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Montaigne, les Essais, découverte du Nouveau Monde. Cannibales I, 31. Dénoncer le préjugé ethnocentrique Européen

Dnbac commentaires

Critique, dénoncer le préjugé ethnocentrique des Européens : la découverte du Nouveau Monde

 

Montaigne, Des Cannibales, I, 31 

Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté : sinon que chacun appelle barbarie, ce qui n’est pas de son
usage ; comme de vrai, il semble que nous n’avons autre mire14
de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et
usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite
religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes
choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire,
a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordre commun, que
nous devrions appeler plutôt sauvages. En ceux-là sont vives
et vigoureuses, les vraies et plus utiles et naturelles vertus et
propriétés, lesquelles nous avons abâtardies en ceux-ci, et les
avons accommodées au plaisir de notre goût corrompu. Et si15
pourtant la saveur même et délicatesse se trouve à notre goût
excellente, à l’envi des nôtres16, en divers fruits de ces contrées-là, sans culture.
Ce n’est pas raison que l’art gagne le point d’honneur sur notre grande et puissante
mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par
nos inventions, que nous l’avons du tout17 étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises. [...]
Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais
non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. Leur guerre
est toute noble et généreuse, et a autant d’excuse et de beauté que cette maladie
humaine en peut recevoir ; elle n’a autre fondement parmi eux, que la seule jalousie
de la vertu. Ils ne sont pas en débat18 de la conquête de nouvelles terres, car ils
jouissent encore de cette uberté19 naturelle, qui les fournit sans travail et sans peine,
de toutes choses nécessaires, en telle abondance qu’ils n’ont que faire d’agrandir
leurs limites. Ils sont encore en cet heureux point, de ne désirer qu’autant que leurs
nécessités naturelles leur ordonnent ; tout ce qui est au delà est superflu pour eux.
Ils s’entr’appellent généralement ceux de même âge, frères ; enfants, ceux qui sont
au dessous ; et les vieillards sont pères à tous les autres. Ceux-ci laissent à leurs
héritiers en commun, cette pleine possession de biens par indivis20, sans autre titre
que celui tout pur que nature donne à ses créatures, les produisant au monde.
Montaigne, « Des cannibales », Essais, Livre I, Chapitre 31
 

14.mire : modèle, moyen de juger de.
15.si : adverbe de renforcement, il faut comprendre : « et en effet ».
16.à l’envi des nôtres : si on les confronte aux nôtres.
17.du tout : totalement.
18.débat : querelle.
19.uberté : abondance.
20.indivis : sans division de propriété, en collectivité.
 

 

Montaigne, Des Cannibales, I, 31, livre I, les Essais

Lecture analytique 

Introduction

  • Montaigne est un humaniste du 16e

  • Les Essais = son œuvre principale

  • Dans ce chapitre, Montaigne évoque la découverte du Nouveau Monde avec les Indiens sauvages et dénonce le regard des Européens. Il remet en cause les idées reçues.

 

Problématiques possibles

  • Montrez que ce texte est une dénonciation de la civilisation

  • Quelle est la stratégie argumentative de Montaigne?

  • Comment Montaigne défend t'-il les sauvages en remettant en cause les fondements de la société dans laquelle il vit?

 

Annonce du plan

Dans le but de répondre à notre question «Comment Montaigne défend t'-il les sauvages en remettant en cause les fondements de la société dans laquelle il vit?», nous verrons dans un premier temps

I – La critique de la civilisation Européenne

II – La vision positive des sauvages

 

Développement

I – La critique de la civilisation Européenne

1 – les reproches de Montaigne

Thèse de Montaigne = «Il n'y a rien de barbare et de sauvage dans cette nation»

  • Montaigne reproche aux Européens de juger les hommes du Nouveau Monde comme des barbares et leur société d'après leur modèle de société et de civilisation. «Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage»

  • Les Européens estiment leur société meilleure = vision ethnocentrique

2 – Une critique violente

  • Par son vocabulaire «abâtardies»

  • L'Européen transforme de façon criminelle la nature = «Détourné, altéré, étouffé»

  • Les Européens sont corrompus

  • Montaigne donne une leçon de morale «ce sont encore des lois». Usage du présent de vérité générale.

  • Allitérations en «V», «R» = violence et barbarie

3 – Humour pour critiquer

  • 1ère personne du pluriel

  • Montaigne s'assimile aux Européens = autodérision

  • Insistance sur le terme «parfaits»

  • Il y a du vocabulaire mélioratif et péjoratif pour souligner l'ethnocentrisme.

  • Ironie de Montaigne qui reproche aux Européens de juger la société des Indiens du Nouveau Monde par rapport à leur société sans prendre de recul.

II – La vision positive des sauvages = Eloge des sauvages

= PORTEE HUMANISTE DU TEXTE

1 – Renversement des termes barbares et sauvages

Refus du sens péjoratif du terme «sauvage» des Européens

  • Les Indiens sont des sauvages. Montaigne critique ce point de vue en jouant sur le sens polysémique du mot sauvage = Argumentation efficace construite sur le sens positif de «sauvage», l'auteur fait l'éloge des cannibales.

DU FRUIT SAUVAGE A L'HOMME SAUVAGE

Homme civilisé + Fruit cultivé s'opposent à l'homme sauvage + fruit sauvage

MAIS IL Y A SUPERIORITE DU FRUIT SAUVAGE SUR LE FRUIT CULTIVE

Antithèses:

Nature/ Culture + Vie sauvage/ Civilisation

«vertus» + «propriétés», «nature» s'opposent à «abâtardies», «notre goût corrompu», «nos artifices».

Anaphores:

«Pas de.... pas de «

  • La notion de barbarie est subjective, relative

«Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage»

2 – Valorisation de la nature

- L'éloge des sauvages est un éloge de la nature.

La civilisation est rabaissée et la nature valorisée comme le suggère le champ lexical «vertus», «utiles», «véritable», »grande et puissante mère nature», «richesses».

Les cannibales sont proches de la nature, ils vivent à l'état de nature, sans artifices. Ils sont purs, authentiques, tandis que l'homme civilisé est «abâtardi» et «corrompu».

La nature est supérieure à la culture ainsi «l'art ne produit que des choses imparfaites», la nature est pure.

C'est une critique sous-jacente du progrès qui est contre-nature. Le progrès éloigne l'homme de l'état de nature.

3 – Portée humaniste du texte

Montaigne invite l'homme à vivre dans le respect et la loi naturelle. Son ouverture d'esprit, sa remise en cause des préjugés Européens, son appel à la tolérance, son acceptation des différences entre les sauvages et les Européens sont autant de caractéristiques humanistes.

Il cherche à partager sa vision avec le lecteur

Il propose une vision originale car les Européens sont en en fait les vrais sauvages. Les civilisés sont des sauvages incapables de vivre en accord avec la nature.

Conclusion

Ainsi cet extrait des Cannibales est un renversement des préjugés ethnocentriques Européens et l'éloge des sauvages traduit la portée humaniste du texte.

La thèse de Montaigne valorise l’homme à l’état de nature , ce qui n’est pas sans nous familiariser avec l’origine du mythe du bon sauvage , proche de la réflexion rousseauiste.

 

 

 

Montaigne les Essais. Découverte du Nouveau Monde cannibales Du jugement Au lecteur Des coches De l'Amitié

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