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Dialogue théâtral et l'essence du tragique

 

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Sujet :

 

« Qu’est-ce que le tragique sinon le sentiment d’une résistance obscure et insensée contre laquelle se brise la force de la liberté et de raison qui est en l’homme? » écrit Pierre Henri Simon dans « l’homme en procès ». Après avoir expliqué cette définition du tragique à l’aide de vos connaissances, vous direz en quoi le dialogue du théâtre est particulièrement propre à mettre en œuvre l’essence du tragique.

 

Plan proposé

 

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Introduction

 

Nous partirons des termes de la citation qui nous indiquent le thème à traiter, le tragique. Nous savons que la « résistance obscure et insensée » représente la fatalité, caractéristique essentielle du tragique en ce qu’elle le constitue, c’est le destin auquel se heurte l’homme caractérisé par sa liberté, son libre arbitre ou sa raison. Il s’agit donc d’éclairer le combat que mène l’homme qui veut être libre et son destin, combat qui semble être voué à l’échec. Nous tenterons d’éclairer la conception du tragique telle qu’elle transparaît dans la citation. Nous nous demanderons en quoi le théâtre peut servir l’expression du tragique en le saisissant dans son essence. Comment mesurer l’efficacité théâtrale au niveau du dialogue? Comment et en quoi le théâtre est-il apte à illustrer le tragique? Pourquoi le théâtre est-il propice à représenter la lutte de l’homme avec la fatalité et restituer le sens du tragique chez l’homme? Nous savons que le tragique vient de l’antiquité et est lié au religieux, il se caractérise par la fatalité, ce contre quoi on ne peut rien, l’inéluctable et qui conduit à la mort. Il se sent écrasé telle Antigone. Cette dernière incarne la fatalité, elle est victime de la malédiction des hommes, sa fatalité est également intérieure car, elle est envahie par son sentiment du devoir, elle est poussée par une force qui finit par la conduire à sa perte, elle sombre alors dans l’absurde.

 

 

I - en quoi consiste l’essence du tragique, cette « résistance obscure et insensée »?

Le tragique comme expression de la fatalité

L’essence du tragique trouve son expression la plus haute dans cette « obscure et insensée » à laquelle l’homme est confronté », en effet le tragique naît d’un combat de l’homme et de la fatalité, nous pourrions pour illustrer cet aspect existentiel de la question, citer les mots de Malraux, « la mort transforme la vie en destin ». L’homme éprouve son impuissance face au temps qui passe et contre lequel il ne peut rien, l’essence tragique touche à son paroxysme dans les œuvres théâtrales comme Antigone, « c’est reposant la tragédie…. Tout est joué d’avance… », les choses qui doivent arriver arrivent nécessairement. Le tragique prend alors un sens plus profond lorsqu’on l’assimile à la fatalité, la vie peut être tragique si on la conçoit comme Malraux, c’est-à-dire comme une tragédie à jouer, chacun dans notre rôle, et chacun regardant la mort transformer sa vie en un inexorable destin. Tout se joue l’espace d’un temps et l’homme sa vie durant assume la lucidité de sa mort à venir. L’irréversibilité  du temps qui passe rend l’homme plus faible face à la conscience de son impuissance et plus fort face à son désir de la combattre. Mais en vain, le temps aura toujours raison de lui. Car à quoi se heurte l’homme et son désir de vivre et d’être libre ? Quel est le combat tragique ?

Les différentes expressions de la fatalité constitutive de la tragédie.

L’ennemi est difficile à cerner et à définir, nous appelons « ennemi », cette force « obscure insensée ». Le combat tragique peut prendre différents formes, et les expressions tragiques sont multiples, la fatalité se dérobe lorsqu’il s’agit de la définir. Comment se constitue dès lors cette essence de la tragédie, que pouvons-nous en dire ? Il peut s’agir lorsqu’on évoque le combat de l’homme, du désir d’abattre la tyrannie contre le dégoût de tuer, la tyrannie contre la conscience ainsi que nous le suggère Victor Hugo dans les Châtiments, III, 15, 1853, il s’en prend à l’empereur Napoléon III, qui a muselé et tyrannisé tout le pays. La question est de savoir s’il faut tuer le tyran ? Il peut aussi s’agir des pressions politiques, les exigences du devoir d’état, le poids de l’histoire contre les sentiments d’humanité comme on le voit dans la reine morte, d’Henri Montherlant, acte II, scène 1. Ou bien encore comme l’évoque Camus dans Les justes, le combat humain peut être l’expression de la conscience du malheur des hommes et l’injustice contre laquelle se brise la volonté de vivre de Kaliayev, un jeune révolutionnaire qui s’est fixé pour but d’assassiner le grand-duc. Nous pouvons aussi parler du tragique du non –savoir et de l’illogique. Le tragique est toujours la force contre laquelle se heurte l’homme, il n’obéit pas aux lois de la logique ou de l’humain ainsi que le traduit fort bien Ionesco dans son théâtre de l’absurde. D’une manière plus générale, l’essence du tragique trouve son expression théâtrale la plus haute dans les mots d’Antigone qui lorsqu’elle s’interroge, affirme : « je ne sais plus pourquoi je meurs ».

 

Transition

La forme que peut prendre la résistance obscure et insensée à laquelle l’homme est confronté, la dimension tragique se reflète dans le dialogue de théâtre qui traduit l’enfermement dans le lieu et dans le temps et concrétise « la résistance obscure et insensée » des personnages qui se battent.

 

 

II- En quoi et comment le dialogue théâtral restitue t'il la dimension tragique? Le dialogue théâtral est l'expression d'un affrontement tragique, "d'une résistance obscure et insensée dont il cherche la concrétisation

Le théâtre est la traduction par excellence de l’enfermement spatio-temporel. Nous avons en effet un concentré de tragique dans huis clos de Jean Paul Sartre avec les concepts de temps et d’espace réduits qui amènent fatalement à la confrontation et à l’affrontement avec autrui. Nous avons également dans une pièce de théâtre une situation concrète, une illustration pratique du tragique comme dans la vie mais en concentré, le moment du dialogue c’est le moment de la crise aigüe. Nous avons donc une situation ancrée dans un cadre spatio temporel, un nœud qui donne sa réalité à ce combat. L’existence d’une intrigue qui sont les péripéties et qui forcent l’homme, le héros à se déterminer à agir et à entrer dans son combat, tuer ou ne pas tuer, venger ou ne pas venger ?

La concrétisation du tragique dans le théâtre

Le théâtre est le lieu privilégié de l’affrontement. La dualité ou le déchirement sont l’essence du tragique se retrouvent au sein des personnages qui s’affrontent, se combattent comme Créon et Antigone, la grande duchesse et Kaliayev. La résistance prend alors une forme réelle, une application du tragique car il n’y a pas d’intermédiaire qui dilue le sentiment du tragique, nous pouvons parler de tragique en direct, nous n’avons pas de narrateur par exemple. La nécessité de dire, de formuler, la conscience sont remplies par le confident qui par ses objections et ses conseils remplit ce rôle. Il s’agit de mettre des mots sur les enjeux tragiques. Enfin, le dialogue théâtral à son importance, il porte à son intensité la plus forte l’incompréhension, l’affrontement de deux logiques qui ne se comprennent pas, nous pouvons à cet égard citer de nouveau Antigone et Créon. La résignation de Créon s’oppose à la révolte d’Antigone mais en aucun cas nous ne pouvons parler deux idéalistes porteurs d’une vérité mais plutôt de deux nihilistes. Chacun devient la concrétisation du tragique de l’autre, nous avons donc deux tragiques qui s’affrontent.

 

 

Conclusion avec ouverture

Nous voyons par conséquent la forme que peut prendre « cette résistance obscure et insensée », elle est plurielle, multiple traduisant les diverses formes de la fatalité et l’essence du tragique. L’expression paroxystique de la dimension tragique trouve son point culminant dans les dialogues théâtraux du fait de la traduction et de la concrétisation de l’enfermement dans le temps et dans l’espace provoquant ainsi l’affrontement des personnages. Mais le dialogue théâtral n’est pas le seul lieu de mise en œuvre du tragique, il existe en effet des contes tragiques, des poésies tragiques. L’essence du tragique n’est ainsi pas propre à un genre littéraire, cependant c’est au théâtre qu’il prend sa forme la plus aigüe, la plus poignante.

 

 

Date de dernière mise à jour : 05/08/2017