Candidats libres   Descriptifs   Oeuvres intégrales   L'entretien EAF  Coaching scolaire    Lycées français à l'étranger 

Les annales 2018  -  L'actualité du bac 2018 - Bac 2019 L'actualité du brevet 2018 - Brevet 2019 -

R. Barthes,Mythologies, 6 études dossier bac

 

 

Descriptif bac sur Mythologies de Roland Barthes

Commentaires, oraux préparés, activités complémentaires

 

Saponides et détergents, Bichon chez les nègres, les Romains au cinéma, les jouets, le plastique, la nouvelle citroen

 

signature de Roland G. Barthes

 

Roland Gérard Barthes

*** Petite biographie pour l'oral

Naissance 12 novembre 1915 à Cherbourg

Décès 26 mars 1980 à Paris (à 64 ans)

Nationalité française

Roland Gérard Barthes est un critique littéraire et sémiologue français. Il étudie au Lycée Montaigne et Louis-Le- Grand, après l'obtention du bac, il fait des études en lettres classiques à Paris, il obtient sa licence de lettres. Il fait partie du groupe de théâtre antique de la Sorbonne. Il a une vie intellectuelle très riche, il obtient vers 1941 son mémoire sur la tragédie Grecque. Il découvre Karl Marx, Jean Paul Sartre. Publie ses premiers textes et transforme sa licence de lettres classiques en licence d'enseignement en 1943 après obtention d'un certificat de grammaire et de philologie (La philologie est l'étude de la linguistique historique à partir de documents écrits.) Le Degré zéro de l'écriture est le premier livre de Roland Barthes. il publie « Le monde où l'on catche » dans la revue Esprit puis poursuit ses « Petites mythologies du mois » dans Combat et dans la revue de Maurice Nadeau, Les Lettres nouvelles. Il fera partie du Conseil de rédaction en 1962 avec Michel Foucault et Michel Deguy, de la revue Critique, il reprendra la direction de cette revue après le décés de Georges Bataille. Il devient chercheur au CNRS Roland Barthes occupe la chaire de sémiologie du Collège de France de 1977 à 1980. Il s'en prend à la vieille critique qui analyse l'oeuvre à partir de la biographie de l'auteur en publiant sur Racine en 1965, c'est Raymond Picard qui est le représentant de cette vieille critique. C'est le point de départ de la Querelle de la nouvelle critique.

DNBAC

La vie de Roland Barthes

1 -

Quelles sont les dates de Roland Barthes?

12 novembre 1915 Cherbourg

26 mars 1980 Paris

Décédé à 64 ans

2 -

Quelle était sa nationalité?

Française

3 -

Qui était-il ?

Un critique littéraire

Un sémiologue. La sémiologie est la science des signes ( terme inventé par Emile Littré et repris par Saussure).

4 -

Qu’a t’-il fait comme études?

Des études de lettres classiques à Paris. Il obtient sa licence de lettres.

5 -

A t’-il fait partie du groupe de théâtre Antique de la Sorbonne?

Oui.

6 -

De quelle nature son mémoire obtenu en 1941 est-il?

Un mémoire sur la Tragédie Grecque

7 -

Quels auteurs découvre t’-il?

Sartre et Karl Marx

8 -

Qu’obtient-il en 1943?

Obtention d’un certificat de grammaire et de philologie

Définition de la philologie : étude de la linguistique historique à partir de documents écrits.

9 -

Quel est le premier livre de Roland Barthes?

Le degré zéro

10 -

Avec qui fait-il partie du conseil de rédaction de la revue critique en 1962?

Michel Foucault

Michel Deguy

11 -

Quand reprend t’-il la direction de cette revue?

Après le décès de Georges Bataille

12 -

Quelle chaire occupe t’-il au collège de France de 1977 à 1980?

La chaire de sémiologie

13 -

Qu’est-ce que la querelle de la vieille critique?

Roland Barthes s’en prend à la vieille critique qui consiste à analyser l’œuvre à partie de la biographie de l’auteur en publiant Racine en 1965; C’est Raymond Picard qui est le représentant de cette vieille critique

14 -

Citez deux de ses œuvres

- L’empire des signes 1970

- Nouveaux Essais critiques 1972

- Roland Barthes par Roland Barthes 1975

15 -

De quoi Roland Barthes décède t’-il?

Des suites d’un accident. Il se fait faucher par une camionnette le 26 mars 1980, il décède à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

16 -

Où est-il enterré?

Auprès de sa mère dans le cimetière d’Urt au Pays Basque

17 -

Où les dessins de Roland Barthes sont-ils exposés?

1995 - Musée Bayonne

18 -

A qui son frère Michel Salzedo confie t’-il l’ensemble des archives?

A l’institut Mémoires de l’édition contemporaine dans le but de les rendre disponibles aux chercheurs.

19 -

Quand le centre Pompidou lui consacre t’-il une exposition?

En 2002

DNBAC

 

l’œuvre de Roland Barthes

La mort de l’auteur

1 -

Quel article bien connu de Roland Barthes l’inscrit en réaction au structuralisme contre le formalisme intellectuel et dogmatique?

La mort de l’auteur : article reconnu comme le signe du poststructuralisme français (idem pour la conférence de Foucault : « qu’est-ce que l’auteur? « 

Le post structuralisme s’inscrit en réaction au structuralisme, il décentre la pensée, le sujet. C’est au lecteur de réécrire le texte, d’avoir sa propre lecture.

Il est garant du sens de l’œuvre par opposition à Lanson, Sainte Beuve : ils attachaient une grande importance à la connaissance de l’auteur dans le jugement d’une œuvre.

 

Mythologies

2 -

Quand Roland Barthes a t’-il rédigé ce recueil?

Entre 1954 et 1956

3 -

De combien de textes ce recueil est-il composé?

De 53 textes écrits au gré de l’actualité

4 -

Comment Roland Barthes définit-il le mythe?

En accord avec l’étymologie :

«  Le mythe est une parole »

«  Le mythe est un système de communication, c’est un message »

5 -

De quelle nature les mythes décrits dans cet ouvrage est-elle?

Les mythes décrits dans cet ouvrage sont divers. Il peut évoquer le catch, le vin, le steak frites, le discours colonial français…

Le mythe est un signe, son signifiant peut-être n’importe quoi, n’importe quel objet

Son signifié est un idéologème.

6 -

Le mythe est-il un outil de l’idéologie?

Oui.

7 -

Comment Roland Barthes définit-il la doxa propagée par le mythe?

La doxa est l’image que la bourgeoisie se fait du monde et qu’elle souhaite imposer.

8 -

Les mythologies : comment les définiriez-vous?

Le mythe est une histoire : un système de communication. Les mythologies sont avant tout une sémiologie.

Analyse qui considère les objets comme des signes. Ils renvoient à quelque chose d’autre qu’eux-mêmes.

9 -

Peut-on parler de caractère construit de ces histoires?

Oui. Le caractère social s’ajoute à la matière pure. On peut donc parler de caractère construit.

10 -

Quel est le but du sémiologue et mythologue?

Déchiffrer ces histoires qui nous racontent le quotidien à travers les objets devenus anodins.

11 -

Le mythe est-il  une parole cachée?

Une mythologie Est-ce que la culture dit des choses. Le mythe est une parole cachée, un dévoilement.

Roland Barthes se concentre sur un ensemble de signes pour établir un mythe dont la fonction est d’interpréter le réel en dévoilant le caractère codé.

12 -

Montrez en quoi il y a une idéologie sous-jacente

Le mythe est une parole bourgeoise : image du monde que la bourgeoisie tente d’imposer selon ses codes à travers les objets.

Il faut donc déchiffrer les discours contenus dans les objets. Il y a une démarche politique, anti-bourgeoise.

Il faut dénoncer le point de vue bourgeois sur les objets. Il y a donc une idéologie sous-jacente.

 

Mythologies de Roland Barthes

DNBAC

 

*** Oral EAF : questionnaires pour préparer l’entretien du bac de français

 

 

Mythologies de Roland Barthes

*** Bichon chez les nègres

 

Lecture du texte :

Match nous a raconté une histoire qui en dit long sur le mythe petit-bourgeois du Nègre : un ménage de jeunes professeurs a exploré le pays des Cannibales pour y faire de la peinture ; ils ont emmené avec eux leur bébé de quelques mois, Bichon. On s’est beaucoup extasié sur le courage des parents et de l’enfant. D’abord, il n’y a rien de plus irritant qu’un héroïsme sans objet. C’est une situation grave pour une société que de se mettre à développer gratuitement les formes de ses vertus. Si les dangers courus par le jeune Bichon (torrents, fauves, maladies, etc.) étaient réels, il était proprement stupide de les lui imposer, sous le seul prétexte d’aller faire du dessin en Afrique et pour satisfaire au panache douteux de fixer sur la toile “une débauche” de “soleil et de lumière”; il est encore plus condamnable de faire passer cette stupidité pour une belle audace, bien décorative et touchante. On voit comment fonctionne ici le courage : c’est un acte formel et creux, plus il est immotivé, plus il inspire de respect; on est en pleine civilisation scoute, où le code des sentiments et des valeurs est complètement détaché des problèmes concrets de solidarité ou de progrès. C’est le vieux mythe du “caractère” c’est-à-dire du “dressage”. Les exploits de Bichon sont de même sorte que les ascensions spectaculaires : des démonstrations d’ordre éthique, qui ne reçoivent leur valeur finale que de la publicité qu’on leur donne. Aux formes socialisées du sport collectif correspond souvent dans nos pays une forme superlative du sport-vedette ; l’effort physique n’y fonde pas un appprentissage de l’homme à son groupe, mais plutôt une morale de la vanité, un exotisme de l’endurance, une petite mystique de l’aventure, coupée monstrueusement de toute préoccupation de sociabilité. Le voyage des parents de Bichon dans une contrée d’ailleurs située très vaguement, et donnée surtout comme le Pays des Nègres Rouges, sorte de lieu romanesque dont on atténue, sans en avoir l’air, les caractères trop réels, mais dont le nom légendaire propose déjà une ambiguïté terrifiante entre la couleur de leur teinture et le sang humain qu’on est censé y boire, ce voyage nous est livré ici sous le vocabulaire de la conquête : on part non armé sans doute, mais “la palette et le pinceau à la main”, c’est tout comme s’il s’agissait d’une chasse ou d’une expédition guerrière, décidée dans des conditions matérielles ingrates (les héros sont toujours pauvres, notre société bureaucratique ne favorise pas les nobles départs), mais riche de son courage – et de sa superbe (ou grotesque) inutilité. Le jeune Bichon, lui, joue les Parsifal, il oppose sa blondeur, son innocence, ses boucles et son sourire, au monde infernal des peaux noires et rouges aux scarifications et aux masques hideux. Naturellement, c’est la douceur blanche qui est victorieuse : Bichon soumet “les mangeurs d’hommes” et devient leur idole (les Blancs sont décidément faits pour être des dieux). Bichon est un bon petit français, il adoucit et soumet sans coup férir les sauvages : à deux ans, au lieu d’aller au bois de Boulogne, il travaille déjà pour sa patrie, tout comme son papa, qui, on ne sait trop pourquoi, partage la vie d’un peloton de méharistes et traque les “pillards” dans le maquis. On a déjà deviné l’image du Nègre qui se profile derrière ce petit roman bien tonique : d’abord le Nègre fait peur, il est cannibale ; et si l’on trouve Bichon héroïque, c’est qu’il risque en fait d’être mangé. Sans la présence implicite de ce risque, l’histoire perdrait toute vertu de choc, le lecteur n’aurait pas peur ; aussi, les confrontations sont multipliées où l’enfant blanc est seul, abandonné, insouciant et exposé dans un cercle de Noirs potentiellement menaçants (la seule image pleinement rassurante du Nègre sera celle du boy, du barbare domestiqué, couplé d’ailleurs avec cet autre lieu commun de toutes les bonnes histoires d’Afrique : le boy voleur qui disparaît avec les affaires du maître). A chaque image, on doit frémir de ce qui aurait pu arriver : on ne le précise jamais, la narration est “objective” ; la Belle enchaîne la Bête, la civilisation de l’âme soumet la barbarie de l’instinct. L’astuce profonde de l’opération-Bichon, c’est de donner à voir le monde nègre par les yeux de l’enfant blanc : tout y a évidemment l’apparence d’un guignol. Voilà le lecteur de Match confirmé dans sa vision infantile, installé un peu plus dans cette impuissance à imaginer autrui. Au fond, le Nègre n’a pas de vie pleine et autonome: c’est un objet bizarre ; il est réduit à une fonction parasite, celle de distraire les hommes blancs par son baroque vaguement menaçant : l’Afrique, c’est un guignol un peu dangereux. Et maintenant, si l’on veut bien mettre en regard cette imagerie générale (Match : un million et demi de lecteurs, environ), les efforts des ethnologues pour démystifier le fait nègre, les précautions rigoureuses qu’ils observent depuis déjà fort longtemps lorsqu’ils sont obligés de manier ces notions ambigües de “Primitifs” ou “d’Archaïques”, la probité intellectuelle d’hommes comme Mauss, Lévi-Strauss ou Leroi-Gourhan aux prises avec de vieux termes raciaux camouflés, on comprendra mieux l’une de nos servitudes majeures : le divorce accablant de la connaissance et de la mythologie. La science va vite et droit en son chemin ; mais les représentations collectives ne suivent pas, elles ont des siècles en arrière, maintenues stagnantes dans l’erreur par le pouvoir, la grande presse et les valeurs d’ordre. Nous vivons encore dans une mentalité pré-voltairienne, voilà ce qu’il faut sans cesse dire. Car du temps de Montesquieu ou de Voltaire, si l’on s’étonnait des Persans ou des Hurons, c’était du moins pour leur prêter le bénéfice de l’ingénuité. Voltaire n’écrirait pas aujourd’hui les aventures de Bichon comme l’a fait Match : il imaginerait plutôt quelque Bichon cannibale (ou coréen) aux prises avec le “guignol” napalmisé de l’Occident. Roland Barthes Mythologies / 1957

 

Bichon chez les nègres : Roland Barthes

Questionnaire sur le passage à présenter à l’oral

Plan possible pour un commentaire

I - La presse ou la fabrique du mythe

A - Le poids des mots

B - Le choc des images

C - La valorisation morale

II - La science contre le roman bourgeois

A - La dimension romanesque de l’article

B - Le sens du roman

C - Eloge de l’ethnologie

III - Dialectique de l’argumentation

A - La connivence contre la connivence

B - La généralisation contre la généralisation

C - L’Occident contre l’Occident

Problématique :

Comment en montrant que la presse fabrique des mythes, Roland Barthes oppose t’-il la science au roman bourgeois dans une argumentation dialectique?

Questionnaire en fonction des axes proposés d’étude :

I -

La presse ou la fabrique du mythe

A -

Le poids des mots

1 -

Quel effet la première phrase a t’-elle sur le lecteur?

« Match nous a raconté une histoire qui en dit long sur le mythe du petit bourgeois du nègre : un ménage de jeunes professeurs a exploré le pays des cannibales pour y faire de la peinture, ils ont emmené avec eux leur bébé de quelques mois Bichon… »

- «  Une histoire qui en dit long «  = expression qui donne une dimension légendaire.

- « Un ménage…Bichon » = Résumé du petit roman

2 -

Quel effet les trois citations de Roland Barthes ont-elles?

« Une débauche de soleil et de lumière »

= Métaphore

- catachrèse : figure de style qui consiste à détourner un mot ou une expression de son sens propre en étendant sa signification.  On a ainsi un cliché; La citation est évocatrice en images mais en fait elle ne dit rien.

«  La palette et le pinceau à la main »

= Métonymie qui repose sur un cliché. Effet romantique et iconique.

«  Les mangeurs d’hommes »

= Périphrase de cannibale qui a pour but de faire peur.

3 -

Peut-on parler d’hyperbolisation?

Oui on peut parler d’hyperbolisation à trois niveaux :

- Du lieu

- Du blanc

- Du noir.

I -

La presse ou la fabrique du mythe

B -

Le choc des images

1 -

Relevez une antanaclase.

Antanaclase = figure de style qui consiste en la répétition d’un mot en lui donnant une autre signification.

Répétition « d’image »

« l’image du nègre »

« la seule image »

« A chaque image »

« Très exactement image »

2 -

Que traduit le terme « objectivité »?

« La narration est objective mais en fait elle repose sur la collusion pathétique de la chair blanche et de la peau noire…. »

« Objective » mise pour la narration traduit la protestation. Cela signifie en fait que la narration par l’image parait objective mais elle ne l’est pas.

Connecteur logique : « Mais «  souligne la protestation à venir.

Les images deviennent une stratégie bourgeoise.

3 -

Relevez les trois antithèses de la phrase

« La narration… magie »

Les trois antithèses sont :

« Chair blanche et la peau noire » : contraste des couleurs : pas d’objectivité dans ce contraste.

« De l’innocence et de la cruauté » : connotation morale

« De la spiritualité et de la magie » : antithèse péjorative. Fétichisme+barbarie.

La civilisation de l’Occident s’oppose à l’Afrique.

4 -

Relevez une accumulation

Blancheur, innocence…..

5 -

« La belle enchaîne la bête , Daniel se fait lécher par les lions, la civilisation de l’âme soumet la barbarie » - Expliquez cette phrase.

Il y a une antithèse à travers les personnages. Ces derniers sont issus de contes bourgeois.

« La belle et la bête » : conte

« Daniel se fait lécher par les lions » : mythe de la bible

6 -

Quel est l’effet de cette analyse de type structuraliste sémiotique?

Il y a un article + évocation de contes + reflet d’une réalité + on emprisonne la réalité.

7 -

Comment la notion de spectacle est-elle ajoutée à cette légende des images?

Avec le terme « guignol ».

I -

La presse ou la fabrique du mythe

C -

La valorisation morale

1 -

Quelle définition de la mythologie donneriez-vous?

= Définition du bien et du mal à travers la propagande dans les journaux. La presse = une fabrique de la mythologie qui tente de véhiculer des valeurs morales et des signes.

2 -

Quel est le signe du courage?

Bichon est le signe du courage

3 -

Y a t’-il une isotopie du courage? Citez le texte

La réflexion de Roland Barthes se présente ainsi :

- Il y a danger : stupide = pas de courage

- Il n’y a pas danger  = pas de courage

«  Un héroïsme sans objet »

« Si les dangers courus par Bichon étaient réels, il était proprement stupide de les lui imposer, sous le seul prétexte d’aller faire du dessin en Afrique ».

4 -

Comment le courage est-il perçu par Barthes? Citez le texte

« On voit comment fonctionne ici le courage ; c’est un acte formel et creux, plus il est immotivé, plus il inspire de respect »

5 -

Montrez qu’il s’agit d’une simple mythologie . Citez le texte.

« Héroïsme sans objet »

« Sous le prétexte… lumière »

« C’est le vieux mythe du caractère c’est-à-dire du dressage »

6 -

Y a t’-il une polyptote sur « forme »? Citez le texte.

« Acte formel »

« Héroïsme sans objet »

« Dangers irréels »

« Belle audace décorative »

« Ascension spectaculaire »

« Coupé de toute préoccupation de sociabilité »

7 -

Peut-on parler de mise en scène? Pourquoi?

Oui, il y a une mise en scène. Nous constatons une forme de courage mais un courage sans contenu car il n’y a pas de danger.

Il n’y a que des formes extérieures de courage mais pas d’actions.

8 -

Relevez une expression ironique

« Civilisation scout »

Elle signifie que nous sommes victimes du vieux mythe. Les valeurs prônées par la presse, les publicités forgent cette mythologie.

II -

La science contre le roman bourgeois

A -

La dimension romanesque de l’article

1 -

Etude d’une phrase : quel effet la périphrase a t’-elle?

« Un ménage de jeunes professeurs a exploré le pays des cannibales pour y faire de la peinture »

« Pays des cannibales » = périphrase ayant pour but de susciter la peur chez le lecteur.

- Quel autre effet de contraste avons-nous dans la phrase?

« jeunes professeurs «  s’oppose à « pays des cannibales » = effet de contraste dans le nombre : deux jeunes enseignants contre un pays tout entier.

- Peut-on dire que dès la première phrase Barthes raconte un conte pour enfant?

Il s’agit d’une histoire. Nous comprenons les motivations des acteurs + la peinture, faire de la peinture + manger l’homme « pays de cannibales ».

2 -

Que traduit le terme « très vaguement »?

Cela traduit l’exotisme.

« Dans une contrée située d’ailleurs très vaguement ».

3 -

Relevez une périphrase antonomase

‘Le pays des nègres rouges » pour désigner l’Afrique. Connotation romanesque = « sorte de lieu romanesque dont on atténue sans en voir l’air les caractères trop réels. « 

4 -

A qui Bichon est-il assimilé?

A Parsifal : personnage d’un opéra de Wagner, opéra inspiré du roman de Chrétien de Troyes : Perceval.

II -

La science contre le roman bourgeois

B -

Le sens du roman

1 -

Expliquez « l’opération Bichon »

Cette expression a une connotation militaire, une dimension colonialiste qui engage le sens du conte mais quel est-il ?

- Le sens du conte :

« Le monde des nègres synecdoque

Contraste de valeurs entre les blancs et les nègres.

« L’astuce profonde de l’opération Bichon, c’est de donner à voir le monde des nègres par les yeux de l’enfant blanc ».

- Quel est l’effet rendu?

Deux occurrences de « guignol ».

Morale = « l’Afrique est un guignol un peu dangereux ».

« Tout y a évidemment l’apparence d’un guignol »

- Contre qui Barthes lutte t’-il?

Le sens commun : la doxa

= le mythe du petit bourgeois.

2 -

La critique du sens commun est-elle présente dans tout le texte? Relevez toutes les phrases et expressions représentatives de ce sens commun.

« Match raconte une histoire qui en dit long »

« Mythe du petit bourgeois »

« civilisation scoute »

« Lieu commun de toutes les bonnes histoires d’Afrique »

« L’opération Bichon »

« Voilà le lecteur de Match confirmé dans sa vision infantile »

3 -

A quoi le mythe du petit bourgeois est-il associé?

A l’impuissance d’imaginer autrui.

« Donner à voir le monde nègre par les yeux de l’enfant blanc… voilà le lecteur match confirmé dans sa vision infantile, installé un peu plus dans cette impuissance à imaginer à autrui ».

L’article repose sur le rapprochement à Bichon et au nègre, objet bizarre.

II -

La  science contre le roman bourgeois

C -

L’éloge de l’ethnologie

1 -

Quel est le but de la science?

« Mettre en regard » = contraste

« Le fait nègre » = positivisme

La science se donne pour but de montrer les mythes Durkheim.

2 -

Relevez les expressions caractéristiques de la dimension scientifique

« Mettre en regard les efforts des ethnologues pour démystifier le fait nègre »

« Match : un million et demi de lecteurs » = sens commun

« La science va vite et droit en son chemin mais les représentations collectives ne suivent pas »

Le sens commun s’oppose à l’ethnologue qui refuse de partir des préjugés.

3 -

Relevez les expressions qui montrent que le sens commun est asservi, victime de ses mythes.

« Voilà le lecteur de match confirmé dans sa vision infantile »

« On comprendra mieux l’une de nos servitudes majeures : le divorce accablant de la connaissance et de la mythologie ».

III -

Dialectique de l’argumentation

A -

La connivence contre la connivence

1 -

Quelle est l’argumentation de Barthes?

Il utilise les éléments qu’il critique mais il fait aussi de la mythologie.

Barthes fait de Bichon un symbole de la bourgeoisie, de la société scout.

En fait Barthes va dans le sens de ce que le lecteur pensait déjà :

« vision infantile »

« sens commun »

2 -

Barthes critique la connivence mais fait-il aussi de la connivence? Expliquez

« Parcifal »

« Daniel »

« Belle et la bête »

« Petit bourgeois » : vocabulaire marxiste

Il critique la connivence du sens commun mais il relance le sens commun marxiste structuraliste des années 50.

III -

Dialectique de l’argumentation

B -

La généralisation contre la généralisation

1 -

Roland Barthes généralise t’-il?

Oui, Bichon représente les blancs / (allégorie, symbole).

Barthes démystifie  ce qui repose sur la généralisation.

Il généralise : il reprend un article de Paris Match et dit que cela vaut pour le bourgeois en général.

« Match raconte une histoire qui en dit long sur le mythe du petit bourgeois ».

2 -

Est-ce correct d’un point de vue épistémologique de généraliser sur la base d’un seul fait?

Non, Barthes se justifie en disant : « Match, un million et demi de lecteurs environ ».

III -

Dialectique de l’argumentation

C -

L’Occident contre l’Occident

1 -

Quelle est la position de Barthes contre l’Occident?

Il s’insurge contre l’Occident mais il est de l’Occident.

Il s’insurge contre les bourgeois mais il en est représentant car il a travaillé dans les institutions, il a publié dans la presse.

2 -

Quelle position Voltaire et Montesquieu auraient-ils?

Le petit bourgeois adhère à la mentalité pré-voltairienne.

Voltaire ou Montesquieu ne revendiqueraient pas la position de Match mais au contraire procèderaient à une critique du racisme de l’Occident. Bichon serait le méchant de l’Occident.

DNBAC

Lecture du texte : Les Romains au cinéma

Dans le Jules César de Mankiewicz, tous les personnages ont une frange de cheveux sur le front. Les uns l'ont frisée, d'autres filiforme, d'autres huppée, d'autres huilée, tous l'ont bien peignée, et les chauves ne sont pas admis, bien que l'Histoire romaine en ait fourni un bon nombre. Ceux qui ont peu de cheveux n'ont pas été quittes à si bon compte, et le coiffeur, artisan principal du film, a su toujours leur soutirer une dernière mèche, qui a rejoint elle aussi le bord du front, de ces fronts romains, dont l'exiguïté a de tous temps signalé un mélange spécifique de droit, de vertu et de conquête. Qu'est-ce donc qui est attaché à ces franges obstinées ? Tout simplement l'affiche de la Romanité. On voit donc opérer ici à découvert le ressort capital du spectacle, qui est le signe. La mèche frontale inonde d'évidence, nul ne peut douter d'être à Rome, autrefois. Et cette certitude est continue : les acteurs parlent, agissent, se torturent, débattent des questions « universelles » sans rien perdre, grâce à ce petit drapeau étendu sur le front, de leur vraisemblance historique : leur généralité peut même s'enfler en toute sécurité, traverser l'Océan et les siècles, rejoindre la binette yankee des figurants d'Hollywood, peu importe, tout le monde est rassuré, installé dans la tranquille certitude d'un univers sans duplicité, où les Romains sont romains par le plus lisible des signes, le cheveu sur le front. Un Français, aux yeux de qui les visages américains gardent encore quelque chose d'exotique, juge comique le mélange de ces morphologies de gangsters-shérifs, et de la petite frange romaine : c'est plutôt un excellent gag de music-hall. C'est que, pour nous, le signe fonctionne avec excès, il se discrédite en laissant apparaître sa finalité. Mais cette même frange amenée sur le seul front naturellement latin du film, celui de Marlon Brando, nous en impose sans nous faire rire, et il n'est pas exclu qu'une part du succès européen de cet acteur soit due à l'intégration parfaite de la capillarité romaine dans la morphologie générale du personnage. A l'opposé, Jules César est incroyable, avec sa bouille d'avocat anglo-saxon déjà rodée par mille seconds rôles policiers ou comiques, lui dont le crâne bonasse est péniblement ratissé par une mèche de coiffeur. Dans l'ordre des significations capillaires, voici un sous-signe, celui des surprises nocturnes: Portia et Calpurnia, éveillées en pleine nuit, ont les cheveux ostensiblement négligés ; la première, plus jeune, a le désordre flottant, c'est-à-dire que l'absence d'apprêt y est en quelque sorte au premier degré ; la seconde, mûre, présente une faiblesse plus travaillée : une natte contourne le cou et revient par-devant l'épaule droite, de façon à imposer le signe traditionnel du désordre, qui est l'asymétrie. Mais ces signes sont à la fois excessifs et dérisoires : ils postulent un " naturel " qu'ils n'ont même pas le courage d'honorer jusqu'au bout : ils ne sont pas c francs ". Autre signe de ce Jules César : tous les visages suent sans discontinuer: hommes du peuple, soldats, conspirateurs, tous baignent leurs traits austères et crispés dans un suintement abondant (de vaseline). Et les gros plans sont si fréquents, que, de toute évidence, la sueur est ici un attribut intentionnel. Comme la frange romaine ou la natte nocturne, la sueur est, elle aussi, un signe. De quoi ? de la moralité. Tout le monde sue parce que tout le monde débat quelque chose en lui-même ; nous sommes censés être ici dans le lieu d'une vertu qui se travaille horriblement, c'est-à-dire dans le lieu même de la tragédie, et c'est la sueur qui a charge d'en rendre compte : le peuple, traumatisé par la mort de César, puis par les arguments de Marc-Antoine, le peuple sue, combinant économiquement, dans ce seul signe, l'intensité de son émotion et le caractère fruste de sa condition. Et les hommes vertueux, Brutus, Cassius, Casca, ne cessent eux aussi de transpirer, témoignant par là de l'énorme travail physiologique qu'opère en eux la vertu qui va accoucher d'un crime. Suer, c'est penser (ce qui repose évidemment sur le postulat, bien propre à un peuple d'hommes d'affaires, que : penser est une opération violente, cataclysmique, dont la sueur est le moindre signe). Dans tout le film, un seul homme ne sue pas, reste glabre, mou, étanche: César. Évidemment, César. objet du crime, reste sec, car lui, il ne sait pas, il ne pense pas, il doit garder le grain net, solitaire et poli d'une pièce à conviction. Ici encore, le signe est ambigu : il reste à la surface mais ne renonce pas pour autant à se faire passer pour une profondeur ; il veut faire comprendre (ce qui est louable), mais se donne en même temps pour spontané (ce qui est triché), il se déclare à la fois intentionnel et irrépressible, artificiel et naturel, produit et trouvé. Ceci peut nous introduire à une morale du signe. Le signe ne devrait se donner que sous deux formes extrêmes : ou franchement intellectuel, réduit par sa distance à une algèbre, comme dans le théâtre chinois, où un drapeau signifie totalement un régiment ; ou profondément enraciné, inventé en quelque sorte à chaque fois, livrant une face interne et secrète, signal d'un moment et non plus d'un concept (c'est alors, par exemple, l'art de Stanislavski). Mais le signe intermédiaire (la frange de la romanité ou la transpiration de la pensée) dénonce un spectacle dégradé, qui craint autant la vérité naïve que l'artifice total. Car s'il est heureux qu'un spectacle soit fait pour rendre le monde plus clair, il y a une duplicité coupable à confondre le signe et le signifié. Et c'est une duplicité propre au spectacle bourgeois : entre le signe intellectuel et le signe viscéral, cet art dispose hypocritement un signe bâtard, à la fois elliptique et prétentieux, qu'il baptise du nom pompeux de " naturel ».

 

Questionnaire sur le texte, les Romains au cinéma

*** Questions en fonction des axes proposés

Plan possible pour une lecture analytique.

  • I - Une critique de film
  • A - les images des films
  • B - Les genres des films
  • C - Intrigue du texte et intrigue du film
  • II - Critique des signes
  • A - Une sémiotique originale
  • B - Au kitsch
  • C - Une sémiotique incongrue
  • III -  Moralisme et appréciation morale
  • A - Moralisme et dénonciation de l’hypocrisie
  • B - Appréciation morale des signes
  • C - La bourgeoisie comme naturalisation

 

Problématique proposée pour un oral

  • En quoi ce texte de Roland Barthes, Les Romains au cinéma, est-il une triple critique, de film, des signes et morale?

Conseils pour l’introduction :

  • Présenter Roland Barthes en quelques lignes ainsi que son œuvre
  • Annoncer la problématique
  • Annoncer le plan

 

Questions et notes introductives :

1 -

Comment la réflexion s’organise t’-elle dans les Romains au cinéma?

Réflexion autour de la moralité des signes. A travers une apparente critique de film, il y a une critique des signes qui a une connotation morale.

Les signes ne sont ni naturels,  ni intellectuels mais un entre deux du nom de « spectacle ».

2 -

Que peut-on dire sur le titre?

Ironie - paradoxe et clin d’œil

 

Questions sur le texte en fonction des axes proposés

I -

Une critique de film

A

Les images des films

1 -

Premier signe : la frange.

Quelle figure de style avons-nous?

Synecdoque.

Quel est l’effet voulu?

Focalisation sur le détail, la frange, symbole de la romanité.

Synecdoque : représentation d’une chose par sa caractéristique.

2 -

Cette façon d’évoquer les Romains est-elle respectueuse?

Non car elle ne respecte pas les intentions du réalisateur

3 -

Peut-on parler d’isotopie de la coiffure? Pourquoi?

Oui, nous pouvons parler d’isotopie (redondance d’éléments dans un texte permettant de le comprendre - Définition en sémantique - sémiologie).

Repérez l’accumulation d’attributs des franges dans le texte.

4 -

Quels sont en dehors de la frange les deux autres signes du texte?

- Nattes de Portia, épouse de Brutus et Calpurnia, épouse de César

- La sueur.

5 -

Y a t’-il un déplacement transgressif par rapport au personnage habituel?

Oui, César _ Portia _ Calluna _ Marc Antoine _ Brutus

6 -

Y a t’-il une transgression des frontières narratives?

Marc Antoine _ Marlon Brando

7 -

A quel cinéaste Roland Barthes fait-il allusion?

Le limier de Mankiewicz

(film britannique réalisé par Mankiewicz en 1972)

8 -

A quelle icône fait-il référence? A quel mythe vivant?

Marlon Brando

9 -

Fait-il plus allusion au travail du coiffeur ou du cinéaste?

Il parle plus du travail du coiffeur. On a un paradoxe. Le ton est ironique.

10-

La frange est-elle devenue le signe de reconnaissance universelle?

Oui, la frange donne la vraisemblance historique, permet de traverser les siècles et « rejoindre la binette yankee des figurants d’Hollywood ».

Rappels : les personnages

  • Jules César : général, homme politique et écrivain romain. 100 avant JC
  • Portia : femme de Brutus
  • Calpurnia : épouse de César
  • Brutus : sénateur romain. Assassin de Jules César. César était alors nommé dictateur à vie.
  • Cassius : Co-meurtrier de Jules César
  • Casca : Co-meurtrier de Jules César.
  • Marc Antoine : homme politique romain qui participa avec Jules César à la guerre des Gaules. Après l’assassinat de César, il se retrouve seul à la tête de la République.

I -

B

Les genres des films

  • Rappels : Définitions
  • Signifié : représentation mentale du concept associé au signe (selon Saussure - linguistique). Le signifié désigne le concept : la représentation mentale d’une chose.
  • Signifiant : la représentation mentale de la forme et de l’aspect matériel du signe. Image acoustique d’un mot.
  • Il y a donc le signifié d’un signe ( qui se trouve dans un dictionnaire ) : dénotation du signe et significations connotatives liées au contexte.

1 -

Quels sont les différents genres auxquels Roland Barthes fait allusion?

Le peplum : film des années 60 sur l’antiquité

Films de gangsters et de shérifs

Films d’Hollywood

2 -

Quelles sont les différences entre ces genres de films?

Différences dans les signifiés mais les signifiants sont les mêmes.

3-

Quelle perception Barthes donne t’-il au lecteur d’Hollywood et du peplum?

Dérision : il rit au dépend d’Hollywood et trouve le peplum comique.

Citez le texte pour justifier votre réponse.

- « rejoindre la binette yankee des figurants d’Hollywood… tout le monde est rassuré, tranquille certitude d’un univers sans duplicité où les Romains sont romains par le plus lisible des signes, le cheveu sur le front ».

« Mélange de ces morphologies de gangsters shérifs et de la petite frange romaine : un excellent gag de music hall ».

Les trois premières phrases donnent un ton comique au peplum. On en trouve aussi des manifestions dans les paragraphes suivants

I -

C

Intrigue du texte et intrigue du film

1 -

Est-ce une réelle critique de film? Justifiez votre réponse

Non ; un critique de film a une fonction incitative. Il s’agit de donner envie au spectateur en donnant des éléments d’intrigue.

Ici Roland Barthes n’en donne pas.

Il y a juste une mise en intrigue sous forme d’un questionnement qui ressemble à une enquête.

Le titre est déjà évocateur car il s’apparente à une énigme.

Il faut trouver ce qui se rattache à ces franges.

2 -

De quelle intrigue s’agit-il? Quelle en est la nature?

C’est une critique sémiotique : portée morale du texte.

Signifiants :

- Franges

- Sueur

Signifiés :

- Romanité

- Moralité

3 -

Cette intrigue sémiotique met-elle en évidence un certain contraste entre le comique et le parodique?

Oui, contraste encore renforcé par son aspect surprenant et inattendu.

4 -

La marche énonciatrice du texte relève t’-elle de la dialectique?

Oui, il s’agit de trouver une synthèse entre deux positions.

Le moralisme du texte repose sur les connecteurs logiques (mais, car, et), un travail sur le signe, un vocabulaire lié à la linguistique, une marche énonciative qui relève de la dialectique.

mythologies

 

II -

Critique de films

A -

Une sémiotique originale

1 -

A quoi la sémiotique est-elle rattachée?

A la linguistique : science du lange inventée par Saussure : langue des signes.

Distinctions entre la parole, les signes entrent en contact et la langue, un système de signes.

Qu’est-ce qui est donc attaché à ces franges?

Franges = signifiant

La romanité = signifié

Il pose une question et y répond

2 -

Etudiez l’isotopie du signe.

- sémiotique de la frange : frange/romanité : signe bâtard

- sémiotique de la sueur : sueur/moralité : signe bâtard

- sémiotique du signe : signes bâtards/ petite bourgeoisie

II -

B

Au kitsch

1 -

Montrez que la critique des signes est rattachée au kitsch

Il y a une sémiotique du kitsch qui révèle les goûts d’une classe sociale (Adorno)

2 -

Quel est le symbole du kitsch?

Le péplum : il y a une reconstitution de mauvais goût qui est sur esthétisée.

Le kitsch :  le mauvais goût petit bourgeois.

3 -

Relevez la phrase du texte qui caractérise le kitsch comme pompeux

« Et c’est une duplicité propre au spectacle de bourgeois : entre le signe intellectuel et le signe viscéral, cet art dispose hypocritement un signe bâtard, à la fois elliptique et prétentieux, qu’il baptise du nom pompeux de « naturel » ».

Le kitsch pompeux : ce qui n’est pas naturel mais prétend l’être.

II -

C

Une sémiotique incongrue

1 -

Montrez l’aspect incongru de l’isotopie de la frange

L’ironie du texte domine dès la première phrase avec la focalisation sur les franges et la chute comique sur les chauves.

Aspect renforcé par l’antiphrase et l’antonomase :

« le coiffeur, artisan principal du film »

« Et les chauves ne sont pas admis… »

2 -

L’isotopie de la sueur est-elle incongrue?

Oui, à cause de l’objet. Incongru dans le cadre d’une sémiotique.

3 -

Relevez la phrase caractéristique du polyptote de la sueur et se son traitement poétique

« Tous les visages suent sans discontinuer : hommes du peuple, soldats, conspirateurs, tous baignent leurs traits austères et crispés dans un suintement abondant (de vaseline). »

= allitération en « S »

= hyperbole du caractère liquide de la sueur : effet ridicule

= polyptote : répétition de plusieurs termes : figure de style

4 -

Relevez la phrase caractéristique de la parodie du cogito ergo sum cartésien

« Suer c’est penser » : c’est une parodie bourgeoise du cogito

 

III -

Moralisme et appréciation morale

A -

Moralisme et dénonciation de l’hypocrisie

1 -

Qu’est-ce que le moralisme?

Mouvement du 18ème siècle caractérisé par La Bruyère par exemple. Critique de la vanité et de l’amour propre, étude des vertus et des vices….

Il est lié au jansénisme qui a pour but de dénoncer les vices de la société.

2 -

Montrez qu’il y a une dénonciation de l’hypocrisie

Il y a une isotopie de la critique morale.

Dans le premier paragraphe il y a l’idée de vertu

« De vertu et de conquête »

« La sueur est le signe de la moralité »

Dans le dernier paragraphe, on a l’idée d’un signe bâtard : un hybride.

On a donc une parallélisme entre « le louable et le « triché » ».

III -

B -

Appréciation morale des signes

1 -

Etudiez l’appréciation morale des signes

Roland Barthes retrouve la structure de l’hypocrisie

Il y a des signes moraux et immoraux.

Morale du signe : oxymorique car le sémiologue ne porte pas de jugement de valeur.

Il y a deux formes extrêmes du signe :

« Comme dans le théâtre chinois où un drapeau signifie totalement un régiment »

- Ou le signe est intellectuel

- Ou le signe est artificiel

Dans ce cas, il ne renvoie plus à un concept mais il exemplifie : exemple avec Stanislavski.

(Metteur en scène de théâtre Russe : il demandait à ses comédiens de tellement se mettre dans la peau du personnage qu’ils devenaient le personnage.

Le signe n’est presque plus un signe.

2 -

Qu’est-ce que le signe intermédiaire?

Le signe intermédiaire : la frange de la romanité ou la transpiration de la pensée, dénonce un spectacle dégradé.

Le spectacle dégradé est un signe bâtard : conventionnel mais il veut faire naturel.

III -

C -

La bourgeoisie comme naturalisation

1 -

Que signifie la bourgeoisie : naturaliser les conventions

Nous savons que le spectacle dégradé est un signe bâtard qui veut faire naturel mais est conventionnel.

Théâtre chinois : artifice total

Stanislavski : vérité naïve

Nous avons un chiasme cassé par le signe bâtard.

« Duplicité propre au spectacle bourgeois ».

« Cet art dispose hypocritement un signe bâtard, à la fois elliptique et prétentieux qu’il baptise du nom pompeux de naturel »

Le réalisme est une convention qui veut faire naturel

Bourgeoisie : naturaliser les conventions

Conseils pour la conclusion :

- Synthèse du commentaire dans le respect des axes du plan

- Ouverture

Notes pour la conclusion

L’analyse mythologique est donc un dévoilement, une démystification.

L’a priori de Barthes est que l’usage social qui s’ajoute à la matière est orienté par les valeurs de la société bourgeoise. L’objectif est scientifique car il s’agit de  proposer une réflexion sur l’opposition et sur l’articulation entre nature et culture.

Il faut réfléchir au recouvrement de la nature par la culture.

DNBAC

 

Lecture du texte :

Mythologies de Roland Barthes
Saponides et détergents

« Le premier Congrès Mondial de la Détergence (Paris, septembre 1954) a autorisé le monde à se laisser aller à l’euphorie d’Omo : non seulement les produits détergents n’ont aucune action nocive sur la peau, mais même ils peuvent peut-être sauver les mineurs de la silicose. Or ces produits sont depuis quelques années l’objet d’une publicité si massive, qu’ils font aujourd’hui partie de celle de la vie quotidienne des Français, où les psychanalyses, si elles se tenaient à jour, devraient bien porter un peu leur regard. On pourrait alors utilement opposer à la psychanalyse des liquides purificateurs (Javel), celle des poudres saponidées (Lux, Persil) ou détergentes (Rai, Paic, Crio, Omo). Les rapports du remède et du mal, du produit et de la saleté sont très différents dans l’un ou l’autre cas.

Par exemple, les eaux de Javel ont toujours été senties comme une sorte de feu liquide dont l’action doit être soigneusement mesurée faute de quoi l’objet lui-même est atteint, « brûlé » ; la légende implicite de ce genre de produits repose sur l’idée d’une modification violente, abrasive de la matière : les répondants sont d’ordre chimique ou abrasif de la matière : le produit « tue » la saleté. Au contraire les poudres sont des éléments séparateurs ; leur rôle idéal est de libérer l’objet de son imperfection circonstancielle : on « chasse » la saleté, on ne la tue plus ; dans l’imagerie Omo, la saleté est un petit ennemi malingre et noir qui s’enfuit à toutes jambes du beau linge pur, rien qu’à la menace du jugement d’Omo. Les chlores et les ammoniaques sont sans aucun doute les délégués d’une sorte de feu total, sauveur mais aveugle ; les poudres sont au contraire sélectives, elles poussent, conduisent la saleté à travers la trame de l’objet, elles ont une fonction de police, non de guerre. Cette distinction a ses répondants ethnographiques : le liquide chimique prolonge le geste de la lavandière battant son linge, et les poudres remplacent plutôt celui de la ménagère pressant et roulant la lessive le long du lavoir incliné.

Mais dans l’ordre même des poudres, il faut encore opposer à la publicité psychologique, la publicité psychanalytique (j’entends ce mot sans y attacher une signification d’école particulière). Par exemple, la Blancheur Persil fonde son prestige sur l’évidence d’un résultat ; on met en mouvement la vanité, le paraître social, en donnant à comparer deux objets dont l’un est plus blanc que l’autre. La publicité Omo indique aussi l’effet du produit (sous une forme d’ailleurs superlative), mais surtout découvre le procès de son action ; elle engage ainsi le consommateur dans une sorte de mode vécu de la substance, le rend complice d’une délivrance et non plus seulement bénéficiaire d’un résultat ; la matière est ici pourvue d’états-valeurs.

Omo en utilise deux, assez nouveaux dans l’ordre des détergents : le profond et le mousseux. Dire qu’Omo nettoie en profondeur (voir la saynète du Cinéma-Publicité), c’est supposer que le linge est profond, magnifier, l’établir comme un objet flatteur à ces obscures poussées d’enveloppement et de caresse qui sont dans tout corps humain. Quant à la mousse, sa signification de luxe est bien connue : d’abord, elle a une apparence d’inutilité ; ensuite sa prolifération abondante, facile, infinie presque, laisse supposer dans la substance dont elle sort, un germe vigoureux, une essence saine et puissante, une grande richesse d’élément actifs sous un petit volume originel ; enfin elle flatte chez le consommateur une imagination aérienne de la matière, un mode de contact à la fois léger et vertical, poursuivi comme un bonheur aussi bien dans l’ordre gustatif (foies gras, entremets, vins) que dans celui des vêtement (mousselines, tulles) et dans celui des savons (vedette prenant son bain). La mousse peut même être signe d’une certaine spiritualité, dans la mesure où l’esprit est réputé pouvoir tirer tout de rien, une grande surface d’effets d’un petit volume de causes (les crèmes ont une tout autre psychanalyse, d’ordre sopitif : elles abolissent les rides, la douleur, le feu, etc.). L’important, c’est d’avoir su masquer la fonction abrasive de détergent sous l’image délicieuse d’une substance à la fois profonde et aérienne qui peut régir l’ordre moléculaire du tissu sans l’attaquer. Euphorie qui ne doit d’ailleurs pas faire oublier qu’il y a un plan où Persil et Omo, c’est tout comme : le plan du trust anglo-hollandais Unilever. »

Roland Barthes, Mythologies, Seuil, Paris, 1957

 

 Saponides et détergents

Plan possible pour un commentaire :

  • I - La psychanalyse de la lessive
  • 1 - Bachelard
  • 2 - Freud
  • 3 - Unilever
  • II - Poétique de la mythologie
  • 1 - Taxinomie
  • 2 - Amalgame
  • 3 - Pince sans rire
  • III - Politique du capitalisme
  • 1 - La superstructure
  • 2 - L’aliénation - Ethnologie
  • 3 - Le capital

 

Problématique :

Comment la psychanalyse de la lessive présentée sous la forme de mythologies aboutit-elle à une critique du capitalisme?

Conseils pour l’introduction :

  • Présenter Roland Barthes en quelques lignes ainsi que son œuvre
  • Annoncer la problématique
  • Annoncer le plan

Questions et notes introductives :

Notes introductives :

Psychanalyse : thérapies : les maux par les mots par l’intermédiaire d’un thérapeute qui sonde l’inconscient de ses patients /Conscient et inconscient.

Conscience = le moi

Surmoi = Instance morale dans laquelle sont intériorisés tous les interdits moraux

L’inconscient fait partie du psychisme depuis Freud. C’est le réservoir des pulsions refoulées : avoir accès à l’inconscient en interprétant les symptômes, c’est l’interprétation des signes.

I -

La psychanalyse de la lessive

1 -

Bachelard

1 -

Qui était Bachelard?

Gaston Bachelard, 1884 - 1962, est un philosophe français des sciences et de la poésie.

Il invente la psychanalyse de la connaissance objective. Il réinterprète les conceptions freudiennes de la psychanalyse, inconscient, censure, rêve, libido. Il est l’auteur de la psychanalyse du feu, l’eau et les rêves

2 -

Comment Bachelard perçoit-il la matière?

Paradoxe mis en avant par Bachelard : les poudres n’ont pas d’esprit. L’idée que la matière soit capable de valeur est paradoxale. Bachelard essaye de trouver la valeur des objets.

3 -

Peut-on faire une analogie avec Barthes?

Oui, Barthes interprète les valeurs. Il y a une mise en équivalence d’une matière et d’une valeur attachée par connotation à certains états.

Ex : il interprète les connotations de la mousse : luxueuse, facile, saine, riche, efficace.

4 -

Relevez la phrase représentative des connotations de la mousse

« Quant à la mousse, sa signification de luxe est bien connue : apparence d’inutilité, prolifération abondante, facile, infinie….. Essence saine et puissante, une grande richesse…. »

Le vocabulaire est riche en adjectifs mélioratifs.

I -

La psychanalyse de la lessive

2 -

Freud

1 -

Quelle analogie peut-on faire avec Freud?  Citez pour  justifier votre réponse

Freud : volonté d’interpréter les symptômes de l’inconscient.

Barthes : tente d’expliciter l’implicite autour de nous, il y a de l’idéologie

Inconscient = inconscient collectif bourgeois.

Il s’agit de retrouver la structure inconsciente, spirituelle de la publicité des signes.

« Il faut encore opposer à la publicité psychologique, la publicité psychanalytique ( j’entends ce mot sans y attacher une signification d’école particulière) »

2 -

Peut-on parler d’isotopie de l’esprit?

Isotopie : redondance d’éléments dans un texte permettant de le comprendre.

Oui, il y a isotopie de l’esprit.

I -

La psychanalyse de la lessive

3 -

Unilever

1 -

Peut-on parler de psychanalyse de « savons »?

Oui, car ils lavent : fonction cathartique (analogie à la poétique d’Aristote : le théâtre nous purge de nos mauvaises envies).

2 -

En quel sens et à quels niveaux retrouvons-nous la psychanalyse de Freud?

- Au niveau herméneutique : interprétation

- Au niveau thérapeutique : soigner : laver

3 -

De quel ordre la psychanalyse de la crème est-il?

« Les crèmes ont une tout autre psychanalyse d’ordre sopitif »

Sopitif : calmant. C’est un néologisme.

Elles sont l’agent de la psychanalyse. La lessive prétend purger le linge de ses imperfections.

II -

Poétique de la mythologie

1 -

Taxinomie

1 -

En quel sens pouvons-nous parler de taxinomie?

Barthes essaye de donner une interprétation au sens freudien : effet cathartique des lessives

On passe de l’herméneutique à la cathartique.

2 -

Quelle définition donner à la taxinomie?

C’est la science du classement

Ex -

Liquides purificateurs (javel)

Poudres saponidées (persil)

Poudres détergentes ( omo)

II -

Poétique de la mythologie

2 -

Amalgame

1 -

Donnez quelques exemples d’amalgames et proposez une définition du terme

Amalgame : regrouper deux choses qui ne sont pas les mêmes

Psychanalyse + savons = amalgame

Lessive + politique = amalgame

2 -

L’imaginaire politique est-il présent dans les publicités?

Oui, on peut parler d’isotopie de la politique

3 -

Y a t’-il un amalgame avec la morale?

A - Les moralistes = vanité

« Par exemple, la blancheur persil fonde son prestige sur l’évidence d’un résultat : on met en mouvement la vanité, le paraître social en donnant à comparer deux objets dont l’un est plus blanc que l’autre »

B - Les états valeurs = la matière est pourvue d’états valeurs

« Omo utilise deux états valeurs : le profond et le mousseux »

C - Relevez une antithèse caractéristique des états de valeurs

« Un objet flatteur à ces obscures poussées ».

D- Relevez une accumulation :

« Prolifération abondante, facile, infinie »

E - Relevez une polyptote et proposez-en une définition

Polyptote : répétition de plusieurs termes de même racine

« Un objet flatteur », « elle flatte »

4 -

Cette taxinomie rationnelle fait-elle place à un amalgame perpétuel?

Oui, on le voit dans le quatrième paragraphe. Barthes manie différentes dimensions. Il y a un performatif de l’amalgame.

5 -

Quelles sont les trois dimensions de l’amalgame mises en avant?

- Courte histoire de la mousse

- Des connecteurs logiques « ensuite », « enfin », au service de la thèse que la mousse est luxueuse

- Aspect économique : société + consommation alimentaire, vestimentaire

= dépassement

II -

Poétique de la mythologie

3 -

Pince sans rire

1 -

En quoi Barthes est-il un pince sans rire?

Il est comme quelqu’un qui fait des blagues avec un rire sérieux. Ce texte est sérieux mais il fait la psychanalyse de la lessive.

2 -

Quelles phrases du texte traduisent l’euphorie?

La première et la dernière.

La dernière phrase fait écho à la première.

Elles marquent l’euphorie.

3 -

Montrez à quel niveau se situe la moquerie

Barthes se moque en utilisant le vocabulaire soviétique.

Cela ressemble à une blague communiste. Nous comprenons que l’imagerie soviétique est au service du capitalisme.

Dans ce paradoxe se traduit l’humour de Barthes car derrière les apparences soviétiques c’est l’Amérique qui en profite.

4 -

L’ironie : comment est-elle mise en avant?

Il dit le contraire de ce qu’il pense. Le discours indirect libre lui permet de faire comme si c’était la publicité.

III -

Politique du capitalisme

1 -

La superstructure

1 -

Comment le lecteur perçoit-il la superstructure? Donnez-en une définition

Selon Marx, la superstructure = idéologie : ensemble de discours qui légitiment l’exploitation.

L’infrastructure = rapport économique réel d’exploitation. La société repose sur l’exploitation d’une classe.

2 -

Que comprenons-nous en tant que lecteur?

Que masque le discours de la pub?

Le discours de la pub est une idéologie qui masque l’exploitation.

= Fond de l’idéologie

Superstructure de la violence purificatrice.

III -

Politique du capitalisme

2 -

L’aliénation - Ethnologie

1 -

Montrez que Roland Barthes refait le travail de Strauss en mettant en évidence une différence ethnographique entre le liquide et les poudres.

Liquides :

Superstructure : feu - guerre

Ethnographie : geste de la lavandière battant son linge

=  Violence

Poudres :

Superstructure : épuration, police = Imaginaire raciste (blanc/noir)

Ethnographie : geste de la ménagère pressant et roulant la lessive le long du lavoir.

= Tri

On peut parler du structuralisme des sociétés.

III -

Politique du capitalisme

3 -

Le capital

1 -

Par quel syllepse le capitalisme est-il évoqué à la fin du texte?

Proposez une définition de syllepse

Syllepse = figure de style par laquelle le discours répond à notre pensée plutôt qu’aux règles grammaticales.

L’anglicisme  =  Trust

2  -

Derrière les distinctions, la pluralité des messages, peut-on parler d’une unité d’un conglomérat capitaliste?

Oui, il y a un contraste entre l’idéologie : imaginaire contenu dans  les pubs que Barthes décrypte la multiplicité des produits et les intérêts réels du même conglomérat capitaliste

3 -

En ce sens pouvons-nous parler d’une déconstruction politique?

Oui, il montre le masque des oppresseurs.

Conseils pour la conclusion :

- Synthèse du commentaire dans le respect des axes du plan

- Ouverture

Dossier conclusion / ouverture

Comment la lecture d’œuvres littéraires permet-elle de s’interroger sur le rapport de l’homme au monde ?

La littérature permet-elle de mettre en question la société de consommation?

Dans l’extrait de Mythologies, Saponides et détergents, Roland Barthes retrace le mythe de la société de consommation : les produits de nettoyage.

Il met en évidence un mythe contemporain avec humour, ironie et en utilisant les jargons scientifiques. Il fait ainsi valoir le mythe de la pureté et son imaginaire de la violence qui est en fait le décryptage du langage publicitaire.

Dans les Romains au cinéma :

L’analyse mythologique est  un dévoilement, une démystification.

L’a priori de Barthes est que l’usage social qui s’ajoute à la matière est orienté par les valeurs de la société bourgeoise. L’objectif est scientifique car il s’agit de proposer une réflexion sur l’opposition et sur l’articulation entre nature et culture.

Il faut réfléchir au recouvrement de la nature par la culture.

Dans Saponides et détergents :

Il y a une dénonciation d’une mythologie petite bourgeoise qui veut et cherche à tout prix à imposer ses normes comme valeurs universelles.  C’est un texte critique de l’exploitation de l’idéologie des hommes dans le but de faire un profit.

DNBAC

 

Mythologies, Roland Barthes

Etude d'un mythe : commentaire et oral EAF

La nouvelle Citroen

 

La nouvelle Citroën,
extrait de Mythologies
de Roland Barthes.

Lecture du texte

Je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique.
La nouvelle Citroën tombe manifestement du ciel dans la mesure où elle se présente d’abord comme un objet superlatif. Il ne faut pas oublier que l’objet est le meilleur messager de la surnature: il y a facilement dans l’objet, à la fois une perfection et une absence d’origine, une clôture et une brillance, une transformation de la vie en matière (la matière est bien plus magique que la vie), et pour tout dire un silence qui appartient à l’ordre du merveilleux. La «Déesse» a tous les caractères (du moins le public commence-t-il par les lui prêter unanimement) d’un de ces objets descendus d’un autre univers, qui ont alimenté la néomanie du XVIIIe siècle et celle de notre science-fiction: la Déesse est d’abord un nouveau Nautilus.
C’est pourquoi on s’intéresse moins en elle à la substance qu’à ses joints. On sait que le lisse est toujours un attribut de la perfection parce que son contraire trahit une opération technique et tout humaine d’ajustement: la tunique du Christ était sans couture, comme les aéronefs de la science-fiction sont d’un métal sans relais. La DS 19 ne prétend pas au pur nappé, quoique sa forme générale soit très enveloppée; pourtant ce sont les emboîtements de ses plans qui intéressent le plus le public: on tâte furieusement la jonction des vitres, on passe la main dans les larges rigoles de caoutchouc qui relient la fenêtre arrière à ses entours de nickel. Il y a dans la DS l’amorce d’une nouvelle phénoménologie de l’ajustement, comme si l’on passait d’un monde d’éléments soudés à un monde d’éléments juxtaposés et qui tiennent par la seule vertu de leur forme merveilleuse, ce qui, bien entendu, est chargé d’introduire à l’idée d’une nature plus facile.
Quant à la matière elle-même, il est sûr qu’elle soutient un goût de la légèreté, au sens magique. Il y a retour à un certain aérodynamisme, nouveau pourtant dans la mesure où il est moins massif, moins tranchant, plus étale que celui des premiers temps de cette mode. La vitesse s’exprime ici dans des signes moins agressifs, moins sportifs, comme si elle passait d’une forme héroïque à une forme classique. Cette spiritualisation se lit dans l’importance, le soin et la matière des surfaces vitrées. La Déesse est visiblement exaltation de la vitre, et la tôle n’y est qu’une base. Ici, les vitres ne sont pas fenêtres, ouvertures percées dans la coque obscure, elles sont grands pans d’air et de vide, ayant le bombage étalé et la brillance des bulles de savon, la minceur dure d’une substance plus entomologique que minérale (l’insigne Citroën, l’insigne fléché, est devenu d’ailleurs insigne ailé, comme si l’on passait maintenant d’un ordre de la propulsion à un ordre du mouvement, d’un ordre du moteur à un ordre de l’organisme).
Il s’agit donc d’un art humanisé, et il se peut que la Déesse marque un changement dans la mythologie automobile. Jusqu’à présent, la voiture superlative tenait plutôt du bestiaire de la puissance; elle devient ici à la fois plus spirituelle et plus objective, et malgré certaines complaisances néomaniaques (comme le volant vide), la voici plus ménagère, mieux accordée à cette sublimation de l’ustensilité que l’on retrouve dans nos arts ménagers contemporains: le tableau de bord ressemble davantage à l’établi d’une cuisine moderne qu’à la centrale d’une usine: les minces volets de tôle mate, ondulée, les petits leviers à boule blanche, les voyants très simples, la discrétion même de la nickelerie, tout cela signifie une sorte de contrôle exercé sur le mouvement, conçu désormais comme confort plus que comme performance. On passe visiblement d’une alchimie de la vitesse à une gourmandise de la conduite.
Il semble que le public ait admirablement deviné la nouveauté des thèmes qu’on lui propose: d’abord sensible au néologisme (toute une campagne de presse le tenait en alerte depuis des années), il s’efforce très vite de réintégrer une conduite d’adaptation et d’ustensilité (« Faut s’y habituer »). Dans les halls d’exposition, la voiture témoin est visitée avec une application intense, amoureuse: c’est la grande phase tactile de la découverte, le moment où le merveilleux visuel va subir l’assaut raisonnant du toucher (car le toucher est le plus démystificateur de tous les sens, au contraire de la vue, qui est le plus magique): les tôles, les joints sont touchés, les rembourrages palpés, les sièges essayés, les portes caressées, les coussins pelotés; devant le volant, on mime la conduite avec tout le corps. L’objet est ici totalement prostitué, approprié: partie du ciel de Metropolis, la Déesse est en un quart d’heure médiatisée, accomplissant dans cet exorcisme, le mouvement même de la promotion petite-bourgeoise.

 


Roland Barthes, 1957, dans « Mythologies », extrait des Œuvres complètes I, Editions du Seuil

Commentaire et oral EAF

 

Vocabulaire : fiche

Superlatif: exagération

Surnature: qui est trop extraordinaire pour être simplement naturel

Aéronef: tout appareil capable de s’élever ou de circuler dans les airs

Nappé: recouvrir quelque chose, y adherer, en parlant d’une substance semi-liquide

Les entours: à l’entour de, autour et autres de

Vertu: chastete feminine

Aerodynamisme: forme d’un corps mobile soumis a l’influence de l’air

Etale: immobile et calme

Exaltation: état de surexcitation, euphorie

Pan: partie importante de quelque chose 

Bombage: action d’écrire quelque chose à l’aide d’une peinture à la bombe

Entomologie: relatif aux insectes

Bestiaire: ensemble de l’iconographie animalière 

Néologisme: tout mot de creation recent ou emprunte a une autre langue

Démystificateur: se dit de quelqu’un qui démystifie

Démystifier: détromper quelqu’un alors qu’il est l’objet de mystification

Exorcisme: pratique religieuse ayant pour but de chasser le démon qui a pris possession de quelqu’un 

Ustensilité: qui a la capacité à servir d’ustensiles

Metropolis: mot d’origine grec, signifiant une métropole

Nautilus: un laser (bateau) 

Néomanie: passion de la nouveauté

ETYMOLOGIE

Fétiche : du portugais feitiço ou fetisso qui signifie « artificiel », et par extension « sortilège »

Objet : du latin : objectum chose mise en avant, « ce qui est placé devant » 

Plastique : du latin plasticus, issu de grec ancien : plastikos (« relatif au modelage), dérivé du verbe plássein (« mouler », « former »)

Idée : emprunté au  latin idea, issu du grec ancien : idéa (« forme visible, aspect »)

Idéal(e) : du latin idealis (« idéal »)

Substance : du latin substantia (« être réel, réalité, existence, matière d’une chose »)

Etonnement - Etonner: du latin populaire ex-tonare (« ébranler comme par un coup de tonnerre », d’après Diez. Cependant ex-tonare est plutôt une forme romane qu’un forme latine attonare, frapper de la foudre, étonner. En italien tonare et tronare signifie étourdir.  

Enfant : du latin infantem, accusatif de infans (« qui ne parle pas »)

Adulte : du latin adultus (« qui a grandi »), dérivé du verbe adulesco, adolesco (« croitre », « grandir »)

Voiture : du latin vectura (« action de transporter »), vers 1200 veiture, dans le sens de « moyen de transport ».

Mythe : du latin mythos, lui-même emprunté au grec ancien mythos (« fable »)

Mythologie : du latin mythologia, lui-même emprunte du grec muthologia

Mythologies : Barthes et la science des signes

-Barthes introduit la notion de « sciences des signes » à travers ses mythologies

-Barthes interprète les signes qu’envoient les objets afin d’éclaircir le lecteur sur la manipulation bourgeoise des signes et l’aveuglement du lecteur

-Barthes est capable de montrer, de dévoiler les signes qui aveuglent le lecteur, dans sa capacité de sémiologue, et est toujours à la recherche du sens caché des choses

 

Introduction


Nous allons étudier une mythologie de Roland Barthes, sémiologue et critique littéraire, professeur au collège de France.  Nous étudierons la Nouvelle Citroen, texte tiré des Mythologies de Barthes dans lequel l'auteur s'emploie à démythifier la DS 19.


Problématique
En quoi ce texte est-il une mythologie ?


Annonce du plan
Dans le but de répondre à notre question, nous verrons dans un premier temps, la DS 19 comme objet signe et en quoi Roland Barthes tente de la démythifier. Enfin, pour terminer notre analyse, nous nous demanderons si Barthes parvient à faire en sorte que le lecteur « touche du doigt » la réalité de la DS 19.

Plan détaillé :

  • Introduction
  • Problématique
  • Annonce du plan
  • I - La DS 19, un objet signe
  • Une déesse
  • Un véhicule
  • Qui permet une apothéose
  • Transition
  • II - Démythification de la DS
  • L'argumentation
  • Dénonciation de la norme bourgeoise
  • Boulversement de l'ordre naturel
  • Transition
  • III - Approche de la réalité de la DS 19
  • Une critique des signes par d'autres signes
  • Une approche singulière
  • Dénonciation de la classe sociale bourgeoise et de la paresse intellectuelle
  • Conclusion
  • Ouvertures possibles

 

Commentaire littéraire

 

Consulter le dossier bac

La nouvelle citroen barthesLa nouvelle citroen barthes (350.88 Ko)

La nouvelle citroen barthes 2La nouvelle citroen barthes 2 (353.69 Ko)

 

Questionnaire EAF

 

*** Toutes les réponses sont dans le commentaire

 

I – La DS 19, un objet signe

  • 1 – une déesse
  • A quelle objet féminin la DS est-elle associée ?
  • Relevez le de mot sur le nom tout au long du texte
  • L'objet est-il érotisé ? Relevez les expressions qui le montrent en citant le texte
  • Comment la puissance et la féminité sont-elles restituées ?
  • Quelle image finale avons-nous ?
  • 2 – Un véhicule
  • Relevez le lexique du merveilleux
  • Montrez qu'il y a une opposition entre la vue et le toucher
  • Que traduit la métaphore du Nautilus ?
  • Relevez une comparaison méliorative et analysez la
  • 3 – Qui permet une apothéose
  • Relevez le lexique de l'aérien
  • Relevez le vocabulaire du religieux
  • Que traduit-il ? Peut-on parler d'une voiture qui déifie = expliquez en citant le texte
  • La voiture est-elle associée à la reconnaissance sociale ? En quoi? Relevez la phrase qui le montre

 

II – Que Barthes s'emploie à démythifier

  • 1 – Décodage grâce aux ressources de l'argumentation
  • Le discours est-il didactique ? Justifiez votre réponse en citant
  • Que souligne l'usage des deux points explicatifs, L 2, 6, 15, 17, 37, 38, 42, 45, 57, 50 ?
  • Que renforcent les parenthèses ?
  • Quelle est la thèse du début ?
  • Quelle est la thèse développée ?
  • Quelle fonction remplissent les connecteurs logiques ?
  • Le discours est-il adapté à la situation d'énonciation ? Expliquez pourquoi en citant le texte
  • 2 – Qui vise à dénoncer le langage de la Norme bourgeoise
  • Les concepteurs sont-ils identifiables ?
  • Peut-on parler de mise en scène préparée ?
  • Cela fait-il du discours, un discours imposé ?
  • Quels sont les états valeurs, les normes imposés par ce discours ? Justifiez votre réponse en citant le texte
  • Comment le discours manipule t'-il?Expliquez
  • 3 – Qui est une perturbation de la nature
  • Comment les signes se référant à la nature s'y substituent-ils ? Expliquez en citant
  • Expliquez « art humanisé »
  • La DS est-elle une rupture qui bouleverse notre conception du beau ? Quelles phrases le prouvent ?
  • Se donne t'-elle à voir comme outil ?

 

III – Barthes parvient-il à faire en sorte que le lecteur «touche du doigt » la réalité de la DS 19 ?

  • 1 – Critique des signes par d'autres signes, ceux du langage
  • Comment Barthes procède t'-il pour capter l'attention du lecteur ?
  • Que peut-on dire du style utilisé ? Justifiez votre réponse
  • Quelle approche des signes Roland Barthes suggère t'-il aux lecteurs ?
  • 2 – Légèreté et butinage
  • Que marque la répétition du verbe « passer » ? Expliquez et citez
  • Le plaisir prend t'-il le pas sur la rigueur du texte ?
  • 3 – Mépris de la classe ?
  • Comment Roland Barthes fait-il valoir l'ironie ?
  • Quel effet l'abus de l'ophorisme a t'-il sur le lecteur ?
  • En quoi peut-on parler de mépris du public ?
  • Montrez qu'en fait Barthes critique et méprise la paresse intellectuelle du consommateur, du sens commun.
  • En quoi peut-on rapprocher Barthes de Charles de Brosses à cet égard ? Les adorateurs des Dieux fétiches peuvent-ils être assimilés aux adorateurs de l'objet la DS 19 ?

 

Conclusion


Ce texte est donc une mythologie. La DS 19 est bien considérée comme un objet signe dont le but est pour Barthes la démythification car en fait il s'agit de dénoncer le langage de la norme bourgeoise. Derrière cet objet, se cache un discours qu'il faut décoder puisque des états valeur, des normes s'y cachent. L'auteur remet en question le discours bourgeois et la légèreté du préjugé, l'ennemi de l'esprit critique, la crédulité du peuple qui adore un objet qu'il considère comme magique. 

 

Ouvertures possibles

 

  1. Retrouve t'-on la même force dans l'adoration d'un objet chez Charles de Brosses avec les fétiches ?
  2. Retrouvons-nous la même dénonciation du discours bourgeois dans les Jouets de Roland Barthes ? 
  3. Ce texte est-il toujours d'actualité ? Retrouvons-nous dans notre société de consommation ce même phénomène d'adoration pour un objet comme le smartphone par exemple ?

 

 

DNBAC

Le plastique

 

Lecture du texte

 

Malgré ses noms de berger grec (Polystyrène, Phénoplaste,

Polyvinyle, Polyéthylène), le plastique, dont on vient de concentrer

les produits dans une exposition, est essentiellement une substance

alchimique. A l'entrée du stand, le public fait longuement la queue

pour voir s'accomplir l'opération magique par excellence: la

conversion de la matière ; une machine idéale, tubulée et oblongue

(forme propre à manifester le secret d'un itinéraire) tire sans effort

d'un tas de cristaux verdâtres, des vide-poches brillants et cannelés.

D'un côté la matière brute, tellurique, et de l'autre, l'objet parfait,

humain ; et entre ces deux extrêmes, rien ; rien qu'un trajet, à peine

surveillé par un employé en casquette, mi-dieu, mi-robot.

Ainsi, plus qu'une substance, le plastique est l'idée même de

sa transformation infinie, il est, comme son nom vulgaire l'indique,

l'ubiquité rendue visible ; et c'est d'ailleurs en cela qu'il

est une matière miraculeuse : le miracle est toujours une conversion

brusque de la nature. Le plastique reste tout imprégné de

cet étonnement : il est moins objet que trace d'un mouvement.

Et comme ce mouvement est ici à peu près infini, transformant

les cristaux originels en une multitude d'objets de plus en

plus surprenants, le plastique est en somme un spectacle à

déchiffrer: celui-là même de ses aboutissements. Devant

chaque forme terminale (valise, brosse, carrosserie d'auto,

jouet, étoffe, tuyau, cuvette ou papier), l'esprit ne cesse de

poser la matière primitive comme un rébus. C'est que le frégolisme

du plastique est total : il peut former aussi bien des seaux

que des bijoux. D'où un étonnement perpétuel, le songe de

l'homme devant les proliférations de la matière, devant les liaisons

qu'il surprend entre le singulier de l'origine et le pluriel

des effets. Cet étonnement est d'ailleurs heureux, puisqu'à

l'étendue des transformations, l'homme mesure sa puissance, et

que l'itinéraire même du plastique lui donne l'euphorie d'un

glissement prestigieux le long de la Nature.

Mais la rançon de cette réussite, c'est que le plastique,

sublimé comme mouvement, n'existe presque pas comme substance.

Sa constitution est négative : ni dur ni profond, il doit se

contenter d'une qualité substantielle neutre en dépit de ses avantages

utilitaires : la résistance, état qui suppose le simple suspens

d'un abandon. Dans l'ordre poétique des grandes substances,

c'est un matériau disgracié, perdu entre l'effusion des caoutchoucs

et la dureté plate du métal : il n'accomplit aucun des produits

véritables de l'ordre minéral, mousse, fibres, strates. C'est

une substance tournée : en quelque état qu'il se conduise, le plastique

garde une apparence floconneuse, quelque chose de

trouble, de crémeux et de figé, une impuissance à atteindre

jamais au lisse triomphant de la Nature. Mais ce qui le trahit le

plus, c'est le son qu'il rend, creux et plat à la fois ; son bruit le

défait, comme aussi les couleurs, car il semble ne pouvoir en

fixer que les plus chimiques : du jaune, du rouge et du vert, il ne

retient que l'état agressif, n'usant d'eux que comme d'un nom,

capable d'afficher seulement des concepts de couleurs.

La mode du plastique accuse une évolution dans le mythe du

simili. On sait que le simili est un usage historiquement bourgeois

(les premiers postiches vestimentaires datent de l'avènement

du capitalisme) ; mais jusqu'à présent, le simili a toujours

marqué de la prétention, il faisait partie d'un monde du paraître,

non de l'usage ; il visait à reproduire à moindres frais les substances

les plus rares, le diamant, la soie, la plume, la fourrure,

l'argent, toute la brillance luxueuse du monde. Le plastique en

rabat, c'est une substance ménagère. C'est la première matière

magique qui consente au prosaïsme ; mais c'est précisément

parce que ce prosaïsme lui est une raison triomphante d'exister :

pour la première fois, l'artifice vise au commun, non au rare. Et

du même coup, la fonction ancestrale de la nature est modifiée :

elle n'est plus l'Idée, la pure Substance à retrouver ou à imiter;

une matière artificielle, plus féconde que tous les gisements du

monde, va la remplacer, commander l'invention même des

formes. Un objet luxueux tient toujours à la terre, rappelle toujours

d'une façon précieuse son origine minérale ou animale, le

thème naturel dont il n'est qu'une actualité. Le plastique est

tout entier englouti dans son usage : à la limite, on inventera

des objets pour le plaisir d'en user. La hiérarchie des substances

est abolie, une seule les remplace toutes : le monde entier peut

être plastifié, et la vie elle-même, puisque, paraît-il, on commence

à fabriquer des aortes en plastique.

 

Roland Barthes, Mythologie ; « Le plastique »

Introduction :

Selon la définition retenue par Wikipedia, le mythe est une construction imaginaire (un récit, une représentation, des idées) qui se veut explicative de phénomènes cosmiques ou sociaux et surtout fondateur d'une pratique sociale en fonction des valeurs fondamentales d'une communauté. Pour Roland Barthes un mythe est toujours créé par quelqu’un dans une intention donnée. Il est cependant toujours possible de démonter un mythe et de modifier les mentalités.

Nous allons analyser les représentations et les idées qui ont, selon Roland Barthes,  été attachées au plastique puis nous montrerons la performance de la contre-argumentation de Roland Barthes dans ce texte.

Problématique :

En quoi ce texte par l'étude des mythes véhiculés par l'industrie du plastique est-il parodique et annonciateur d'une catastrophe ?

Questions sur l'introduction :

 

  • Quelle définition donneriez-vous du mythe ?
  • Quelle définition Roland Barthes en donne t'-il ?

 

Développement :

Partie 1 Les mythes véhiculés par l’industrie du plastique.

La première idée que le public accepte a priori, sans l’examiner, est que le plastique est libérateur et qu’il suffit d’un « tas de cristaux verdâtres », d’une machine conduite par « un simple employé » pour produire instantanément des objets à l’infini. C’est la fin du travail pénible, des fabrications artisanales ou industrielles, la fin aussi des objets ratés. Personne ne se demande comment sont fabriqués les cristaux, ni comment marche la machine. On accède « sans effort » à l’«objet parfait ».

Sans travail, on entre dans l’époque de l’abondance. Cette idée d’abondance est, bien sûr, centrale dans l’idée attachée à la production plastique. Née après la seconde guerre mondiale, à un moment où les gens manquaient de tout et où les usines traditionnelles avaient été détruites, l’industrie du plastique est apparue comme providentielle. Le texte comporte plusieurs énumérations : noms des différentes matières plastiques, liste des objets fabriqués. Barthes évoque une « multitude d’objets », « les proliférations de la matière », « l’étendue des transformations » « une matière plus féconde que tous les gisements du monde ».

Produire en quantité sans effort relève évidemment de la magie, du miracle. Le cœur du mythe est là : le plastique est véritablement surnaturel. Roland Barthes décline tout au long du texte le vocabulaire du surnaturel, depuis la « substance alchimique » jusqu’à la « matière magique » en passant par l’employé « mi-dieu », la « matière miraculeuse ». Le plastique n’est d’ailleurs pas une matière, c’est une réalité abstraite. Aux yeux de ses admirateurs il devient « l’idée même de sa transformation infinie » « l’ubiquité rendue visible ». Il est « moins objet que trace d’un mouvement ». Il est un « spectacle à déchiffrer ».

 La troisième idée reçue est que l’homme du XXème siècle a raison d’être fier de l’invention du plastique. Cette invention est sienne. Il se l’est véritablement appropriée. Il éprouve « l’euphorie d’un glissement prestigieux le long de la nature ». Le plastique est le fruit de l’intelligence humaine et l’homme manifeste un « étonnement …heureux », il « mesure sa puissance »…

 

Question sur la première partie

Les mythes véhiculés par l'industrie du plastique

  • Quelle conception du plastique, le sens commun a t'-il ?
  • Quelle fonction le plastique devrait selon le sens commun remplir ?
  • A quoi cette conception est-elle liée?
  • Peut-on parler d'une philosophie du «sans efforts» et de «l'objet parfait»?
  • Cela remet-il en question la notion du travail ? Est-il désormais associé à l'idée de perfection, d'abondance et de facilité ? Citez le texte pour justifier votre réponse
  • L'idée d'abondance est-elle dominante dans le texte ?
  • Relevez les idées, expressions, phrases qui le prouvent
  • Faire l'historique de l'industrie du plastique
  • Relevez les énumérations et le champ lexical de l'industrie plastique
  • Montrez que Roland Barthes refuse l'association du surnaturel et de l'industrie plastique. Citez le texte pour justifier votre réponse.
  • Ce mythe apparaît-il comme un mythe dangereux ? L'association abondance et facilité dans la reproduction d'un objet toujours parfait reflète t'-elle bien la menace du mythe de l'industrie.
  • Le lecteur est-il en droit d'associer le plastique à une idée abstraite ?
  • Relevez les expressions du passage qui le montrent
  • Quelle est la troisième idée reçue du texte ?
  • L'homme du 20è siècle peut-il selon vous, être fier de l'invention du plastique ?
  • Comment percevez-vous le message de Roland Barthes à ce propos dans l'extrait ? Justifiez votre réponse
  • L'homme s'approprie t'-il l'invention ? Est-ce assimilé à l'intelligence humaine ? Citez pour justifier vos éléments de réponses.


 

Transition

Fidèle à sa méthode, Roland Barthes s’applique à regarder les choses autrement pour tenter de faire évoluer les mentalités. L’industrie a bien lavé les cerveaux mais le plastique n’est pas une réussite incontestable, il produit des choses laides. D’autre part, ce sont toutes nos valeurs traditionnelles qui sont menacées par les promoteurs de la société du plastique, société de consommation où ne subsistent que les valeurs bourgeoises de possession, d’accumulation et d’ostentation. Nous allons voir comment R. Barthes dénonce les manipulations dans un texte qui se révèle très construit.


 

Partie 2 Un texte très construit (de l’éditorial parodique à la vision d’une catastrophe)

Le paragraphe d’accroche est délibérément amusant. Roland Barthes séduit ses lecteurs en développant ironiquement la métaphore de l’alchimie. Tout oppose en réalité l’univers de l’alchimie à celui d’une démonstration commerciale dans le cadre d’une exposition. Dans l’un tout est secret, magique voire interdit, dans l’autre « à l’entrée du stand le public fait …la queue ». Dans l’un il est question d’«opération magique», de convertir la « matière tellurique » et on pense aux tentatives de transformer le plomb en or ; dans l’autre il s’agit de fabriquer des objets totalement ordinaires et dérisoires : des vide-poches. Le savant magicien est remplacé par « un employé en casquette ».

Le début de l’article est très concret. Le lecteur assiste comme Roland Barthes à une démonstration sur un stand de salon. Comme des milliers d’autres personnes il a fait la queue pour assister à un tour de magie : la fabrication d’objets usuels à partir de cristaux verdâtres.

 Barthes affirme ensuite l’irréalité du plastique. Il entraîne alors le lecteur dans une réflexion très abstraite « le plastique c’est l’idée même de sa transformation infinie », « l’ubiquité rendue visible », « un spectacle à déchiffrer ». L’homme éprouve une émotion intellectuelle, presque métaphysique :« le songe de l’homme devant les proliférations de la matière » « l’homme mesure sa puissance » Ici encore l’ironie perce. L’intellectuel se perd en réflexions devant une valise, une brosse ou une cuvette.

Dans ce paragraphe, Roland Barthes, tout en introduisant une dénonciation du plastique et de son irréalité « il est …trace », reconnaît ses performances : la « prolifération de la matière », l’« étendue des transformations »,le »pluriel des effets ». Il énumère les objets réalisés et constate que le consommateur est satisfait (« étonnement heureux », « euphorie ».)

A ce stade de l’analyse Barthes n’oppose pas le plastique à la Nature mais les juxtapose : « un glissement prestigieux le long de la nature ».

Puis, bien vite il est question de « la rançon de cette réussite ». Le plastique d’abord n’est rien.  « Ni dur ni profond » il n’a qu’une qualité : « la résistance ». Ensuite sont relevées ses insuffisances par rapport aux produits de la nature » Il est impuissant à …», «  il n’accomplit aucun… » puis Barthes ajoute encore une gradation dans la description négative et énumère les défauts du plastique  : « C’est un matériau laid, « disgracié ». Pis encore « son bruit le défait, comme aussi les couleurs ».

Ici l’auteur oppose systématiquement le plastique aux objets traditionnels et naturels auxquels il le compare

Enfin on passe à la dénonciation politique du plastique. Ces productions relèvent du simili et « on sait que le simili est un usage historiquement bourgeois ». La classe dominante est à l’œuvre dans l’instauration du mythe du plastique miraculeux. Le plastique c’est d’abord la fin de la culture comme l’entend Roland Barthes. Manipulé, l’homme renonce à chercher l’authentique, le beau, le rare. La production de masse, la société de consommation sont ses idéaux. La Nature est oubliée, voire remplacée. « (La nature) n’est plus l’Idée, la pure Substance à retrouver ou à imiter ». On ne pense qu’à l’utilité et l’utilité déterminera désormais non seulement la forme des objets leur définition même « on inventera des objets pour le plaisir d’en user »…

La fin du texte a un ton presque prophétique. Barthes poursuit au futur « une matière plus féconde … va remplacer… ». Le danger est extrême puisque la matière est « plus féconde que tous les gisements du monde. L’auteur entrevoit en 1957 que « le monde entier peut être plastifié » et que cette menace touche à la « vie même ».

 

Questions possibles sur la deuxième partie :

Un texte très construit : éditorial parodique et vision d'une catastrophe

  • Comment Roland Barthes séduit-il ses lecteurs ?
  • Comment utilise t'-il l'ironie ? A quelles fins ?
  • Analysez la métaphore de l'alchimie = citez le texte pour justifier votre réponse
  • Le savant magicien remplace t'-il «l'employé en casquette » ? Expliquez cette image en analysant a transformation supposée à l'aide du texte.
  • Montrez que le début de l'article est concret. Relevez les expressions le justifiant
  • A quel moment, Roland Barthes justifie t'-il l'irréalité du plastique ? Citez le texte pour délimiter la progression du texte
  • A ce stade de l'argumentation, Roland Barthes entraîne t'-il le lecteur dans une réflexion ? Laquelle ? Expliquez en citant
  • Relevez les expressions et termes connotant l'ironie
  • Peut-on parler d'une dénonciation du plastique et de son irréalité ? Relevez les phrases les plus représentatives de cette critique.
  • Quels sont les objets réalisés ?
  • Quelle image Roland Barthes donne t'-il du consommateur ?
  • Quel est l'effet produit sur l'homme ?
  • Le plastique et la nature sont-ils opposés ? Juxtaposés ? Pourquoi ? Expliquez et justifiez votre réponse en relevant la phrase qui le prouve.
  • Quels sont les défauts associés au plastique ?
  • En quoi peut-on parler d'une dénonciation politique du plastique ?
  • Comment expliquer la présence de la classe dominante dans l'instauration du mythe du plastique ?
  • Le plastique marque t'-il la fin de la culture ? Pourquoi ? Expliquez.
  • Quels sont les idéaux de substitution ?
  • Expliquez = «La nature n’est plus l’Idée, la pure Substance à retrouver ou à imiter»
  • Quel est le ton de Roland Barthes à la fin du texte ? Quelle vision entrevoit-on ?
  • Relevez les expressions qui connotent la menace et le danger.


 

Conclusion Une mise en garde prophétique :

Nous avons vu que le texte, en analysant les différents aspects du mythe élaboré autour de l’industrie du plastique est un discours construit, une argumentation habile contre l’explosion des productions en matière plastique. Cette argumentation qui commence par la rencontre d’un « employé à casquette …mi robot » et finit par l’évocation d’une monstrueuse transformation du monde sait varier les tons. Tantôt plaisant, tantôt savant, tantôt grave, Roland Barthes nous met en garde contre la transformation radicale du monde qui se met en place sous nos yeux, avec notre approbation

 

Questions possibles sur la conclusion

 

  • Quels sont les différents tons du texte ?
  • Ce texte est-il selon vous prophétique ? Pourquoi ?
  • Contre quoi nous met-il en garde ?
  • Est-il plus que jamais d'actualité ?

 

DNBAC

 

Texte complémentaire 

Le monde plastifié

 

Frédéric Joignot, Plastique, l'ennemi intime : le Monde magazine, 19 septembre 2009

Le monde plastifie 1Le monde plastifie 1 (401.36 Ko)

Le monde plastifie 2Le monde plastifie 2 (362.19 Ko)

 

Texte complémentaire

 

Lien avec le texte de Roland Barthes : Frederic Joignot = le Monde plastifié

* “Le Plastique”, écrit par Roland Barthes en 1957 provenant du livre Mythologies parle du plastique et des conséquences qu’il a eu sur le monde. Que le plastique remplace la nature et qu’il envahit le monde. Il est devenu la substance principale dans le monde.

* “Le Monde Plastifié” ou “Plastique: L’ennemi intime” écrit par Frédéric Joignot publié le 19 septembre 2009 dans Le Monde est composé de 5 textes parlant du plastique et son importance dans le monde et aussi de ses dangers.

* Les liens qu’on peut faire avec ces deux textes = ils disent que le plastique peut avoir différentes formes, pour Barthes “valise, brosse, carrosserie d’auto, jouet, étoffe, tuyau, cuvette ou papier” (l.15-16) et pour Joignot “Les bas Nylon étincelants, les dentelles en Perlon, les brillantes robes de polyester embellissent les femmes. Dans les cuisines, une vaisselle en plastique multicolore remplace la fragile et coûteuse porcelaine” (l.4-5).

* Frédéric Joignot, pour prouver que le plastique domine le monde, raconte comment un navigateur nommé Charles Moore traverse le Pacifique Nord quand son bateau fut entouré de bouteilles en plastiques, brosses a dents, sacs, casquettes, jouets d’enfant. L’endroit ou le navigateur se situais était “The Great Pacific Garbage Patch” (la grande zone de detritus du pacifique), constitué de plus de 3 millions de tonnes de déchets en plastique.

* Frédéric Joignot et Barthes critiquent aussi le plastique, ils montrent les points négatifs du plastique. Le Plastique pour Roland Barthes  n’est qu’une substance tournée (l.27), qu’il ne peut pas  accomplir ceux que les véritables produits

(mineral,mousse,fibres,strates,l.27). Le plastique ne serait jamais au même niveau que la Nature.

  • Tandis que pour Frédéric Joignot, ce sont les substances introduites dans le plastique. Ces substances comme le bisphénol ou le phthalates peuvent causer des problèmes pour les organes de reproduction

 

Activité complémentaire à l'oral EAF sur Mythologie de Roland Barthes

Définitions texte de Roland Barthes, Mythologies, le Plastique

 

Polystyrène : matière plastique résultant de la polymérisation du styrène

 Phénoplaste : résine artificielle à base de phénol ou de dérivés de phénol

Polyvinyle : composé résultant de la polymérisation de dérivés du vinyle

Polyéthylène: matière plastique obtenue par polymérisation de l’éthylène.

Alchimique : science occulte (clandestine) censée assurer la transmutation des métaux (changement des métaux en métaux précieux)

Tubulée : en forme de tube, d’un tuyau

Oblongue : qui est de forme allongée

Vide-poche : petite corbeille ou l’on dispose les objets que l’on a dans les poches

Cannelé : pourvu de cannelures, de moulures verticales pour un poteau

Tellurique : de la Terre

Rebus : jeu qui consiste à exprimer une phrase par des dessins

Euphorie : sensation de bien-être, de satisfaction, de plénitude pouvant aller parfois jusqu’à un état de surexcitation.

Rançon : (sens figure) contrepartie négative, inconvénient

Sublimé(e) : celui dont les actes suscite l’admiration

Suspens : angoisse

Disgracié(e) : manquant de grâce, peu favorisé par la nature.

L’effusion : procédé de séparation des constituants d’un mélange gazeux.

Strates : couches, niveau

Simili : une imitation

Postiche : perruques

Consentir : autoriser

Prosaïsme : tournure de langage courant

 

LE PROJET DE BARTHES DANS LES MYTHOLOGIES:

Que dénonce Roland Barthes dans les mythologies ?

 Dénoncer la société Bourgeoise

Barthes cherche à dénoncer la Bourgeoisie, qui, à travers un ensemble de signes, cherche à faire paraître naturel ce qui ne l’est pas.

Pourtant, il est lui-même issu de la bourgeoisie intellectuelle, par sa mère

Pour lui, « Le statut de la bourgeoisie est particulier, historique : l'homme qu'elle représente sera universel, éternel ; (...) Enfin, l'idée première du monde perfectible, mobile, produira l'image renversée d'une humanité immuable, définie par une identité infiniment recommencée. »

Il se sert donc des mythologies comme un moyen de dénoncer la stratégie Bourgeoise, qui cherche à faire oublier son statut de classe historique, tout en emplissant le monde de sa culture et de sa morale

Que cherche t'-il à dévoiler ?

Dévoiler les signes qui aveuglent le public

-Barthes, en sa qualité de sémiologue, cherche à trouver et à interpréter tous les signes que nous renvoient les objets du quotidien

- Il cherche également à dénoncer les mécanismes que la bourgeoisie utilise pour imposer sa culture, et la faire paraître naturelle

-Il cherche aussi à faire découvrir l’art de la sémiologie à ses lecteurs

 Explorer la signification et les signes de mythes divers et variés pouvant être réunis dans des catégories différentes (source : Wikipedia)

Quels sont les signes ?

Les signes que renvoient la politique, les personnalités le sport et les figures (politique : Quelques paroles de M. Poujade, Photogénie électorale, Poujade et les intellectuels ; personnalités : Le cerveau d'Einstein, Iconographie de l'abbé Pierre, Le visage de Garbo, La croisière du Batory ; sport : Le monde où l’on se catche, Le tour de France comme épopée ; figures : Les Romains au cinéma, Critique muette et aveugle, Le pauvre et le prolétaire, Martiens, Un ouvrier sympathique, L'homme-jet, L'usager de la grève)

Les signes que renvoient la culture, le langage et la littérature (culture : Au music-hall, La croisière du Batory, L'art vocal, La dame aux camélias, Deux mythes du Jeune Théâtre, Astrologie ; langage et littérature : L'écrivain en vacances, Romans et enfants, Nautilus et bateau ivre, Adamov et le langage, Racine est Racine, Grammaire africaine, La littérature selon Minou Drouet, La critique Ni-Ni)

Les signes que renvoient la photographie, l’alimentaire et les faits divers (Photographie : l'acteur d'Harcourt, Photo-chocs, Photogénie électorale, La grande famille des hommes, Bichon chez les nègres ; alimentaire : Le vin et le lait, Le Bifteck et les frites, Le Guide Bleu, cuisine ornementale ; faits divers : Dominici ou le triomphe de la Littérature, Conjugales, Billy Graham au Vel' d'Hiv, Le procès Dupriez ; autres : La croisière du Sang bleu, Paris n'a pas été inondé, Puissance et désinvolture, Celle qui voit Clair, Continent perdu)

La méthode de Barthes dans les mythologies

Le mythe est-il un moyen de communication ?

Le Mythe, un moyen de communication

-Barthes utilise le mythe comme un moyen de faire passer ses idées

-Dans ‘Le mythe, aujourd’hui’, Barthes définit le Mythe comme « un système de communication »

-Pour être compris d’un vaste public, il utilise un langage simple, avec quelques distinctions terminologiques afin de différencier son texte des autres

Que peut-on dire de l'interprétation du mythe à travers la sémiologie ?

L’interprétation du mythe à travers la sémiologie

-Barthes introduit la notion de « sciences des signes » à travers ses mythologies

-Barthes interprète les signes qu’envoient les objets afin d’éclaircir le lecteur sur la manipulation bourgeoise des signes et l’aveuglement du lecteur

-Barthes est capable de montrer, de dévoiler les signes qui aveuglent le lecteur, dans sa capacité de sémiologue, et est toujours à la recherche du sens caché des choses

Que peut-on dire du langage dans Mythologies ?

L’utilisation du langage comme moyen de convaincre et de persuader le lecteur

Les textes mythologiques sont très recherchés, la structure est claire et précise

Quelle définition propose Barthes dans Mythologies ?

Pour Barthes, le langage est un système de signes arbitraires, qu’il utilise afin de mieux convaincre le lecteur

De nombreuses énumérations sont utilisés, afin de faire la liste des objets victimes des signes, ou de faire la liste des signes dont renvoie un objet

Qu'est-ce que le mythe pour Roland Barthes ?

LE MYTHE SELON BARTHES

Le mythe selon Barthes est tout d’abord un outil qu’il peut utiliser pour critiquer la société, et ses objets, de son temps : « il s’agissait de mon actualité » dit-il dans sa préface dans Mythologie. Il fait en effet une analyse mythologique de ces thèmes à l’aide d’une science appelé la sémiologie. 

Roland Barthes aide à déchiffrer ses mythes à l’aide de la sémiologie : « le matériel de cette réflexion a pu être très varié (un article de presse, une photographie…) ».  Il qualifie le « mythe » comme une « fausse évidence », il dévoile donc la réalité des choses contemporain. 

Pour mieux comprendre lire la deuxième partie de Mythologies

* Le mythe est un langage, une parole :

« Le mythe est un système de communication, c’est un message », ce n’est pas seulement un objet, c’est une « forme », « un mode de signification » à laquelle s’associe une société et une époque, donc c’est une idéologie. 

Une « forme » car nous pouvons le décrire, et puisque tout peut être décrit, tout peut être un mythe : « chaque objet du monde peut passer d’une existence fermée, muette, a un état oral, ouvert à l’appropriation de la société », ex : arbre et arbre décoré par la société (Minou Drouet)à « usage sociale qui s’ajoute à la pure matière » (ici l’arbre décoré devient mytheà le mythe « surgit de la « nature » des choses »).  

  • Le mythe est un « message », donc il peut être non seulement orale mais également visuelle, une image ou une caricature, un schéma ect. Mais un objet, une image peut devenir parole s’il a un sens ex : histoire de l’écritureà les pictogrammes.

Qu'est-ce que la sémiologie ?

LA SEMIOLOGIE:

Définition:

* La sémiologie est la science ou l’étude des signes.

* Le terme sémiologie a été créé par Émile Littré

* Toute science étudiant des signes est une sémiologie.

Roland Barthes est semiologues et ses œuvres sont base sur les signes

LA THEORIE DE LA LITTERATURE SELON BARTHES

* « Mort » de l’auteur après la fin de l’écriture de son œuvre (La Mort de l’auteur, 1967-1968) : il ne peut plus avoir aucune influence sur elle : les lecteur donnent le pouvoir à l’auteur en lisant son œuvre, mais le lui prennent en même temps lorsqu’ils modifient la vision du texte, des subtilités de celui-ci

* Autant d’interprétations possibles que de lecteurs

* écrire = accepter de voir le monde synthétisé, imité

* écrire = accepter de voir sa parole et son opinion interprétées, parfois en voir le sens changer

  • Références : Essais critiques, Roland Barthes, 1964 ; Le Degré zéro de l’écriture, Roland Barthes, 1953

 

LES SPECIFICITES DU STYLE DE BARTHES

1) Caractéristiques de Barthes

-Langage bourgeois

-Ironie dans son style: critique/admiration, jeux sur le sens des mots→ ambiguite

-Progression dans ses textes (dramatisation, repetitions…)

-Discours généralisant: tendance à généraliser (présent de vérité générale)

→ ses théories sont abordables

-Persuasif: il dénonce

2) Sa méthode

I) La mythologie

II) L’ironie

III) Se mettre à la place du consommateur

A première vue, Barthes peut être considéré comme un ethnologue:

-Il analyse les modes de vie des populations

-Il se base sur un peuple précis (peuple français des années 50)

Or Barthes n’est pas un ethnologue:

-Il n'analyse pas objectivement (ironie dans les textes)

-Son oeuvre veut dénoncer l’aveuglement de la population par les signes, c-a-d les Mythes

-Il n’est pas explicatif, il veut convaincre par son raisonnement logique et structuré

 

DNBACMythologies, Roland Barthes

Jouets = commentaire littéraire et oral EAF

 

R barthes jouet le texteR barthes jouet le texte (361.44 Ko)

Jouets


        Que l'adulte français voit l'Enfant comme un autre lui-même, il n'y pas de meilleur exemple que le jouet français. Les jouets courants sont essentiellement un microcosme (1) adulte ; ils sont tous reproductions amoindries d'objets humains, comme si aux yeux du public l'enfant n'était en somme qu'un homme plus petit, un homunculus (2) à qui il faut fournir des objets à sa taille.
Les formes inventées sont très rares : quelques jeux de construction, fondés sur le génie de la bricole, proposent seuls des formes dynamiques. Pour le reste, le jouet français signifie toujours quelque chose, et ce quelque chose est toujours entièrement socialisé, constitué par les mythes ou les techniques de la vie moderne adulte : l'Armée, la Radio, les Postes, la Médecine (trousses miniatures de médecin, salles d'opération pour poupées), L'École, la Coiffure d'Art (casques à onduler), L'Aviation (parachutistes), les Transports (Trains, Citroëns, Vedettes, Vespas, Stations-Services), la Science (Jouets martiens).

        Que les jouets français préfigurent littéralement l'univers des fonctions adultes ne peut évidemment que préparer l'enfant à les accepter toutes, en lui constituant avant même qu'il réfléchisse, L'alibi d'une nature qui a créé de tout temps des soldats, des postiers et des vespas. Le jouet livre ici le catalogue de tout ce dont l'adulte ne s'étonne pas : la guerre, la bureaucratie, la laideur, les Martiens, etc. [... ] Seulement devant cet univers d'objets fidèles et compliqués, l'enfant ne peut se constituer qu'en propriétaire, en usager, jamais en créateur ; il n'invente pas le monde, il l'utilise : on lui prépare des gestes sans aventure, sans étonnement et sans joie. On fait de lui un petit propriétaire pantouflard qui n'a même pas à inventer les ressorts de la causalité adulte ; on les lui fournit tout prêts : il n'a qu'à se servir, on ne lui donne jamais rien à parcourir. Le moindre jeu de construction, pourvu qu'il ne soit pas trop raffiné, implique un apprentissage du monde bien différent : l'enfant n'y crée nullement des objets significatifs, il lui importe peu qu'ils aient un nom adulte : ce qu'il exerce, ce n'est pas un usage, c'est une démiurgie (3) : il crée des formes qui marchent, qui roulent, il crée une vie, non une propriété ; les objets s'y conduisent eux-mêmes. Ils n'y sont plus une matière inerte et compliquée dans le creux de la main.

        Mais cela est plus rare : le jouet français est d'ordinaire un jouet imitation, il veut faire des enfants usagers, non des enfants créateurs.

    L'embourgeoisement du jouet ne se reconnaît pas seulement à ses formes, toutes fonctionnelles, mais aussi à sa substance. Les jouets courants sont d'une matière ingrate, produits d'une chimie, non d'une nature. Beaucoup sont maintenant moulés dans des pâtes compliquées : matière plastique y a une apparence à la fois grossière et hygiénique, elle éteint le plaisir, la douceur, L'humanité du toucher. Un signe consternant, c'est la disparition progressive du bois, matière pourtant idéale par sa fermeté et sa tendreur, la chaleur naturelle de son contact ; le bois ôte, de toute forme qu'il soutient, la blessure des angles trop vifs, le froid chimique du métal ; lorsque l'enfant le manie et le cogne, il ne vibre ni ne grince ; il a un son sourd et net à la fois ; c'est une substance familière et poétique, qui laisse l'enfant dans une continuité de contact avec l'arbre, la table, le plancher. Le bois ne blesse, ni ne se détraque ; il se casse pas ; il s'use, peut durer longtemps, vivre avec l'enfant, modifier peu à peu les rapports de l'objet et de la main ; s'il meurt, c'est en diminuant, non en se gonflant, comme ces jouets mécaniques qui disparaissent sous la hernie d'un ressort détraqué. Le bois fait des objets essentiels, des objets de toujours. Or il n'y a presque plus de ces jouets en bois, de ces bergeries vosgiennes, possibles, il est vrai, dans un temps d'artisanat. Le jouet est désormais chimique, de substance et de couleur ; son matériau même introduit à une cénesthésie (4) de l'usage, non du plaisir. Ces jouets meurent d'ailleurs très vite, et une fois morts, n'ont pour l'enfant aucune vie posthume.

Microcosme : monde réduit. - Homunculus : petit être vivant. - Démiurgie : une activité créatrice. - Cénesthésie : ici, signifie que l'enfant reconnaît l'objet sans affectivité particulière.

 

Commentaire littéraire

 

Roland Barthes est né en 1916. Il fait des études de Lettres puis se consacre à la critique littéraire et à la sociologie. Entre 1954 à 1957 il publie une série d'articles qu'il regroupera en 1957 dans Mythologies. Il cherche à déceler dans les objets quotidiens les signes d'une réalité sociale qui échappe à ses contemporains. Ici Barthes nous invite à prendre du recul sur les jouets proposés aux petits Français qui, selon l'opinion générale, ont pour objet de développer leur créativité et servir de supports à leurs découvertes. Nous observerons d’abord la minutie avec laquelle RB relève les signes attachés aux jouets puis nous expliciterons comment le jouet trahit l'aliénation des enfants et y contribue. Nous verrons enfin comment l’écriture est pour RB un jeu et comme le jouet un instrument de liberté et de plaisir.

Questionnaire sur l'introduction :

 

  • Que cherche à déceler Roland Barthes dans les objets quotidiens? 
  • De quel objet s'agit-il dans ce texte?
  • Invite t'-il le lecteur à prendre du recul par rapport aux jouets? 
  • Quelle est l'opinion du sens commun sur les jouets? 
  • Que pense Roland Barthes de l'avis du sens commun? 

 

I Le jouet : un signe

 

1 Une étude minutieuse

Précision de la description

Barthes se livre, dans cet article, à une étude minutieuse des signes que véhicule l’univers du jouet. Son texte est clair, précis, il colle à son objet. Il énumère les thèmes du jouet, détaille les modèles (trousses miniatures de médecin, salles d'opération pour poupées, casques à onduler, parachutistes, trains, Citroën, … jouets martiens », et même «les poupées qui urinent, ...mouillent leurs langes» et, plus loin, les «bergeries vosgiennes». Il évoque la matière, s’étend sur les caractéristiques du plastique et s'attarde sur les qualités du jouet en bois, « matière idéale par sa fermeté, sa tendreur, la chaleur naturelle de son contact ».

Petitesse de l'objet

Barthes relève que la quasi-totalité des jouets sont des « reproductions amoindries » des objets d'adultes. Le fait que « les jouets sont essentiellement un microcosme adulte » est affirmé dès la seconde phrase. Le thème de la petitesse et de la réduction est martelé : « microcosme » 

« reproductions amoindries » « homme plus petit » « homonculus ».

 Plus loin :« le jouet français est comme une tête réduite de Jivaro» (l.16)

insistance sur l'imitation

Le thème de l'imitation est central dans « Jouets ». C’est le signe principal. Il est repris dans les trois premiers paragraphes : «reproductions amoindries d'objets humains» (l.3); . « Les formes (jouets) inventées sont très rares.» (l;5).RB multiplie à l'envi les exemples de jouets qui imitent les objets de l' adulte, reproduisent son univers et ses mythes. « Le jouet français est d'ordinaire un jouet d'imitation ». (l.29)

 Barthes précise : ce n’est pas l'imitation qui le dérange mais l’imitation servile : « Ce n'est pas tant, d'ailleurs, l'imitation qui est signe d'abdication, que sa littéralité».(l.15) Il insiste sur cette nuance. Par deux fois les termes « littéralement » (l.11) et « littéralité » (l 15) sont employés dans le paragraphe et Barthes étaie son argumentation par la comparaison frappante du jouet avec « une tête réduite de Jivaro où l’on retrouve les rides et les cheveux de l’adulte ». ».

transition

La description précise du jouet est au cœur de la stratégie argumentative de RB qui se livre ici à une critique radicale des jouets proposés aux enfants dans les années cinquante.

Questionnaire sur le I

 

1 – Une étude minutieuse

  • Précision de la description
  • De quelle nature l'étude de Roland Barthes est-elle ?
  • Comment énumère t'-il les thèmes du jouet ? Citez pour justifier votre réponse
  • La matière est-elle évoquée ?
  • S'attarde t'-il sur les caractéristiques du plastique ?
  • Fait-il de même pour les qualités des jouets en bois ? Relevez la phrase qui le montre
  • Relevez l'expression qui montre que la quasi-totalité des jouets reflète les objets d'adultes
  • Relevez une phrase qui traduit la petitesse du monde des jouets
  • Relevez le champ lexical de la petitesse
  • Le thème de l'imitation est-il central ? Justifiez votre réponse en vitant.
  • Est-ce le signe principal ?
  • Dans quels paragraphes cela est-il manifeste ?
  • Expliquez « le jouet français est d'ordinaire un jouet d'imitation »
  • De quelle nature l'imitation est-elle ? Citez pour justifier votre réponse
  • Quelle est la comparaison faite par Roland Barthe ? A quoi le jouet est-il assimilé ?

 

2 Un discours persuasif

La stratégie argumentative

Dans « Jouets », Barthes déroule d’abord des constats simples, il relève des signes. Il multiplie les exemples de jouets d'imitation : « l'Armée, la Radio, les Postes, la Médecine »...«soldats, pompiers, vespa, trousses miniatures de médecin… casques à onduler...etc» ; Il procède ensuite à une double comparaison : le jouet d’imitation opposé au jeu de construction puis le jouet en plastique opposé au jouet en bois. Ces constats ont pour effet de rendre incontestables les remarques comme les conclusions que RB en tire. 

Un discours généralisant

Il utilise d’ailleurs tout au long du texte le temps présent, le temps de la vérité générale. La reprise

de l’adverbe « toujours » dans la phrase qui présente la thèse principale de l’article renforce l’affirmation d’une vérité incontestable : « Le jouet français signifie toujours quelque chose et ce quelque chose est toujours entièrement socialisé. »(l.6-7)

Dénonciation d’un discours

L’idée répandue dans le public est que le jouet est conçu pour aider l’enfant à se construire, à découvrir le monde. Barthes démonte ce discours point par point. D’abord l’adulte ne voit pas vraiment l’enfant comme un enfant mais « comme un autre lui-même ». Ensuite l’adulte ne donne rien à construire mais fournit des concepts et des comportements déjà totalement définis. « (l’enfant n’invente pas le monde, il l’utilise ». Enfin tout est fait pour conditionner les enfants à leur rôle de futurs consommateurs.

Barthes défend sa thèse en s’impliquant personnellement. Il recourt au pathos et s’indigne : « on lui prépare des gestes sans aventure, sans étonnement et sans joie » (l.22). Il s’afflige « un signe consternant (l.35). Il prend parti contre le plastique « une matière ingrate », « une apparence grossière ».

3 une sémiologie du jouet

Selon la méthode du sémiologue, la forme, la substance du jouet ainsi que les sensations qu’il procure sont analysées avec précision puis associées à ce qu’elles traduisent de la réalité sociologique.

Pour la forme, RB oppose les formes d’imitation, majoritaires, aux formes d’invention dont il ne trouve trace que dans le jeu de construction.

De la substance, dont Barthes relève qu’il s’agit de plus en plus de matière plastique, il déduit l’évolution de la société vers une recherche de la consommation à tout va, sans souci de réflexion, ni de création.

Enfin il relève que le toucher des jouets modernes, à la différence de celui des jouets en bois, ne procure plus de rapprochement avec la nature ni même de plaisir. On a des jouets pour posséder, on utilise parce que ça existe et que c’est fait pour ça.

Tansition

L'enfant, porteur pour RB de tous les possibles, de toutes les aspirations, est en réalité aliéné.

2 – Un discours persuasif

 

  • La stratégie argumentative
  • Sur quoi repose la stratégie argumentative ?
  • Quelle est la double comparaison ?
  • Quels sont les effets de ces constats ?
  • Peut-on parler d'un discours généralisant ? En quoi ? Justifier
  • Est-ce la dénonciation d'un discours ?
  • Que pense le sens commune ?
  • Que démontre Roland Barthes ?
  • En réalité que fait l'adulte ? Que transmet-il ?
  • A quoi les enfants sont-ils conditionnés ?
  • Barthes est-il engagé dans cette dénonciation des comportements d'adultes ?
  • Relevez une expression qui montre que l'auteur est affligé
  • Relevez les expressions qui traduisent son parti pris contre le plastique

 

3 - la sémiologie du jouet

 

  • Du point de vue de la sémiologie du jouet, quelles sont les formes opposées aux formes d'imitation ?
  • Quelle analyse Barthes propose t'-il de l'évolution de la société ?
  • Du point de vue du toucher du jouet en plastique, à quoi est-il opposé ? Pourquoi ? Expliquez

 

II L'enfance : une aliénation

 

1 des usagers

la fonctionnalité. 

Si on définit l'aliénation comme la situation de quelqu'un qui est dépossédé de ce qui constitue son être essentiel, sa raison d'être, de vivre, l'enfant est aliéné à plus d'un titre.

D’abord son statut d'enfant lui est refusé par l'adulte français qui « (voit) l'Enfant comme un autre lui-même ». Pire encore, l'enfant est un sous-homme et on relève dans le paragraphe plusieurs notations péjoratives :« reproductions amoindries », « n'était...que... », « homonculus »

Ensuite l'enfant est dépossédé de son potentiel de découverte, de création. On lui impose dès son plus jeune âge, « avant même qu'il réfléchisse », des images et des concepts, « l'univers des fonctions adultes ». Désormais « l'enfant n'invente pas le monde, il l'utilise ». Peu importent ses goûts, ses aspirations, on lui donne à faire « on ne lui donne jamais rien à parcourir. ».

L'imitation

En lui procurant des objets qui le relient à un monde prédéfini et entièrement structuré, « on lui prépare des gestes sans aventure, sans étonnement et sans joie ». (l.21). Doté d'objets et d'informations imposés, il est condamné à imiter, à se comporter « en propriétaire, en usager, jamais en créateur » (l.20-21)

2 des bourgeois

des consommateurs

Largement partisan des analyses marxistes, RB critique, dans les années cinquante, la société capitaliste, la société de consommation naissante. Les énumérations, les pluriels (« trousses miniature de médecin...etc) évoquent la surabondance d'objets. Il souligne la brièveté de leur existence (et donc le gaspillage induit) : « ces jouets meurent d’ailleurs très vite ».  Son époque l'inquiète. Il évoque « tout ce dont l'adulte ne s'étonne pas : la guerre, la bureaucratie, la laideur, les Martiens... » (l.14). Manipulé, l'enfant est programmé pour devenir « un usager », « un utilisateur » avec tout ce que cela implique de soumission et de suivisme. 

des sexistes

Manipulé, l'enfant l'est aussi dans la distribution de rôles sociaux en fonction du sexe. Par le jouet « On peut ...préparer la petite fille à la causalité ménagère, la conditionner à son futur rôle de mère. »(l.18-19).

des propriétaires 

  « On fait de (l’enfant) un petit propriétaire pantouflard ». L’image est forte ; Elle est amplifiée par l’alitération. Elle oppose la caricature du bourgeois, ridicule et antipathique à l’enfant, être poétique par excellence. La formule traduit le mépris de Barthes qui déteste la mentalité du possédant, celui qui accumule, qui ne crée pas. Créer est la condition du bonheur, à l'inverse de l'embourgeoisement.

Transition

L’aliénation de l’enfant et le détournement de la fonction du jouet sont pour RB impardonnables car pour lui le jeu comme l’écriture sont des espaces de création, de liberté et de plaisir.

Questionnaire sur le II

 

L'enfance : une aliénation

1 – Des usagers

  • La fonctionnalité
  • L'enfant est-il aliéné ? Pourquoi ? Proposez une définition de l'aliénation
  • Montrez que l'enfant est aliéné de par son statut d'enfant refusé par l'adulte, puis qu'il est dépossédé de son potentiel en ne lui donnant rien à faire : citez le texte pour justifier votre réponse
  • Expliquez la phrase suivante : « on lui prépare des gestes sans aventure, sans étonnement et sans joie ».
  • L'enfant est-il donc condamné à imiter ? Citez le texte

 

2 – Des bourgeois

  • Des consommateurs
  • Que critique Roland Barthes ?
  • Comment la surabondance d'objets est-elle évoquée dans l'énumération des jouets ?
  • Comment l'idée de gaspillage transparaît-elle ?
  • L'enfant est-il programmé à se soumettre ?
  • Peut-on dire que l'enfant est aussi manipulé dans les rôles sociaux en fonction du sexe par le jouet ? Comment cela est-il évoqué dans le texte ? Citez le texte
  • Comment l'image de la propriété est-elle soulignée dans le passage ? Relevez une phrase évocatrice à cet égard
  • Relevez une allitération
  • Comment la caricature du bourgeois s'oppose t'-elle à l'enfant ?
  • Bartes est-il méprisant ?
  • Que pense t'-il de la mentalité du possédant ?
  • A quoi l'idée de créer est-elle associée ?
  • Créer, est-ce l'inverse de l'embourgeoisement ?

 

III Le jeu : une émancipation

 

1 jeux de construction

La création littéraire

Comme il fait longuement l’éloge des jeux de construction (l.24-29), outil de création et d’épanouissement de l’enfant, RB se livre dans cet article à la construction d’un texte et, comme tout écrivain brillant, il utilise avec dextérité les mots et les figures de style. Il accumule les oppositions « l’enfant ne peut se constituer qu’en propriétaire, en usager, jamais en créateur » ; « il n’invente pas le monde, il l’utilise » ; il crée une vie, non une propriété. » Il invente des images et des comparaisons « comme une tête réduite de Jivaro…où l’on retrouve les rides et les cheveux de l’adulte ». Dans celle du « petit propriétaire pantouflard », on relève l’alitération bien intentionnelle.

Il sait aussi varier le ton et passe du simple constat « les formes inventées sont rares » au cocasse « le jouet français est comme une tête réduite de Jivaro » ou à l’énumération plaisante des jouets (« des soldats, des postiers, des vespa, …de martiens »). Plus loin il prend un ton tragique en  s’indignant : « on lui prépare des gestes sans aventure, sans étonnement et sans joie », puis il revient à la dérision « propriétaire pantouflard » et au lyrisme et à la nostalgie lorsqu’il évoque les objets en bois « le bois fait des objets essentiels, des objets de toujours » pour enfin retrouver le style précis du sémiologue « une cinesthésie de l’usage, non de plaisir ».

2 - Jeu avec le lecteur

Jeu de Barthes avec son lecteur : la manipulation

Une ironie légère transparaît tout au long du texte mais ce sont quelques points qui nous confirment que RB ne prend pas sa thèse tout-à-fait au sérieux et qu’il joue avec le lecteur ou se joue de lui.

Dès le début du texte, il attribue aux jeux de construction une parenté avec « le génie de la bricole » (l.5). Ce sont les seuls jouets qu’il apprécie or il les dénigre, les ridiculise avec cette expression triviale. Plus loin, il annonce à propos des poupées que « bientôt dans leur ventre le lait se transformera en eau ». Chacun sait que le lait digéré ne se transforme pas en eau et on devine quelle matière Barthes a préféré ne pas nommer.

Les hyperboles, les énumérations cocasses, les comparaisons incongrues (la tête de Jivaro) sont décalées dans une analyse sociologique.

Lorsque Barthes adopte un ton lyrique et chante la forêt, l’enfance, les arbres, les tables en bois, on sent qu’il exagère. On pourrait dire qu’il en fait trop. On est dans un passé idéalisé, il ne manque que l’horloge et le feu de cheminée. On ne peut pas croire Barthes si passéiste et nostalgique. On devine qu’il s’amuse et nous manipule à son tour. On ne peut pas croire non plus que RB soit tout-à-fait sérieux lorsqu’il déclare sentencieusement « le bois fait des objets essentiels, des objets de toujours » (l.42) ce qui renvoie une nature humaine fixée de toute éternité. Un autre indice de la facétie de l’auteur est l’éloge du bois dans des termes ampoulés, pompeux : « le bois ôte, de toute forme qu’il soutient, la blessure des angles trop vifs, le froid chimique du métal ». Cette dernière expression est d’ailleurs étrange : pourquoi le froid du métal est-il qualifié de chimique ? Barthes ne laisserait-il pas parfois partir les mots tout seuls, comme lorsqu’il évoque « les jouets mécaniques qui disparaissent sous la hernie d’un ressort détraqué » ? Barthes ne jouerait-il pas aussi un peu en employant des grands mots comme « homonculus », « cénesthésie », « microcosme », démiurgie », surtout dans un texte évoquant l’univers de la réduction ?

Ces manipulations nous alertent ; on se demande si RB n’est pas en train de nous mystifier et de nous perdre dans l’univers des signes, dans le rapport des mots à la réalité. On se demande où finit l’analyse sérieuse d’une réalité sociologique et où commence l’exercice de style de Roland Barthes  écrivain.

Questionnaire sur le III

 

Le jeu, une émancipation

1 Jeux de construction

 

  • la création littéraire
  • A quelles lignes, Roland Barthes fait-il l'éloge des jeux de construction ?
  • A quoi sont-ils assimilés ?
  • Expliquez la phrase «l'enfant ne peut se constituer qu'en propriétaire, en usager, jamais en créateur »
  • Relevez d'autres oppositions qui reflètent la même idée
  • Quelle comparaison invente t-il ?
  • Relevez une phrase qui montre que Roland Barthes prend un ton tragique qui traduit son indignation
  • Quelle phrase souligne la dérision ?
  • Quelle phrase souligne la nostalgie ?
  • Quelle expression montre le style précis du sémiologue ?

 

2 – Jeu avec le lecteur

 

  • Jeu de Barthes avec son lecteur : la manipulation
  • Montrez le ton ironique de Roland Barthes dès le début du texte. Relevez la phrase qui le montre.
  • Le passé est-il idéalisé ?
  • Peut-on dire que Roland Barthes s'amuse avec lui-même et avec le lecteur ?
  • Cela pourrait-il faire parti d'un exercice de style ou est-ce selon vous ce qui fait la force d'une analyse sociologique ?

 

Conclusion

Nous avons étudié les signes que relève RB dans l’univers du jouet et ce qu’ils traduisent de l’aliénation des enfants dans la société bourgeoise. Nous avons évoqué le plaisir qu’il prend à jouer avec les mots et à se jouer du lecteur. Où finit dans ce texte l’analyse sociologique sérieuse, où commence l’exercice littéraire d’un auteur brillant ? Peu importe. On ne peut que saluer aujourd’hui encore la perspicacité de RB et son talent et, peut-être, imaginer les réflexions que lui aurait inspirées l’invasion des jeux vidéo.

 

 

DNBAC

Texte complémentaire

Isabelle Chavepeyer, Respectons le Doudou

 

Isabelle Chavepeyer, psychologue au fraje (Centre de formation permanente et de Recherche dans les milieux d’accueil du jeune enfant),

l’« objet transitionnel ». Celui-ci est le résultat de ce que D.W. Winnicott appelait une « coproduction de la relation mère-enfant ». Cet objet est présenté, parmi d’autres, par la Mère, et est finalement choisi par l’enfant. Le « doudou » en tant qu’objet est donc une manifestation possible des phénomènes transitionnels.Cet intérêt ciblé sur un objet ou un phénomène particulier débute le plus souvent vers l’âge de 6 mois ; rarement plus tôt, même si l’on peut constater des moments de rêverie chez les plus petits, témoignant, à n’en pas douter, de la construction naissante de la fonction transitionnelle. Plus précisément, l’on pourrait dire que deux conditions semblent préalables à l’investissement d’un « doudou » : d’une part, le bébé doit avoir découvert la « permanence de l’objet » (concept mis en évidence par Freud [4] Sigmund Freud (1919), « Au-delà du principe de plaisir »,... et développé par Piaget [5] Jean Piaget, La construction du réel chez l’enfant,..., que l’on pourrait traduire par : « ce qui a disparu peut-être retrouvé : cela a continué d’exister dans ma tête grâce aux représentations mentales que je m’en suis faites ») ; d’autre part, le bébé doit aussi avoir accès à l’intersubjectivité (être différencié de l’autre tout en étant en relation à l’autre).La permanence de l’objet et l’intersubjectivité ne sont pas à considérer telles des étapes, mais plutôt comme des processus de pensée qui se construisent progressivement. Dans les premiers mois de vie du bébé, ces processus sont fugaces, de courte durée, et opèrent dans des conditions très spécifiques. Ainsi, par exemple, la permanence d’un objet en mouvement semble être une découverte que le bébé perçoit bien avant la permanence d’un objet statique. De même, la perception que le bébé aura d’être différent de l’autre se fera d’abord essentiellement au travers de la perception sensorielle qu’il a de lui dans la relation à l’autre. La construction de son identité propre se fera tout au long des trois premières années de vie. Le nouveau-né, durant de courts moments particulièrement contenants (exemple : lors de la tétée), serait capable de rassembler ses différentes sensations et ainsi de ressentir la différenciation dans la relation ; l’on parle alors de « noyaux d’intersubjectivité primaires [6] Bernard Golse, Bébés qui sentent, bébés qui pensent,... ». Au fur et à mesure que le bébé grandit, la différenciation se fait de plus en plus constante. Ainsi, vers 3 ans, l’enfant peut se vivre comme un être à part entière dans la relation et parler de lui en disant « je », témoignant par là de la conscience qu’il a de lui-même.

Trois années de « labeur psychique » pour le tout-petit ! Un travail identitaire dont l’enjeu est de rester relié à l’autre tout en parvenant à s’en différencier ; préserver une continuité d’être au travers d’expériences multiples, de sensations différentes. C’est là que le « doudou » va remplir sa fonction ; qu’il peut être cocréé.

La fonction transitionnelle

Celle qui est la plus souvent reconnue au « doudou » est celle de consoler, rassurer le tout-petit. Le « doudou » peut être vu comme un point d’appui pour rester relié aux premières images mentales que le jeune enfant se fait de ses bonnes expériences : l’image avec sa mère, avec son père… Il a une fonction de lien entre le présent et l’absent. Il est un support pour se représenter mentalement ce dont l’enfant est séparé et facilite ainsi la possibilité d’anticiper un retour possible. Avec le « doudou », le tout-petit, lors de séparation ou de discontinuité, parvient à préserver du lien. Face à une nouvelle expérience, devant un manque de disponibilité de l’adulte, lorsque les repères se font moins présents ou, tout simplement, lorsqu’il en ressent le besoin, le jeune enfant peut se tourner vers son « doudou » pour tenter de se réorganiser et rester dans une continuité d’être.

En caressant, tétant, suçant, respirant… son « doudou », l’enfant se trouve dans cette zone intermédiaire que l’on nomme « espace potentiel » ou « aire transitionnelle » ; zone intermédiaire, car on la situe dans l’entre-deux : ne faisant pas totalement partie du monde interne du tout-petit et n’y étant pas totalement extérieure non plus. Dans cette aire transitionnelle, l’enfant est engagé dans une tâche incessante et profondément humaine : celle de maintenir la réalité intérieure et la réalité extérieure distinctes et néanmoins étroitement liées. Ainsi, la manipulation du « doudou » permet à l’enfant d’ouvrir la porte de l’imaginaire, de la rêverie et de faire dérouler le film de ses pensées.

Avec son « doudou », le petit est dans un mouvement d’intériorisation des expériences et d’assimilation des émotions liées à ces expériences ; il relie ses sensations internes avec des éléments externes et construit ses images mentales, ses raisonnements.

En grandissant, l’enfant parviendra de mieux en mieux à se relier à sa pensée, sa rêverie, sans l’aide d’un « doudou » ; des relais au « doudou » occuperont une place de plus en plus importante : la culture, la spiritualité, l’art… comme autant de modalités permettant l’accès à son monde intérieur. Devant une œuvre d’art, à l’écoute d’un morceau de musique, l’individu va ouvrir la porte à sa rêverie. Ainsi relié à l’autre, aux expériences externes ou intériorisées, l’être humain est à même de créer, d’inventer.

 

Biographie de l’auteur :

* Pédopsychiatre (pédo=enfant)

* Licenciée en psychologie 

Ce qu’il faut comprendre du texte :

Dans ce texte elle décrit la fonction et l’évolution des objets transitionnels.   

* L’enfant a besoin de quelque chose pour l’aider à grandir et s’intégrer dans le monde.  Ce quelque chose est le « doudou », qui peut être un objet (chiffon, peluche, drap…) dans ce cas-là on parle d’« objet transitionnel ». 

* Quand l’enfant grandit, il fait face à deux choses : la permanence d’un objet (en mouvement ou statique) et l’intersubjectivité (« être différencié de l’autre toute en étant en relation avec l’autre »). Ce sont des « processus de pensée qui se construisent progressivement ».  

* En effet l’enfant n’est pas conscient de qui il est jusqu’à un certain âge, et il apprend à se différencier de lui-même des autres, grâce aux sensations qu’il reçoit  par les objets transitionnels. Ainsi l’enfant pourra parler de « je »  vers  trois ans.  

* Pourquoi le « doudou » est un objet transitionnel ?   L’enfant manipule son « doudou », il aime faire ce qu’il fait avec,  il peut relier des « sensations internes » avec des « éléments externes ». 

* Le « doudou » est un intermédiaire entre l’enfant et le monde extérieur.

* L’objet transitionnel meurt mais la fonction transitionnelle demeure à travers d’autres objets (musique, art..)

*  Maintien une frontière entre l’imaginaire et la réalité.  

En relation avec « Jouets » :

Barthes parle également d’une connexion intérieure et extérieure, mais il parle plus de l’objet. Il différencie l’objet en plastique et l’objet en bois et conclut que l’objet en bois permet une meilleure connexion entre monde extérieur et intérieur. Il parle de « chaleur naturelle de son contact » avec le bois. 

Les deux auteurs sont d’accord =  le « jouet » ou  le « doudou »  =  un objet essentiel pour l’enfant, mais Barthes explique que  n’importe quel objet n'est pas bien. 

Date de dernière mise à jour : 27/07/2017