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LA PROMESSE DE L'AUBE, Romain Gary, chapitre I, commentaire

Dnbac commentaires

 

  • LA PROMESSE DE L'AUBE

  • Chapitre I
  • ROMAIN GARY
  • Visite d'une mère
  • Séquence : l'autobiographie
  • Problématique :
  • Quelles sont les caractéristiques autobiographiques de cet extrait?
  • Lecture du texte :
  • LA PROMESSE DE L'AUBE

  • ROMAIN GARY

  • Je l'ai vue descendre du taxi, devant la cantine, la canne à la main, une gauloise aux lèvres et , sous le regard goguenard des troufions, elle m'ouvrit ses bras d'un geste théâtral, attendant que son fils s'y jetât, selon la meilleure tradition.
  • J’allai vers elle avec désinvolture, roulant un peu les épaules, la casquette sur l’œil, les mains dans les poches de cette veste de cuir qui avait tant fait pour le recrutement de jeunes gens dans l’aviation, irrité et embarrassé par cette irruption inadmissible d’une mère dans l’univers viril où je jouissais d’une réputation péniblement acquise de « dur », de « vrai » et de « tatoué ».
  • Je l’embrassai avec toute la froideur amusée dont j’étais capable et tentai en vain de la manœuvrer habilement derrière le taxi, afin de la dérober aux regards, mais elle fit simplement un pas en arrière, pour mieux m’admirer et le visage radieux,les yeux émerveillés, une main sur le cœur, aspirant bruyamment l’air par le nez, ce qui était toujours chez elle un signe d’intense satisfaction, elle s’exclama, d’une voix que tout le monde entendit, et avec un fort accent russe:
  • - Guynemer! Tu seras un second Guynemer! Tu verras, ta mère a toujours raison!
  • Je sentis le sang me brûler la figure, j’entendis les rires derrière mon dos, et déjà, avec un geste menaçant de la canne vers la soldatesque hilare étalée devant le café, elle proclamait, sur le mode inspiré :
  • - Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d’Annunzio, Ambassadeur de France- tous ces voyous ne savent pas qui tu es!
  • Je crois que jamais un fils n’a hai sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l’armée de l’air, et que je faisais un nouvel effort pou la pousser derrière le taxi , son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
  • - Alors, tu as honte de ta vieille mère?
  • D’un seul coup, tous les oripeaux de fausse virilité, de vanité, de dureté, dont je m’étais si laborieusement paré, tombèrent à mes pieds; j’entourai ses épaules de mon bras, cependant que, de ma main libre, j’esquissais, à l’intention de mes camarades, ce geste expressif, le médius soutenu par le pouce et animé d’un mouvement vertical de va-et-vient, dont le sens, je le sus par la suite, était connu des soldats du monde entier, avec cette différence qu’en Angleterre, deux doigts étaient requis là où un seul suffisait, dans les pays latins -c’est une question de tempérament.
  • Je n’entendais plus les rires, je ne voyais plus les regards moqueurs, j’entourais ses épaules de mon bras et je pensais à toutes les batailles que j’allais livrer pour elle à la promesse que je m’étais faite, à l’aube de ma vie, de lui rendre justice, de donner un sens à son sacrifice et de revenir un jour à la maison, après avoir disputé victorieusement la possession du monde à ceux dont j’avais si bien appris à connaître, dès mes premiers pas, la puissance et la cruauté.
  • Plan de l'étude :
  • Introduction
  • I - La rencontre d’une mère et d’un fils
  • Transition
  • II - Prise de conscience de Romain Gary
  • Transition
  • III - Caractéristiques de l’autobiographie, récit rétrospectif
  • Conclusion
  • Ouverture

 

Analyse :

 

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  •       

    Le roman autobiographique est un genre littéraire issu de l'autobiographie et du roman-mémoire. Ainsi Romain Gary, personnage du XX ème siècle, est un auteur écrivant principalement des romans autobiographiques. La Promesse de l’aube est un roman autobiographique paru en 1960, l'auteur fait le récit de son enfance et de sa jeunesse auprès de sa mère. Nous découvrons alors dans cet extrait la rencontre avec sa mère, mais surtout l'effet que celle-ci produit sur lui, à travers des procédés d'écriture bien relatifs au genre autobiographique.

    Nous pouvons donc nous demander quelles sont les caractéristiques autobiographiques de cet extrait. Nous étudierons alors tout d'abord le thème de la rencontre d’une mère et d’un fils, puis nous verrons qu'il y a une prise de conscience de Romain Gary et enfin les caractéristiques de l’autobiographie, récit rétrospectif.

    Tout d'abord, nous pouvons alors observer une rencontre d’une mère et d’un fils. Ainsi la principale caractéristique d'une autobiographie est d'être rédigée à la première personne, et donc d'être la voix de l'auteur racontant son histoire. Ici l'auteur nous confie alors une scène filiale avec sa mère qui ne semble pas à la première lecture émouvoir Romain Gary. En effet nous pouvons voir des adjectifs qualificatifs péjoratifs tels que «  désinvolture » ou «froideur » signifiant bien que Romain Gary n'éprouve aucun plaisir à sa rencontre avec sa mère. Cela semble lui apparaître comme une intrusion dans sa vie.

    Ainsi il écrit lui même être « irrité et embarrassé par cette irruption inadmissible d’une mère » dans son univers viril de soldat de l'armée de l'air. Nous pouvons alors voir qu'une autobiographie est également un exutoire pour l'auteur. En effet nous voyons alors tous les sentiments par lesquels il passe, et par quels moyens il tente de dissimuler sa mère à ceux qui le voient comme celui qu'il cherche à se faire passer. Alors il tente « de la dérober aux regards » comme si elle représentait une partie de sa vie qu'il souhaitait oublier, comme si elle était la personnification du sentiment d'une vie passée désormais refoulée. Cependant sa mère ne semble pas en avoir conscience.

    Sa mère, quant à elle ne comprend donc pas l'attitude de son fils à son égard. Tandis qu'elle cherche à l'enlacer, il la salue avec une « froideur amusée ». Elle semble voir l'auteur non pas comme le jeune soldat qu'il est devenu mais toujours comme le petit enfant qu'il a été, elle manifeste cependant sa fierté en public, déclarant «Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d’Annunzio, Ambassadeur de France- tous ces voyous ne savent pas qui tu es!». Sa mère ne réagit alors que comme une mère, qui cherche alors à protéger son fils contre les rires des autres soldats, mais ce n'est qu'à la réaction de son fils qu'elle comprend que c'est à son encontre. Elle semble alors blessée, voir rejetée par ce fils qu'elle venait voir par surprise. Sa question: «alors, tu as honte de ta vieille mère?» confirme bien cette interprétation.

     

    Dans un second temps, nous découvrons que cette question provoque chez l'auteur une prise de conscience. En effet, il écrit lui-même que «tous les oripeaux de fausse virilité, de vanité, de dureté, dont je m’étais si laborieusement paré, tombèrent à [ses] pieds», il semble comprendre que sa relation et son amour envers sa mère est bien plus important que l'apparence de « « dur », de « vrai » et de « tatoué »» qu'il s'est créée. Il apparaît alors clairement dans cet extrait un tournant, l'auteur assumant alors sa mère venue le voir.

    Ainsi au début de cet extrait l'auteur cherchait à cacher cette partie de sa vie, en l’occurrence sa mère, mais désormais il l'affirme avec attention et amour, l'entourant de «ses épaules de [son] bras», tel que le ferait un fils aimant envers sa mère. De plus il fait comprendre à ses camarades de cesser ces railleries, inéluctablement déplacées face à la mère d'un camarade.

    Cependant nous pouvons également voir que l'auteur se rappelle alors d'une promesse faite à sa mère. Le fait qu'il entoure sa mère de ses bras semble prouver que l'auteur prend conscience que la seule chose qui, dans les batailles à venir, animerait sa force, serait sa mère et l'envie de lui rendre hommage. Nous pouvons y voir le souvenir d'une promesse faite des années auparavant, une caractéristique faisant qu'un «roman-mémoire» est en réalité une autobiographie.

     

    Dans un troisième temps, nous pouvons mettre en avant les caractéristiques de l'autobiographie, qui est également un récit rétrospectif. En effet, nous découvrons que l'auteur fait ici une rétrospection de sa vie. En effet par définition l'autobiographie est un récit rétrospectif en prose, écrite par un auteur à partir de sa propre expérience et donc mettant par conséquent l'accent dans son œuvre sur sa vie individuelle et plus précisément sur l'histoire de la personnalité de cet auteur.

    Par conséquent, le temps employé est au passé, comme avec les verbes « ai vue», «embrassai» ou «tombèrent» etc. Nous pouvons alors dire que l'écriture intervient après l’événement raconté. Cette scène de rencontre d'un fils avec sa mère est racontée et analysée avec le recul nécessaire au temps de l'écriture. Par cette introspection, l'auteur cherche à comprendre ses réactions passées.

    Alors son affirmation «je le sus par la suite», affirme qu'il a repensé et réfléchi postérieurement à ce moment. Une autobiographie apparaît alors davantage comme un récit écrit pour l'auteur lui-même que comme un récit destiné à autrui, c'est-à-dire à des lecteurs bien qu'il cherche à être lu dans un second temps ainsi que le montre sa tentative de séduction et de complicité.

     

    Ce passage est essentiel car il ouvre le livre sur le thème dominant, la relation d'un fils avec sa mère et son engagement d'enfant et d'adulte investi dans ce travail d'écriture autobiographique. Nous y retrouvons les caractéristiques du genre et les procédés d'écriture d'une scène emblématique, un texte d'engagement par rapport à une promesse que l'auteur s'est faite à lui-même, «je pensais à toutes les batailles que j'allais livrer pour elle, à la promesse que je m'étais faite à l'aube de ma vie, de lui rendre justice».

     

     

Date de dernière mise à jour : 04/08/2018