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Citation de Musset : dissertation bac

 

Dnbac dissertations

 

 

LES CORRIGES DU BACCALAUREAT

La dissertation de français

 

 

Sujet : « les plus désespérés sont les chants les plus beaux. Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots », écrit Alfred de Musset dans sa Nuit de mai. Commentez et discutez cette affirmation en vous appuyant sur les textes ci-dessous et sur les poèmes que vous connaissez.

 

Plan proposé

Introduction

 

Nous allons commenter et discuter l’affirmation d’Alfred de Musset selon laquelle, « les plus désespérés sont les chants les plus beaux. Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots », ajoute l’auteur. Nous savons que les poètes se considèrent comme des hommes maudits et le plus souvent cherchent leur source d’inspiration dans le désespoir qui les accompagne leur vie durant. Nous pouvons imaginer Musset tenter de remédier à ses souffrances par son travail d’écriture, tentant de la consacrer telle son unique source poétique. Nous sommes dans le contexte romantique avec le lyrisme propre à la littérature imprégnée de souffrances et de mélancolie. Au-delà du contexte romantique, nous retrouvons un état d’esprit propre au fait poétique que nous pouvons encore nuancer de façon à éclairer l’affirmation de Musset sur ce sujet. Dans un premier temps, nous étudierons le contexte romantique, la poésie de la souffrance, nous développerons le contexte relatif à la culture du moment et la poésie purificatrice, en second lieu, nous nous concentrerons sur le concept de souffrance en tant qu’expression de la création poétique, avec les notions de maîtrise de sentiments douloureux et d’intensité de la souffrance. Nous verrons en troisième lieu, la question de savoir s’il existe une souffrance inhérente au poète.

 

 

 

I - la poétique de la souffrance

1 - le contexte romantique

Nous savons que la poésie avait peut de place au XVIIIème siècle, siècle des lumières et des philosophes trop soucieux de leur révolution intellectuelle, contre ce contexte culturel, les romantiques réagissent et en particulier Musset qui estime que la douleur à tous ses degrés et à tous ses niveaux engendre la beauté, la pure beauté poétique; la poésie n’est plus un simple plaisir, une possibilité d’évasion mais bien au contraire l’expression de l’être dans son aspect physique et moral et spécifiquement en tant qu’il est un être de souffrances diverses et multiples, répétées dans le temps et offrant à l’artiste l’occasion de les traduire en vers et de nourrir sa poésie des larmes des hommes.

2 - une source de purification

Nous comprenons dès lors que la souffrance au sens de la source de purification qui trouve son point d’achèvement et d’expression dans la poésie soit la référence obligée à la religion judéo chrétienne du rachat des fautes et d’une expiation par le supplice. La douleur devient l’occasion d’une mission cathartique, il s’agit de remplir une tâche purificatrice, le poète se voit porteur d’une mission divine, il devient purificateur, libérateur de la douleur des hommes, victime expiatoire. Nous retrouvons cette conception quasi divine du poète chez Baudelaire en particulier dans son poème, « bénédiction » dans lequel le poète remercie Dieu de lui avoir confié une telle mission :

« soyez béni mon Dieu, qui donnez la souffrance

Comme un divin remède à nos impuretés

Et comme la meilleure et la plus pure essence

Qui prépare les forts aux saintes voluptés! »

Nous retrouvons en outre l’allégorie de la douleur dans l’albatros, poésie dans laquelle Baudelaire identifie le poète à l’oiseau malheureux et souffrant sur cette terre.

 

La douleur au sens d’une source de purification offre à l’artiste poète le moyen de se dépasser lui-même dans et par la souffrance de manière à trouver une purification dans la poésie.

 

 

 

II - dépassement du poète par la souffrance

1 - la beauté de la douleur

La beauté de la douleur est qualifiée par Musset dans sa citation par l’expression, « la beauté des purs sanglots » on peut se poser la question de savoir en quoi la souffrance peut être « belle ». Le poète s’éloigne par son art du sens commun, il n’a plus rien à voir avec le vulgaire, ses expériences ne sont pas communes. Il doit apprivoiser ses multiples douleurs et les exprimer dans un langage nouveau aux yeux de l’humanité, la douleur devient le moyen de se dépasser pour l’artiste. Nous pouvons à cet égard Hugo qui à la mort de sa fille Léopoldine nous écrit de merveilleux vers dans « demain dès l’aube ». A sa rupture avec George Sand, Musset écrivit de même la « nuit de mai », son désespoir fut donc une incroyable source d’inspiration.

2 - une intériorité affective profonde

L’amour est la source privilégiée des artistes en général, les sentiments intérieurs sont profonds et d’autant plus aiguisés chez les poètes et toute profondeur est douloureuse, l’artiste se dévoile comme un être sensible et angoissé, nous retrouvons cet état d’esprit chez Baudelaire, il souffre du fait de ses différences avec les hommes, le sens commun, il se montre en désaccord avec le monde. Il est tel l’albatros, inadapté dans un monde dans lequel il ne se reconnait pas et son mal être devient de ce fait source d’inspiration. Nous voyons par conséquent que la douleur que le poète appelle le spleen devient aussi l’occasion d’un dépassement, sans elle il n’y aurait sans doute pas de poésies si complexes si émouvantes et si sensibles. Souvent en proie aux angoisses métaphysiques, nous trouvons dans certaines poésies de poignantes traductions de malaises existentiels chez Baudelaire en particulier qui sa vie durant à tenté de trouver un équilibre entre le spleen et l’idéal, ce sentiment d’étrangeté et d’éloignement se retrouve dans toutes les fleurs du mal, nous pouvons citer le « voyage »

Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché

Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché.

Il semblerait donc que la douleur soit inhérente à l’homme et à l’artiste en particulier qui trouve en elle l’occasion de se dépasser dans le but de nourrir sa poésie.

 

Le dépassement du poète rendu possible par la douleur est il toujours en accord avec la beauté de la création, la beauté ne pourrait elle pas être altérée par un trop plein de douleurs?

 

 

 

III - beauté de la création et douleur

1 - douleur et création

Nous savons que chez Baudelaire la souffrance touche à son paroxysme cependant dans la poésie « recueillement », paradoxalement, le poète tente de modérer ses souffrances, il affirme « sois sage ô ma douleur et tiens toi plus tranquille ». Nous pourrions ainsi déduire qu’une traduction à l’état brut des douleurs trop vives puisse altérer la beauté et la création artistique. Le recul est parfois nécessaire lorsque la souffrance monopolise le potentiel créateur de l’artiste poète. Si la douleur a une force inspiratrice, trop de douleur peut également tuer l’inspiration et par conséquent la création en général. Nous voyons ainsi que le poète, être sensible est aussi parfois en quête d’apaisement même si la poésie est la recréation de la souffrance vécue et donc par définition une libération. L’écriture poétique aussi cathartique qu’elle soit trouve ici l’expression de ses propres limites car l’idéal poétique est de transcrire et de sublimer la douleur sans altérer la création elle-même. Le désespoir doit donc toujours être dominé et apprivoisé pour donner lieu à l’art poétique et trouver ses applications cathartiques.

2 - souffrir pour créer

Nous voyons par conséquent que même si la citation de Musset se vérifie elle se heurte également à ses propres limites, elle pourrait même être considérée comme dangereuse et conduire le poète à la dérive. La mission cathartique et libératrice de l’artiste poète à des limites, trop de douleur tue la création. Comment et en quoi la douleur pour la douleur peut elle encore trouver son champ d’application dans le domaine des arts? Car il s’agit en fait d’une douleur sans cesse recréée et par conséquent sublimée, mais l’état brut, la douleur n’a plus rien de commune avec le travail poétique. Ainsi il semble que si nous adhérons à la citation de Musset, « les chants désespérés sont les chants les plus beaux », il existe malgré tout peut être d’autres sources d’inspiration que le désespoir, la tristesse, la souffrance et le malheur, ainsi Eluard affirme

« et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaitre

Pour te nommer

Liberté »

 

 

Conclusion

Nous reconnaissons donc avec le poète Musset que « les chants désespérés sont les plus beaux » et accordons à la poésie en général une mission purificatrice, expiatoire, cathartique que seul le poète peut remplir du fait de sa grande sensibilité et de son intériorité affective profonde. Cependant il nous faut admettre également que cette citation a ses propres limites car trop de douleur peut aussi tuer la création artistique. D ‘autres sources d’inspiration peuvent convenir à la création poétique comme l’amour non déchu, le patriotisme, l’amitié, le combat engagé etc. par conséquent ce qu’il faut mettre en avant est non pas la source d’inspiration mais plus le travail autour de la source d’inspiration car ainsi que nous l’avons déjà dit au préalable, la douleur non sublimée n’est plus source de dépassement, trop de lamentations peuvent tuer la création et l’envolée lyrique.

Date de dernière mise à jour : 06/08/2017