Théophile de Viau, un corbeau devant moi croasse
Lecture de la poésie
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Un corbeau devant moi croasse,
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Une ombre offusque mes regards,
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Deux belettes et deux renards
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Traversent l'endroit où je passe,
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Les pieds faillent à mon cheval,
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Mon laquais tombe du haut mal,
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J'entends craqueter le tonnerre,
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Un esprit se présente à moi,
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J'ois Charon qui m'appelle à soi,
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Je vois le centre de la terre.
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Ce ruisseau remonte en sa source,
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Un bouf gravit sur un clocher,
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Le sang coule de ce rocher,
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Un aspic s'accouple d'une ourse,
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Sur le haut d'une vieille tour
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Un serpent déchire un vautour,
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Le feu brûle dedans la glace,
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Le Soleil est devenu noir,
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Je vois la Lune qui va choir,
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Cet arbre est sorti de sa place.
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Analyse de la poésie :
Problématique possible : En quoi cette poésie est-elle baroque?
Theophile de Viau est d'une famille protestante, il est converti au catholicisme, mais soupconné d'être athée . Il a écrit des poèmes érotique, et est condamné pour ce libertinage au bûcher, par contumace, et pendant ce temps, il va faire 2 ans de cachot . A sa sortie , il est banni de Paris pour ses écrits , mais il s'y cache car il ne veut pas partir . Il sort tres affaibli de prison et meurt peu de temps après .
Poème : Composé de 2 dizains d'octosyllabes .
Les rimes sont :
*embrassées 4
*plates 2
*embrassées 4
On est dans l'esthetique du bizarre, avec un crecendo puisque le texte devient de plus en plus bizarre . On suit la logique du monde inversé .
I) Un monde étrange, déroutant
a) titre
titre surprenant annonciateur de l'état d'esprit baroque de la poésie
b) Présence du "je "
* 1ere persone à plusieurs reprises des le 1er vers
V7= " j'entends", V10 et 19= 2 occurences "je vois "
et au V12 " mes regards"
= verbes de perception:
*2 occurences de la vue
* 2 occurences de l'ouie
+ démonstratif au v 11-13 et 20
------------>tout ça est la preuve d'un témoin
Fonction::
Les phénomène décrits prennent réalité puisqui'ls ont été vus et entendus
devant = met en présence le témoin, idée de proximité
La réalité des évènements est amplifiée par le temps du présent.
C) éléments décrits
* Syntaxe:
Les faits sont énoncés de manière extrêmement simple, selon la logique un vers, un évènement .
2 cas un peu différents :
* 1ere strophe = 2 vers pour un évènement : 3-4
15-16
Répétition de la même structure, cela créé un effet de litanie.
La ponctuation : Parataxe, = pure juxtaposition des choses, une phrase.
Les faits sont isolés, aucune articulation
------------>donne un ensemble décousu .
*logique se dessine
1er dizain = 1-7 : Monde réel= crecendo du spectaculaire, troublant.
On a une dramatisation = on note une atmosphère lugubre et morbide .
+ sombre = "corbeau "
"ombre, offusqué "
Le V1 est accentué par l'allitération .
8-10 : Bizarrerie commence : 3 hallucinations
2 hallucination visuelle v 8 et 10
1 auditive
----------------------------->Sens de la perception semblent se déregler : une intrusion du monde visible
2eme Dizain = 1 crecendo . Que des visions insolites avec un monde totalement disparate:
animaux, esprit
A l'intérieur même de ce dizain, on a une amplification de la bizarrerie . Au début de ce 1ere dizain :
11-16= bizarrerie contient elements ponctuels , singulier, particulier.
v18-19= Phénomène d'élargissement : détraquement s'amplifie .
La logique du crescendo continue donc .
II ) Esthétique du bizzare, symbole d'un monde devenu incomprehensible
a) Remise en cause de l’ordre qui régit le monde
*Distinction entre un fait réel et hallucination se dissout puisqu'ils sont tous présentés de la même manière
*Toute culture est fondée sur séparation du monde des vivants / morts . Cette loi fondamentale des cultures est remise en place .
* L'ordre chronologique sombre également puisqu'on a au v 10 la loi géometrique craquée : " je vois le centre de la terre "
------------>Plus aucune categorie fixe , stable pour apprehender (comprendre ) le monde
b) monde inversé
Eléments qui échangent leur place
Au v 36=le faible devient fort et le fort devient faible
v18= lumineux ------------>devient obscure
13= Animé / Inanimé
Rencontre insolite
12= terriens qui rencontrent le spirituel ( boeuf, clocher )
v 17 / 18= Fusion étrange qui sont très proches de l'oxymore
------------> Alliance de terme incompatibles
Par ailleurs, on a une image de filigramme: Celle du miroir
Rythme binaire:
------------>2 dizains , 2belletes, , 2 renards, 2 enjambement
* Rimes embrassées: AB BA
*Strophes abbac : ca'b'b'a'
Poème tout entier , c la même chose, les 4 premiers vers font écho au 4 derniers.
Le miroir est emblématique du baroque parce qu'il renvoie aux questions de l'original et de son reflet . Donc ------------>de lettres et de son apparence qui sont des thématiques baroques .
c) Instabilité généralisée
Le branle universelle est renforcée par des verbes de mouvement . Le lecteur est jeté au coeur du cataclysme qui se produit donc sous ses yeux , et surtout semble se prolonger au delà des limites du texte : V 19= présent à valeur de futur proche " va cheoir " = idée d’imminence de la chute ; Plus rien n'est ici à sa place , ce que symbolise le déracinement final
Arbre renvoie au symbole de la connaissance ( = bible ) ------------> Son déracinement final renvoie au bouleversement des connaissances scientifique à l'époque
Conclusion : Texte étrange dans lequel le lecteur se voit mis dans la même position de l'homme du 17 e s face au monde .
L'homme du 17 e a perdu ses repères , ses croyances, ses certitudes, et il a découvert que les apparences sont trompeuses . Il est face à un monde devenu imcomprehensible . Le lecteur face à ce texte , est dans cette même position inconfortable, on le jette au milieu d'images déroutante , sa logique est bousculée et il doit se débrouiller , un peu comme l'homme a l'époque , c'est à dire, qu'il doit construire seul le sens de ce poème .
Ce texte est aussi un hommage à la force de l'imagination puisque chaque vers fait surgir un monde déroutant mais qui peut aussi etre enchanteur
. c'est une dimension de séduction du texte = ne peut laisser le lecteur indifférents.
Ouverture possible :
On retrouve la même thématique baroque de l'inversion dans l'ordre du monde chez Théophile de Viau dans Le soleil est devenu noir