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Bac 2010, français, sujets séries générales

 

DNBAC

 

 

 
   

 

sujets bac français 2010 

SÉRIES GÉNÉRALES




Objet d'étude : La poésie.
Textes :  
TEXTE A : Jean de La Fontaine (1621-1695), Le Songe de Vaux (1671) 
TEXTE B : Paul Verlaine (1844-1896), « Melancholia », Poèmes saturniens (1866) 
TEXTE C : Guillaume Apollinaire (1880-1918), Vitam impendere amori (1917) 
TEXTE D : Philippe Jaccottet (né en 1925), La Semaison (1984) 
TEXTE E : Casimir Prat (né en 1955), Le Figuier (1993).



Texte A -  Jean de La Fontaine (1621-1695), Le Songe de Vaux (1671).

[Dans un songe, le poète voit les jardins du palais de Vaux. L'Architecture, la Peinture, le Jardinage et la Poésie doivent concourir pour savoir qui l'emporte en talents. Hortésie, allégorie du Jardinage, vante ses mérites devant les juges assemblés. Elle parle ici d'«un amateur de ses beautés ».] 


Libre de soins, exempt d'ennuis,
  II ne manquait d'aucunes choses : 
  II détachait les premiers fruits, 
  II cueillait les premières roses ;
  Et quand le ciel armé de vents
  Arrêtait le cours des torrents 
  Et leur donnait un frein de glace, 
  Ses jardins remplis d'arbres verts 
  Conservaient encore leur grâce,
  Malgré la rigueur des hivers.

  Je promets un bonheur pareil 
  A qui voudra suivre mes charmes ; 
  Leur douceur lui garde un sommeil 
  Qui ne craindra point les alarmes.
  II bornera tous ses désirs
  Dans le seul retour des Zéphyrs ;
  Et fuyant la foule importune, 
  II verra au fond de ses bois
  Les courtisans de la fortune
  Devenus esclaves des rois.

  J'embellis les fruits et les fleurs : 
  Je sais parer Pomone et Flore ; 
  C'est pour moi que coulent les pleurs 
  Qu'en se levant verse l'Aurore.
  Les vergers, les parcs, les jardins, 
  De mon savoir et de mes mains 
  Tiennent leurs grâces non pareilles ; 
  Là j'ai des prés, là j'ai des bois ; 
  Et j'ai partout tant de merveilles 
  Que l'on s'égare dans leur choix. 

  Je donne au liquide cristal 
  Plus de cent formes différentes, 
  Et le mets tantôt en canal, 
  Tantôt en beautés jaillissantes ; 
  On le voit souvent par degrés 
  Tomber à flots précipités ; 
  Sur des glacis je fais qu'il roule, 
  Et qu'il bouillonne en d'autres lieux ; 
  Parfois il dort, parfois il coule, 
  Et toujours il charme les yeux. 

  Je ne finirais de longtemps 
  Si j'exprimais toutes ces choses : 
  On aurait plus tôt au printemps 
  Compté les œillets et les roses. 
  Sans m'écarter loin de ces bois, 
  Souvenez-vous combien de fois 
  Vous avez cherché leurs ombrages : 
  Pourriez-vous bien m'ôter le prix, 
  Après avoir par mes ouvrages 
  Si souvent charmé vos esprits.



Texte B - Paul Verlaine (1844-1896), « Melancholia », Poèmes saturniens (1866).



               APRES TROIS ANS

   Ayant poussé la porte étroite qui chancelle, 
  Je me suis promené dans le petit jardin 
  Qu'éclairait doucement le soleil du matin, 
  Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.

   Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle 
  De vigne folle avec les chaises de rotin... 
  Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin 
  Et le vieux tremble1 sa plainte sempiternelle. 

   Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
  Les grands lys orgueilleux se balancent au vent.
  Chaque alouette qui va et vient m'est connue. 

   Même j'ai retrouvé debout la Velléda2 
  Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue, 
- Grêle, parmi l'odeur fade du réséda. 


1. Le tremble est une variété d'arbre.
2. La Velléda désigne la statue d'une déesse et prophétesse germaine du Ier siècle.



Texte C - Guillaume Apollinaire (1880-1918), Vitam impendere amori (1917).


  Le soir tombe et dans le jardin 
  Elles racontent des histoires 
  A la nuit qui non sans dédain 
  Répand leurs chevelures noires 

  Petits enfants petits enfants 
  Vos ailes se sont envolées 
  Mais rose toi qui te défends 
  Perds tes odeurs inégalées 

  Car voici l'heure du larcin1 
  De plumes de fleurs et de tresses 
  Cueillez le jet d'eau du bassin 
  Dont les roses sont les maîtresses 

1. Le larcin est un petit vol commis furtivement.



Texte D - Philippe Jaccottet (né en 1925), La Semaison (1984).

   Cognassiers1 en fleurs, derrière la ferme Granier. Quatre ou cinq arbres en file, de taille décroissante (à cause du vent, probablement). Décèlerai-je, saurai-je dire un jour leur beauté propre, qui n'est pas celle de n'importe quel arbre fruitier au moment de la floraison, et qui me semble plus grande qu'aucune autre ? 
  L'espèce d'enclos à l'entrée des « puits » : un espace allongé au bord du ruisseau invisible, entre des haies de broussailles, divisé par deux rangs de jeunes yeuses2, herbu ; un monde de verts, du clair au foncé - et là-dedans le chant des rossignols - la triple liquidité (du chant, du ruisseau et des feuillages commençants). On dirait que c'est hors du monde, perdu, mais merveilleusement perdu, préservé ; une réserve. Simple, mais comme dit Plotin3 : « Comment parler de ce qui est absolument simple ? »

1. Le cognassier est l'arbre fruitier qui produit les coings. 
2. L'yeuse est l'autre nom du chêne vert, variété de chêne méditerranéen de petite taille et à feuillage persistant. 
3. Plotin est un philosophe grec du IIIe siècle.



Texte E - Casimir Prat (né en 1955), Le Figuier (1993).



Dans le jardin je reconnais ta voix de loin : 
    première fleur du cerisier. 
Et derrière ta voix, l'oubli, le printemps et la lune 
   que tu as arrêtée dans ta chute 
et l'ombre humiliée d'un oiseau ; je ne sais plus, 
le temps me manque. J'ai oublié le vent, l'oiseau, 
   le secret, l'importance des choses : 
l'abeille dans la rose 
comme la ligne d'horizon qu'un enfant a tracée à 
   la craie sur le tableau du ciel...



I- Après avoir lu tous les textes du corpus, vous répondrez d'abord â la question suivante (4 points) :

Ce corpus vante les charmes du jardin. Que représente ce lieu dans chacun des poèmes ?

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

Commentaire
Vous ferez le commentaire du poème de Verlaine (texte B).

Dissertation
« On dirait que c'est hors du monde, perdu, mais merveilleusement perdu, préservé. » Pensez-vous que cette définition du jardin donnée par Philippe Jaccottet puisse s'appliquer à la poésie ?
Vous répondrez dans un développement organisé, en vous appuyant sur les textes du corpus, les poèmes étudiés en classe et vos lectures personnelles.

Invention 
Vous revenez dans un lieu qui a beaucoup compté pour vous : vous décidez, à l'occasion d'un concours d'écriture, d'évoquer ce lieu dans un texte poétique qui ne sera pas nécessairement versifié. Votre texte se nourrira d'images, d'effets sonores, de figures de construction etc.

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 30/08/2017

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