes formes d'opposition à l'anthropomorphisme et à une dizaine d'années d'écriture qui débouche en 1942 sur la publication, Le parti prix des choses. Dans ce recueil le poème "notes pour le coquillage" présente un certain nombre de réflexions sur la mesure et la démesure. Comment  PONGE montre t-il la démesure de l'homme qui l'oppose a la mesure de la chose?

Si le coquillage parait démesuré face au grain de sable, l'auteur souligne que la bête qui l’ occupe est à la mesure même de la chose. Cela lui permet de souligner ce qu'il considère comme un défaut chez l'homme, la démesure illustrée ici par l'architecture afin de conserver l'image de la bête habitant son coquillage. Cependant l'homme est capable de mesurer lorsqu'il produit toute forme de son intériorité comme la musique mais surtout la parole. Celle-ci habite l'homme dans sa totalité et à la façon du mollusque dans son coquillage. Elle épouse la forme de l'écrivain. Dans un premier temps, nous étudierons le coquillage, puis, en second lieu, la démesure humaine.

I) LE COQUILLAGE

a)La démesure

Le coquillage est très grand par rapport au grain de sable « démesurer en la remplaçant où je la trouve, posée sur l’étendue du sable »  mais tout petit par rapport à la plage « un coquillage est une petite chose  », démesurée.

b)La mesure

Le coquillage est un mollusque où vit une bête, un être vivant qui s’accroît fortement et très rapidement grâce à l’eau. Ce qui est très différent des monuments.  


II) LA DEMESURE HUMAINE

a) Architecture démesurée par rapport à l'homme

L’architecture est démesurée ici par rapport à l’homme. Ponge nous enseigne que les plus grands monuments ne sont pas forcément les plus remplis par exemple le château pour une seule personne ou a contrario les cathédrales  remplies de « fourmis »

b) Orgueil manifesté par cette démesure

Ponge nous montre l’orgueil humain de cette démesure,  il site même des villes très connues comme « Rome » « Nîmes » et exagère en énumérant de nombreux ordres grâce à l’impératif, il faut  continuer de créer de nombreux monuments ainsi. Mais il se rend compte que l’exagération n’est pas une bonne choses pour la société il faut se contenter de peu dans la vie pour en faire profiter plus d’un.

CONCLUSION

Usant donc de l'image du coquillage et de la bête habitant, Ponge met en avant l'orgueil démesuré qui se manifeste dans les constructions humaines. Cependant et afin de conserver sa première image il souligne la capacité dont dispose l'homme pour sa production artistique et intellectuelle a garder la mesure à l'échelle de l'artiste. Pourtant ces constructions extérieures et particulièrement architecturales que parait condamner Ponge ne sont-elle pas la marque d'un être vivant en société et la comparaison de l'homme semblerait plus loyale avec une abeille au milieu de sa ruche qu'avec un coquillage isolé sur la plage. En fait  Ponge semble vouloir mettre en garde l'Homme contre la démesure non pas tant de son architecture que son imagination orgueilleuse.

Date de dernière mise à jour : 21/08/2017