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Le pouvoir des fables, VIII, 4, La Fontaine

 

Dnbac commentaires

 

JEAN DE LA FONTAINE : FABLES : LIVRE VIII : FABLE 4 : LE POUVOIR DES FABLES


Fable étudiée :

A M. De Barillon

La qualité d'Ambassadeur
Peut-elle s'abaisser à des contes vulgaires ?
Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères ?
S'ils osent quelquefois prendre un air de grandeur,
Seront-ils point traités par vous de téméraires ?
Vous avez bien d'autres affaires
A démêler que les débats
Du Lapin et de la Belette.
Lisez-les, ne les lisez pas ;
Mais empêchez qu'on ne nous mette
Toute l'Europe sur les bras.
Que de mille endroits de la terre
Il nous vienne des ennemis,
J'y consens ; mais que l'Angleterre
Veuille que nos deux Rois se lassent d'être amis,
J'ai peine à digérer la chose.
N'est-il point encor temps que Louis se repose ?
Quel autre Hercule enfin ne se trouverait las
De combattre cette Hydre ? et faut-il qu'elle oppose
Une nouvelle tête aux efforts de son bras ?
Si votre esprit plein de souplesse,
Par éloquence, et par adresse,
Peut adoucir les coeurs, et détourner ce coup,
Je vous sacrifierai cent moutons ; c'est beaucoup
Pour un habitant du Parnasse.
Cependant faites-moi la grâce
De prendre en don ce peu d'encens.
Prenez en gré mes voeux ardents,
Et le récit en vers qu'ici je vous dédie.
Son sujet vous convient ; je n'en dirai pas plus :
Sur les Eloges que l'Envie
Doit avouer qui vous sont dus,
Vous ne voulez pas qu'on appuie.

 



Analyse littéraire :

 

Introduction


Nous allons étudier une fable de La Fontaine intitulée « Le Pouvoir des Fables », tirée du livre VIII, 4. Elle est dédiée à M. De Barillon, l'ambassadeur de Louis XIV. Nous sommes dans un contexte historique alarmiste d'une guerre possible, c'est pourquoi La Fontaine souhaite convaincre son interlocuteur, le roi d'Angleterre, de l'inutilité d'une guerre avec la France. Cette fable est singulière car elle se compose dans un premier temps d'une dédicace à M. de Barillon sous la forme d'un éloge, puis, en second lieu d'une fable. Il y a en fait deux fables dans la fable. La qualité de la fable tient à sa force de persuasion car il s'agit de remplir les deux fonctions qui lui incombent, plaire et instruire.

Annonce du plan :

Dans un premier temps, nous étudierons l'éloge de la première fable puis, nous verrons comment La Fontaine propose un récit animé pour présenter une autre fable en faisant une habile dédicace.

 

Problématique

En quoi cet éloge de l'ambassadeur est-il redoublé d'une habile dédicace ?

Plan détaillé

I) Un éloge basé sur une technique de persuasion

Une stratégie argumentative

Une grande dose de flatterie

Un discours argumentatif

Transition

II) Un récit animé pour présenter une autre fable en faisant une habile dédicace

Une deuxième fable


 

Développement

I – Un éloge basé sur une technique de persuasion

 

= une stratégie argumentative

La fable s'ouvre sur une question =

La qualité d'Ambassadeur
Peut-elle s'abaisser à des contes vulgaires?

Ces deux vers sont essentiels car ils contiennent une opposition voulue qui montre la grandeur du procédé et de la technique rhétorique de La Fontaine. En effet, L'Ambassadeur est valorisé au profit des vers du fabuliste. L'Ambassadeur, personnage important est grandi, mis sur un piédestal tandis qu'il rabaisse le fabuliste et sa fable. Au statut glorifié par sa grandeur de personnage public important, l'Ambassadeur déjà grandi par son appartenance sociale l'est encore par le titre auquel on confère une noblesse « qualité d'Ambassadeur ». Le statut se confond avec sa fonction et s'oppose aux «vers vulgaires » d'un simple écrivain fabuliste. Ce jeu d'oppositions est encore accentué par la question = « Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères ? », comme si c'était une requête, un honneur de pouvoir le faire. Un procédé qui est encore repris un peu plus loin dans la fable aux vers 26 et 27 dans le but de faire valoir la supériorité incontestée du grand personnage. Le fabuliste soumet ses vers comme une petite offrande à un grand homme = « cependant, faîtes moi la grâce »

Une grande dose de flatterie
La bonne stratégie argumentative use de la flatterie pour se parfaire. On peut à cet égard citer les vers suivants = « Si votre esprit plein de souplesse, par éloquence, et par adresse », « Sur les Eloges que l'Envie doit avouer qui vous sont dus, vous ne voulez pas qu'on appuie ». Les qualités diplomatiques et valeurs de l'Ambassadeur sont mises en avant dans le but de le flatter.

Un discours argumentatif

Nous avons un discours argumentatif qui reprend une situation d'énonciation particulière.

La familiarité des vers 10, 11, 16 et 17 = « Mais empêchez qu'on ne nous mette toute l'Europe sur les bras » ou encore, « j'ai peine à digérer la chose, n'est il pas encor temps que Louis se repose ? »

La déférence des vers 3 et 6 = « puis-je vous offrir mes vers ? », « vous avez bien d'autres affaires ». Le vouvoiement renforce la déférence, le respect excessif et les manières à l'égard de l'Ambassadeur. L'humour et l'ironie sont présents.

L'humour dans ce vers = « Peut adoucir les cœurs, et détourner ce coup, je vous sacrifierai cent moutons ; c'est beaucoup pour un habitant du Parnasse »

L'ironie dans les deux derniers vers = «Doit avouer qui vous sont dus, vous ne voulez pas qu'on appuie ».

L'éloge de l'ambassadeur dans cette première fable est en fait une dédicace très habile, nous allons à présent voir en quoi.

Transition :

Cette fable n'est pas seulement un éloge, l'argumentation développée par La Fontaine est habile et nous conduit à présent à voir en quoi par la dédicace non moins habile qui y est faite.

 

II – Un récit animé pour présenter une autre fable en faisant une habile dédicace

 

Une deuxième fable

Le récit s'anime par l'alternance des octosyllabes et des alexandrins. Les verbes se multiplient, la fable gagne en vivacité, le récit toujours plus vivant interpelle le lecteur plongé dans un nouveau rythme de vers et d'évocations. La multiplicité des procédés employés pour animer encore l'histoire se ressent au niveau des registres allant du comique au tragique. En effet, le registre tragique transparaît aux vers 18 et 19, tandis qu'il se montre plutôt comique aux vers 7 et 8. A ces deux registres s'ajoute l'épique des vers 11 et 12 avec les hyperboles. Nous avons en outre une référence à la mythologie, vers 19, l'hydre qui est un monstre de l'Iliade.

Une nouvelle fable s'inscrit donc dans la première dans le but de faire un éloge implicite de la paix

Un éloge implicite

Des motivations politiques et un idéal de paix
Le but poursuivi est d'éviter une guerre avec la France
« Mais empêchez qu'on ne nous mette
Toute l'Europe sur les bras. »

La Fontaine fait un éloge de la paix, il est implicite mais ses motivations sont transcrites dans la force de ses vers. L'engagement est politique, il y va de la sécurité du pays mais il est aussi personnel ainsi que le montre le vers 27 = « Prenez en gré mes voeux ardents ».

L'écriture au service d'un idéal

Eloge de la fable

L'écriture poétique est mise au service de la cause politique, le poète fabuliste s'investit pour la cause humaine et le bien-être de son pays tout entier. Le fabuliste remplit une mission, elle est salvatrice et l'écriture se dévoile à la hauteur d'une cause très noble et d'un idéal de paix à défendre.
La fable remplit ses fonctions, plaire et instruire car le pouvoir de la fable est reconnu, il peut convaincre son auditoire et défendre une noble cause ainsi que l'évoque déjà le titre, Le pouvoir des fables ». Cette fable dédiée fait appel au bon sens, à la sensibilité et à la raison de son interlocuteur. La cause à défendre est un idéal de paix, la situation est donc grave et les vers, même les plus légers sont au service d'une argumentation qui sait convaincre et persuader.

 

Conclusion

La Fontaine par cette fable se fait le grand défenseur des causes les plus nobles, il sait et peut par l'écriture versifiée d'un apologue convaincre et persuader assurant ainsi à la fable la noblesse de ses deux fonctions = plaire, divertir mais instruire.

 

 

 

 

Jean de La Fontaine

Le Pouvoir des Fables (Livre VIII, 4) : Seconde partie

Lecture de la fable

Dans Athène(s) autrefois, peuple vain et léger,
Un orateur, voyant sa patrie en danger,
Courut à la tribune ; et d'un art tyrannique,
Voulant forcer les coeurs dans une république,
Il parla fortement sur le commun salut.
On ne l'écoutait pas. L'orateur recourut
A ces figures violentes
Qui savent exciter les âmes les plus lentes :
Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put.
Le vent emporta tout, personne ne s'émut ;
L'animal aux têtes frivoles,
Étant fait à ces traits, ne daignait l'écouter ;
Tous regardaient ailleurs ; il en vit s'arrêter
A des combats d'enfants et point à ses paroles.
Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour.
« Céres , commença-t-il, faisait voyage un jour
Avec l'anguille et l'hirondelle ;
Un fleuve les arrête, et l'anguille en nageant,
Comme l'hirondelle en volant,
Le traversa bientôt. » L'assemblée à l'instant
Cria tout d'une voix : « Et Céres, que fit-elle ?
- Ce qu'elle fit ? Un prompt courroux
L'anima d'abord contre vous.
Quoi ? de contes d'enfants son peuple s'embarrasse !
Et du péril qui la menace
Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet !
Que ne demandez-vous ce que Philippe fait ? »
A ce reproche l'assemblée,
Par l'apologue réveillée,
Se donne entière à l'orateur :
Un trait de fable en eut l'honneur.
Nous sommes tous d'Athènes en ce point, et moi-même,
Au moment que je fais cette moralité,
Si Peau d'Âne m'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on : je le crois ; cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.


La Fontaine, Fables

Notes :

fable = de fabula en latin
Cérès = Déesse des moissons.
Peau d'Âne : La Fontaine parle du « Peau d’Âne » dont parle Louison dans " Le Malade imaginaire

 

Analyse de la fable


Introduction

Nous allons étudier une fable de la Fontaine intitulée Le pouvoir des fables, il s’agit du second texte de VIII, 4. Ce texte s’adresse à l’ambassadeur d’Angleterre. La Fontaine dans cette fable met en scène un orateur qui cherche par tous les moyens à se faire entendre de son public, ce qui justifie l'usage de la fable. Le fabuliste fait l'éloge de ce genre littéraire, il veut monter le pouvoir des fables sur le lecteur et l'auditoire auxquels elles s'adressent. Nous retrouvons les deux fonctions essentielles = plaire et instruire. Faire passer un enseignement, mettre en avant le but didactique tout en divertissant. La fable doit-être facile d'accès et agréable pour mieux véhiculer son enseignement.

Nous verrons dans un premier temps le discours rhétorique classique qui, du fait de son échec nous tournera vers une nouvelle étude, le pouvoir des fables et du fabuliste.

 

Plan de l'étude :

I – Le discours rhétorique

1 – Une force argumentative

2 – Procédés littéraires

3 – Le bilan du discours

Transition

II - Le pouvoir des fables

1 – Une nouvelle technique de persuasion

La mise en abyme

2 - La fonction du fabuliste

Conclusion

Ouverture

 

 

 

Développement
 

I – Le discours rhétorique

 

1 – Une force argumentative

Les moyens de convaincre du genre

La fable s'ouvre sur l'image d'un orateur qui pour sauver sa patrie fait usage de la fable pour persuader son auditoire

Dans Athène(s) autrefois, peuple vain et léger,
Un orateur, voyant sa patrie en danger,

Le terme «orateur » est récurrent, nous en avons aux vers 2, 6, 30 puis sous forme métonymique, une allusion à l'orateur avec au vers 15, «harangue ». L'orateur est celui qui par la parole tente de convaincre la foule à laquelle il s'adresse, il sait manier la parole, le logos dans un but précis, persuader, convaincre. Ici, l'auditoire concerné est le peuple d'Athènes à qui le logos s'adresse. L'orateur est celui qui, entre l'auditoire et la patrie d'Athènes joue le rôle d'intermédiaire = « courut à la tribune », « voulant forcer les cœurs dans une république ». L'art de bien parler est doublé d'une forte détermination à mener à bien sa mission. L'engagement est total ainsi que le suggère l'adverbe de manière «fortement » pour qualifier la puissance de sa parole partagée qui brave tous les obstacles « et du péril qui le menace ».

2 – Procédés littéraires

Les figures de rhétorique

On note dans un premier temps, une prosopopée (figure de style qui consiste à faire parler les morts ou les objets, nombreuses chez La Fontaine), vers 9 «il fit parler les morts ». Vers 11, nous pouvons souligner la périphrase «l'animal aux têtes frivoles » qui connote la foule, l'auditoire.

Ponctuation

Elle a une grande importance dans cette fable car elle est très expressive par exemple aux vers 24, 25, 26,27. Elle a pour fonction de renforcer l'interpellation de l'orateur et de son auditoire.

3 – Bilan du discours

C'est un échec, le discours est inefficace ainsi que le suggère l’expression métaphorique, « Le vent emporta tout ; personne ne s’émut ». Vers 6 « on ne l’écoutait pas », vers 10 « tout » mis pour ses paroles qui s’envolent sans émouvoir ni interpeller. La foule reste distraite, personne n'écoute l'orateur, les paroles s'envolent et l'auditoire «ne daignait l'écouter », vers 13 et 14. Les conséquences de cet échec sont désastreuses car la foule se lasse, s'ennuie, « peuple vain et léger », « tous regardaient ailleurs », «et point à ses paroles ». La parole n'est pas persuasive, le logos ennuie, détourne l'attention et disperse irréversiblement dans la plus grande lassitude.

Satire de la rhétorique

Ce texte est plein d'humour car il s'agit pour La Fontaine de remettre en question la rhétorique classique et son pouvoir désuet. La fable est donc un jeu, il faut savoir s'amuser ainsi que le montre la répétition par trois fois du nom « enfant », mais c'est un jeu utile et nécessaire à l'homme ;

L'échec du discours rhétorique appelle un autre procédé argumentatif = la mise en abyme. Dès le vers 15 «Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour ».

 

 

II - Le pouvoir des fables

1 – Une nouvelle technique de persuasion

La mise en abîme

L'orateur fait appel à un personnage historique, Cérès, Déesse des moissons = vers 16, « Cérès, commença-t’-il, faisait voyage un jour ». Son auditoire étant trop dispersé, il procède à une mise en abîme en racontant une histoire, nous avons une fable dans une fable avec une alternance d'octosyllabes et d'alexandrins ; les vers sont concis, agréables. Il tente de capter l'attention trop fragile de la foule, il suscite l'imagination pour unir les esprits et l'imaginaire de chacun en un seul, il fait valoir sa rhétorique et sa force persuasive pour unir l'auditoire en une foule une et solidaire. Le bilan de ce second exercice rhétorique est positif, la foule «se donne entière à l'orateur, «tout d'une voix », on parle «de l'assemblée ». Le pari est réussi. La fable a diverti et instruit la foule concentrée et motivée par les logos rapporté. Les consciences sont éveillées. Le récit est efficace, le rebondissement inattendu. L'assemblée se réveille vers 28 à 31. On trouve la moralité des vers 32 à 37

2 – Le pouvoir du fabuliste

Le fabuliste est celui qui fait valoir la force de sa parole dans une fable en respectant les deux fonctions de l'apologue, plaire et instruire. L'usage des pronoms personnels ont un impact important car nous remarquons que ce dernier s'inclut dans la foule «Nous sommes tous d'Athènes... ». La foule est tel l'enfant qui redevient réceptif lorsqu'on lui raconte une histoire. «Le monde est vieux, dit-on ; je le crois, cependant il le faut amuser encor comme un enfant ». La fable semble être le détour pédagogique incontournable pour instruire, car pour instruire il faut amuser. Sans l'aspect divertissant, la fable purement didactique ennuie. Pour enseigner, il faut distraire et par l'amusement, on reçoit l'enseignement. Les histoires étant source de plaisir, le pari est cette fois réussi. La fonction du fabuliste est d'instruire et sa technique pédagogique est de distraire pour transmettre son enseignement.

 

 

Conclusion

L'imagination et la part d'enfance qui est en chaque homme sont revalorisés dans la compréhension de ce que doit être le véritable enseignement. La rhétorique pour la rhétorique ne suffit pas à transmettre car sans histoire le même enseignement ennuie. L'instruction et l'amusement sont les deux références essentielles de la bonne pédagogie. L'orateur est investi d'une mission, il est le sauveur, celui qui peut faire valoir la parole qui distrait et la parole qui instruit. Le verbe est libérateur, salvateur, distrayant, instructif pour cette humanité qui ne sait pas écouter les discours rhétoriques mais seulement les discours adressés aux enfants. L'homme est un enfant qui a besoin pour s'instruire de se distraire et derrière ce tableau, La Fontaine accuse l'aspect puéril de la nature humaine paresseuse et ignorante.

 

Date de dernière mise à jour : 25/08/2017

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