Commentaire d'un texte après étude de la méthode, entraînement sur Flaubert, l'éducation sentimentale, début du ch. 5

 

DNBAC

 

Fiche méthode pour le commentaire de texte


 


 

Objectif : faire apparaître l’intérêt, l’originalité d’un texte à partir de son analyse précise

 

 

1e étape : Cerner le texte


De quoi ça parle, et comment?

Introduction

 
  • Situer le texte dans son contexte Auteur/Epoque/mouvement littéraire
  • Si vous ne connaissez rien sur le contexte du texte : utilisez tous les éléments qui vous sont donnés autour du texte, généralement en italique, pour construire cette partie de votre introduction.
    • Genre = poésie, argumentation, théâtre...

      Thème = ce dont parle le texte

      Caractéristiques d’écritures: registres = comique, lyrique, pathétique... , procédés dominants

      Problématique

      • Annonce du plan =

      • Dans un premier temps nous analyserons… (I), puis nous étudierons…(II), enfin nous verrons…

2e étape: Analyse du texte

 

procédés et analyse

classer vos remarques dans un tableau: citations procédés, analyse

 

La conclusion :

Elle fait la synthèse de tout le développement : elle n’est donc pas la simple reprise de l’introduction.

Elle ouvre sur un élargissement : sur un autre texte qui peut être comparé au texte étudié (même style, même sujet..) = ouverture


 

 

Faire le commentaire de l'Education sentimentale, Flaubert

 

 

 

Travail d’écriture :

commentaire littéraire ( 14 points )

 

Vous rédigerez un commentaire littéraire de l’extrait B, dans son intégralité, à partir du parcours suivant : Axe 1 : Un regard réaliste et esthétique sur Paris (en fonction des allées et venues ou du regard de Frédéric).

Axe 2 : L’ennui

 

 

Flaubert, L’éducation sentimentale (1869) L’Éducation sentimentale est un roman de Gustave Flaubert, paru en 1869. L’histoire débute en 1840. Au début, Frédéric Moreau, personnage principal, n’a que 18 ans. Récemment bachelier, il quitte provisoirement Paris pour Nogent-sur-Seine, où il va retrouver sa mère. Il fait le voyage en bateau (bateau appelé La Ville de Montereau) sur la Seine. C’est sur ce bateau qu’il rencontre Madame Arnoux, une femme mariée, mère de deux enfants, plus âgée que lui, dont il tombe éperdument amoureux au premier regard. Désormais, il ne pensera plus qu’à elle. Revenu à Paris pour y commencer des études de droit, il n’a qu’une idée : la revoir. Frédéric est un jeune homme velléitaire et rêveur. Rien de ce qu’il entreprend ou vit ne l’intéresse vraiment : ni ses études, ni ses amitiés, ni ses aventures amoureuses, ni la situation politique parisienne... Il a pourtant une assez haute idée de lui-même, comme le mentionne le narrateur dans l’incipit : Frédéric « trouvait que le bonheur mérité par l’excellence de son âme, tardait à venir ». Son désenchantement progressif est aussi celui de toute une génération de jeunes gens romantiques. Dans ce passage du chapitre 5 de la première partie, Frédéric vient d‘apprendre l’absence de Madame Arnoux qui est partie en province.

 

 

Regard de Frédéric sur Paris

 

Alors commencèrent trois mois d’ennui. Comme il n’avait aucun travail, son désœuvrement renforçait sa tristesse.

 

Il passait des heures à regarder, du haut de son balcon, la rivière qui coulait entre les quais grisâtres, noircis, de place en place, par la bavure des égouts, avec un ponton de blanchisseuses amarré contre le bord, où des gamins quelquefois s’amusaient, dans la vase, à faire baigner un caniche. Ses yeux délaissant à gauche le pont de pierre de Notre-Dame et trois ponts suspendus, se dirigeaient toujours vers le quai aux Ormes, sur un massif de vieux arbres, pareils aux tilleuls du port de Montereau. La tour Saint-Jacques, l’hôtel de ville, Saint-Gervais, Saint-Louis, Saint-Paul se levaient en face, parmi les toits confondus, — et le génie de la colonne de Juillet resplendissait à l’orient comme une large étoile d’or, tandis qu’à l’autre extrémité le dôme des Tuileries arrondissait, sur le ciel, sa lourde masse bleue. C’était par-derrière, de ce côté-là, que devait être la maison de Mme Arnoux. Il rentrait dans sa chambre ; puis, couché sur son divan, s’abandonnait à une méditation désordonnée : plans d’ouvrage, projets de conduite, élancements vers l’avenir. Enfi n, pour se débarrasser de lui-même, il sortait. Il remontait, au hasard, le quartier latin, si tumultueux d’habitude, mais désert à cette époque, car les étudiants étaient partis dans leurs familles. Les grands murs des collèges, comme allongés par le silence, avaient un aspect plus morne encore ; on entendait toutes sortes de bruits paisibles, des battements d’ailes dans des cages, le ronfl ement d’un tour, le marteau d’un savetier ; et les marchands d’habits, au milieu des rues, interrogeaient de l’œil chaque fenêtre, inutilement. Au fond des cafés solitaires, la dame du comptoir bâillait entre ses carafons remplis ; les journaux demeuraient en ordre sur la table des cabinets de lecture ; dans l’atelier des repasseuses, des linges frissonnaient sous les bouffées du vent tiède. De temps à autre, il s’arrêtait à l’étalage d’un bouquiniste ; un omnibus, qui descendait en frôlant le trottoir, le faisait se retourner ; et, parvenu devant le Luxembourg, il n’allait pas plus loin. Quelquefois, l’espoir d’une distraction l’attirait vers les boulevards. Après de sombres ruelles exhalant des fraîcheurs humides, il arrivait sur de grandes places désertes, éblouissantes de lumière, et où les monuments dessinaient au bord du pavé des dentelures d’ombre noire. Mais les charrettes, les boutiques recommençaient, et la foule l’étourdissait, — le dimanche surtout, — quand, depuis la Bastille jusqu’à la Madeleine, c’était un immense fl ot ondulant sur l’asphalte17, au milieu de la poussière, dans une rumeur continue ; il se sentait tout écœuré par la bassesse des fi gures, la niaiserie des propos, la satisfaction imbécile transpirant sur les fronts en sueur ! Cependant, la conscience de mieux valoir que ces hommes atténuait la fatigue de les regarder.

 

 

 

 

Introduction

L'Education sentimentale de Flaubert, auteur du 19ème siècle appartenant au mouvement littéraire le réalisme.

L'Education sentimentale = roman d'apprentissage = évolution d'un personnage = Frédéric

Passage à situer = chapitre 5, 1ère partie.

L'action se situe en été, à Paris que nous découvrons à travers le personnage.

Problématique :

Comment le lecteur découvre t'-il Paris à travers le regard à la fois réaliste, esthétique de Frédéric en effet miroir à son ennui, un paysage état-d'âme ?

 

I – Un regard réaliste et esthétique

 

Une description réaliste = effet de réel

Nous avons une description organisée tout au long des paragraphes qui correspondent à différents lieux décrits.

Lieu de départ = «du haut de son balcon ».

La description part de l'intérieur, à partir du balcon de son appartement vers l'extérieur dès le paragraphe 2, «il sortait », l. 13, puis l. 14, «il remontait ».

Description de Paris, «Notre-dame » par exemple + quartier latin = quartier étudiant, Frédéric est lui-même étudiant.

Monuments + quartiers, quartier latin et grands boulevards = champ lexical de la ville

Les habitants sont évoqués par les différents corps de métier = « savetier », « repasseuses », « bouquiniste ».

Des anecdotes renforcent l'ancrage de la scène dans la réalité = «la dame du comptoir baîllait », il y a en outre une volonté d'apporter du réalisme grâce aux phrases courtes, «les journaux demeuraient en ordre ».

Verbes à l'imparfait = description, coulait », « s'amusaient », « dirigeaient »...

Le réalisme est accentué par la présence des sens comme la vue, «à regarder », « ses yeux », « l'oeil », l'ouie, « silence », « on entendait ». Les sensations du personnage = réalisme vécu. On peut également citer, «allongés par le silence », «les bruits paisibles », «des battements d'ailes dans des cages, le ronflement d'un tour, le marteau d'un savetier... ».

Description des bâtiments avec la comparaison pour la colonne de juillet ligne 8, la couleur pour le dôme des Tuileries, ligne 9.

 

 

Regard esthétique

Passage de l'intérieur à l'extérieur = la description n'est pas seulement réaliste mais esthétique car elle s'organise selon le mouvement du personnage, la vision de Frédéric part de son balcon puis la description devient extérieure, «il remontait », l. 14. La description s'accorde au regard de Frédéric, elle est en mouvement, «Ses yeux délaissant à gauche », l. 4, «il remontait », l. 14 puis, elle s'organise en premier plan «sur les grands murs des collèges » et en second plan avec « au fond des cafés », l. 18 et 19.

Avec l'énumération de noms propres, "la tour Saint-Jacques […] Saint-Paul", on comprend que le regard de Frédéric se promène.

La description s'accorde avec le point de vue du narrateur elle s'esthétise et est faite d'une manière cinématographique

Importance accordée aux couleurs « d'or », « bleue », « grisâtres, noircis »

description de Paris faite d'oppositions

La richesse des couleurs des monuments est opposée à la grisaille de la Seine.

On retrouve également une opposition dans les formes (colonnes et dôme), les couleurs (or et bleue) et les symboles que représentent les monuments (révolution et monarchie).

La description de Paris passe par la Seine. L'eau est tranquille, elle a un rythme lent : "lenteur du temps".

La Seine est polluée : "grisâtre", "noircis", "la bavure des égouts".

 

II – L'ennui

 

Un effet miroir

Le paysage reflète l'état d'âme du personnage, l'ennui fait écho à sa description de la ville. Frédéric est désoeuvré et projette sa vision sur Paris. Son état d'esprit est à l'image du gris de la ville « grisâtres, noircis ... »

Son ennui transparaît dès la première phrase, « il passait des heures », sa lassitude est renforcée par l'accumulation des lieux du premier paragraphe.

Inactivité = l. 11, « couché sur son divan », l. 12 « méditation ». Présence d'allitérations en «L » qui mettent en avant son ennui, «balcon », « coulait », « délaissant »

Ennui + tristesse = allusion à la dernière phrase du premier paragraphe à l'absence de Mme Arnoux.

 

L'ennui renforcé par la solitude de Frédéric

Il est seul dans la ville, nous n'avons aucun dialogue, le texte est centré sur la description de Paris

Une seule allusion à la fin du premier paragraphe à Mme Arnoux = « la maison de Mme Arnoux »

Le lecteur ressent l'enfermement de Frédéric sur lui-même et sa coupure avec le monde. Présence du champ lexical de la solitude = « cafés solitaires », « désert ».

 

Personnage oisif

Personnage sans projet

Sa vie est à l'image de sa promenade dans les rues de Paris = hasard. Il semble être spectateur, complètement passif, il n'a aucun but, le hasard le guide, «au hasard », «Et parvenu devant le Luxembourg, il n'allait pas plus loin ». Sa promenade ressemble à une errance. Il est en proie à une certaine nostalgie dépressive, « méditations désordonnées », manque de volonté.

 

Conclusion

Synthèse des parties

Réponse à la problématique

Ouverture avec Emma Bovary de Flaubert

Retrouvons-nous chez Emma Bovary ce même état d'enfermement sur elle-même ?

 

 

I

Le jeu sur les points de vue

  • Flaubert joue sur les points de vue. Il utilise d'abord la focalisation externe avec Frédéric Moreau désigné par le pronom "il". Sa description se fait d'un point de vue extérieur.

  • Le narrateur décrit ses faits et gestes : "Ses yeux délaissant à gauche le pont de pierre".

  • Dans le deuxième paragraphe, on entre dans les pensées du personnage, grâce au point de vue omniscient : "s'abandonnait à une méditation désordonnée : plans d'ouvrages, projets de conduites..." (énumération).

II

Un personnage passif

  • Le héros est décrit comme passif. Son comportement permet de se faire une idée précise de son caractère.

  • Il est souvent immobile : "il passait des heures à regarder".

  • Il rêve : "s'abandonnait à une méditation".

  • Il se promène sans but : "il remontait, au hasard".

  • L'utilisation de l'imparfait suppose que Frédéric a pour habitude de se promener sans savoir où il va : "enfin, pour se débarrasser de lui-même, il sortait."

III

Paris vue par Frédéric : l'ennui du personnage

  • La description de Paris par les yeux de Frédéric permet de mettre en avant l'ennui du personnage.

  • L'ensemble du texte présente la ville. C'est une description. Dans le second paragraphe, il y a interruption.

  • C'est le caractère du héros qui justifie la description. Comme il ne fait rien, il regarde Paris : "il passait des heures à regarder".

  • Il faut également combler le vide : Flaubert décrit donc la ville. Elle devient le sujet principal. Cela traduit parfaitement l'inaction du héros.

IV

Une description de Paris faite d'oppositions

  • La description de Paris passe par la Seine. L'eau est tranquille, elle a un rythme lent : "lenteur du temps".

  • La Seine est polluée : "grisâtre", "noircis", "la bavure des égouts".

  • On note la présence de détails réalistes, "ponton des blanchisseuses" et la cruauté des enfants qui plongent un chien dans la vase.

  • Cette vision pessimiste de Paris traduit l'ennui et la tristesse de Frédéric.

  • Avec l'énumération de noms propres, "la tour Saint-Jacques […] Saint-Paul", on comprend que le regard de Frédéric se promène.

  • La richesse des couleurs des monuments est opposée à la grisaille de la Seine.

  • On retrouve également une opposition dans les formes (colonnes et dôme), les couleurs (or et bleue) et les symboles que représentent les monuments (révolution et monarchie). Les références historiques préparent l'intrigue de la révolution de 1830, essentielle dans le roman.

V

Le Quartier latin

  • Le Quartier latin est important dans le roman. C'est le lieu où se retrouvent les étudiants.

  • La description est prise en charge par le narrateur, qui utilise le pronom indéfini "on" : "on entendait". Ce n'est plus une description subjective de Frédéric.

  • Il y a une volonté d'apporter du réalisme avec des phrases courtes et simples : "la dame du comptoir baillait", "les journaux demeuraient en ordre".

  • Après cette description, l'extrait opère un retour sur le héros en focalisation externe : "il s'arrêtait", "le faisait se retourner".

VI

L'importance des sens et du mouvement

  • Dans le passage, les sens ont une grande importance.

  • On fait références à des sensations auditives : "allongés par le silence". Paris vu comme tranquille. Le silence domine : "plus morne encore". On entend tout de même des "bruits paisibles" : "des battements d'ailes dans des cages, le ronflement d'un tour, le marteau d'un savetier ; et les marchands d'habits, au milieu des rues, interrogeaient de l'œil chaque fenêtre, inutilement".

  • Le regard du narrateur qui balaie la scène, joue un rôle primordial : "au fond des cafés", "dans l'atelier des repasseuses".

  • Paris est étrangement paisible : "si tumultueux d'habitude, mais désert à cette époque". On a l'impression d'un temps au ralenti, en suspension.
    Tout cela traduit l'état d'esprit de Frédéric.

  • Source


 

Flaubert (1821-1880), L’Éducation sentimentale (1869), 1ère partie, Chapitre 5

Comment ce texte, tout en décrivant Paris, nous renseigne-t-il sur le héros ?

Introduction :

- Flaubert : rappeler les grandes lignes de sa vie, son exigence envers son oeuvre ; indiquer son courant

littéraire ; présenter brièvement ses deux oeuvres les plus connues Madame Bovary et L’Éducation

sentimentale.

- Le passage : présenter le thème, le protagoniste, les circonstances de la description

Lecture

- Reprise de la question et annonce du plan : ce passage, en mettant en scène le héros à différents endroits de

la capitale en dresse le portrait. Nous verrons donc dans un premier temps quelle vision de la capitale se

dégage de l’extrait puis nous nous intéresserons au portrait du personnage principal

I - Une description réaliste

a- une description organisée : les différents paragraphes correspondent à différents lieux décrits

b- les lieux : les monuments, les quartiers (et notamment l’opposition entre le quartier latin et les grands

boulevards), le champ lexical de la ville

c - les habitants de Paris : les différents corps de métier cités, les activités

d- une description précise : les indicateurs spatiaux, les caractérisations des lieux (couleurs, formes, sons,

etc…)

tout concourt à donner un effet de réel : on découvre Paris à un moment particulier de l’année

cependant ce texte nous présente aussi le protagoniste grâce au point de vue interne

II - Une description reflet du personnage

a - le point de vue interne :

-verbes de perception

- la description d’abord suit le regard de Frédéric du haut de son balcon (indicateurs spatiaux + lieux

vus successivement)

- puis l’errance du personnage permet de découvrir certains lieux successivement

b - un personnage oisif et velléitaire:

- référence à « l’ennui », à son manque d’activité

- un personnage sans projet, concernant sa vie et même sa promenade dans les rues de Paris

c- un personnage méprisant

- expressions péjoratives du dernier paragraphes

- sentiment de supériorité

d- un « paysage-état d’âme »

- l’ennui du personnage trouve son écho dans la description de la ville : au désoeuvrement de Frédéric

correspond le désoeuvrement de Paris en cette saison

Conclusion

- La description de la ville et le portrait du personnage sont donc dessinés conjointement : le regard et l’errance

du héros permettent l’évocation de la ville, évocation qui renvoie à l’état d’âme du protagoniste.

- La vision que propose ce texte de Paris en été peut être comparée à celle de l’incipit de Bel-Ami de

Maupassant. Dans l’un et l’autre texte, le héros erre dans Paris mais leur perception amène à une description

toute différente

 

Flaubert

 

Autres études du texte :

 

Commentaire

Autre étude

 

 

 

 

Corpus de textes Texte A : Balzac, Le Colonel Chabert (1832) Texte B : Flaubert, L’éducation sentimentale (1869)

 

Texte A Balzac, Le Colonel Chabert (1832)

 

 

Après dix ans d’absence, un homme que l’on a cru mort à la bataille d’Eylau (1807), revient à Paris et réclame ce qui lui revient de droit : sa femme et sa fortune. Cet homme se présente à l’avoué Derville et lui fait un récit poignant de sa disparition, lui expliquant pourquoi il n’a pas donné signe de vie pendant si longtemps. Il prétend être le colonel Chabert, un proche de Napoléon, laissé pour mort sur le champ de bataille. Sauvé in extremis par de braves gens, il est resté entre la vie et la mort pendant des mois et a perdu la mémoire. S’étant remis peu à peu, il a traversé l’Allemagne pour revenir en France mais partout où il racontait son histoire, personne ne le croyait. Il a écrit plusieurs fois à sa femme qui n’a jamais répondu. Dès son retour à Paris, il va trouver l’avoué Derville pour obtenir gain de cause, en passant par la voie juridique. Derville, troublé par l’accent de vérité de cet homme qui ne paie pas de mine, décide de lui rendre visite dans son logis parisien, dans le faubourg Saint-Marceau19.

 

Derville découvre le lieu de vie du colonel

 

Arrivé là, Derville fut forcé d’aller à pied à la recherche de son client ; car son cocher refusa de s’engager dans une rue non pavée et dont les ornières20 étaient un peu trop profondes pour les roues d’un cabriolet21. En regardant de tous les côtés, l’avoué fi nit par trouver, dans la partie de cette rue qui avoisine le boulevard, entre deux murs bâtis avec des ossements et de la terre, deux mauvais pilastres22 en moellons23, que le passage des voitures avait ébréchés, malgré deux morceaux de bois placés en forme de bornes. Ces pilastres soutenaient une poutre couverte d’un chaperon24 en tuiles, sur laquelle ces mots étaient écrits en rouge : VERGNIAUD, NOURICEURE. À droite de ce nom, se voyaient des œufs, et à gauche une vache, le tout peint en blanc. La porte était ouverte et restait sans doute ainsi pendant toute la journée. Au fond d’une cour assez spacieuse, s’élevait, en face de la porte, une maison, si toutefois ce nom convient à l’une de ces masures bâties dans les faubourgs de Paris, et qui ne sont comparables à rien, pas même aux plus chétives25 habitations de la campagne, dont elles ont la misère sans en avoir la poésie. En effet, au milieu des champs, les cabanes ont encore une grâce que leur donnent la pureté de l’air, la verdure, l’aspect des champs, une colline, un chemin tortueux26, des vignes, une haie vive27, la mousse des chaumes28, et les ustensiles champêtres ; mais à Paris la misère ne se grandit que par son horreur. Quoique récemment construite, cette maison semblait près de tomber en ruine. Aucun des matériaux n’y avait eu sa vraie destination, ils provenaient tous des démolitions qui se font journellement dans Paris. Derville lut sur un volet fait avec les planches d’une enseigne : Magasin de nouveautés. Les fenêtres ne se ressemblaient point entre elles et se trouvaient bizarrement placées. Le rez-de-chaussée, qui paraissait être la partie habitable, était exhaussé29 d’un côté, tandis que de l’autre les chambres étaient enterrées par une éminence30. Entre la porte et la maison s’étendait une mare pleine de fumier où coulaient les eaux pluviales et ménagères. Le mur sur lequel s’appuyait ce chétif logis, et qui paraissait être plus solide que les autres, était garni de cabanes grillagées où de vrais lapins faisaient leurs nombreuses familles. À droite de la porte cochère31 se trouvait la vacherie32 surmontée d’un grenier à fourrages33, et qui communiquait à la maison par une laiterie. À gauche étaient une basse-cour, une écurie et un toit à cochons qui avait été fi ni, comme celui de la maison, en mauvaises planches de bois blanc clouées les unes sur les autres, et mal recouvertes avec du jonc. Comme presque tous les endroits où se cuisinent les éléments du grand repas que Paris dévore chaque jour, la cour dans laquelle Derville mit le pied offrait les traces de la précipitation voulue par la nécessité d’arriver à heure fixe. Ces grands vases de fer-blanc bossués dans lesquels se transporte le lait, et les pots qui contiennent la crème, étaient jetés pêle-mêle devant la laiterie, avec leurs bouchons de linge. Les loques trouées qui servaient à les essuyer flottaient au soleil étendues sur des fi celles attachées à des piquets. Ce cheval pacifique, dont la race ne se trouve que chez les laitières, avait fait quelques pas en avant de sa charrette et restait devant l’écurie, dont la porte était fermée. Une chèvre broutait le pampre34 de la vigne grêle et poudreuse qui garnissait le mur jaune et lézardé de la maison. Un chat était accroupi sur les pots à crème et les léchait. Les poules, effarouchées à l’approche de Derville, s’envolèrent en criant, et le chien de garde aboya. L’homme qui a décidé le gain de la bataille d’Eylau serait là ! se dit Derville en saisissant d’un seul coup d’œil l’ensemble de ce spectacle ignoble.

 

  1. faubourg Saint-Marceau : actuel 13e arrondissement de Paris, quartier populaire d’une importante nécropole (les catacombes).

  2. 20. ornières : trous creusés par le passage répété des roues.

  3. 21. cabriolet : ici, petite voiture à cheval.

  4. 22. pilastres : piliers plats signalant l’entrée de la cour.

  5. 23. moellons : pierres grossièrement taillées.

  6. 24. chaperon : petit toit.

  7. 25. chétives : ici, modestes.

  8. 26. tortueux : sinueux.

  9. 27. haie vive : clôture constituée de buissons.

  10. 28. chaumes : landes, bruyères.

  11. 29. exhaussé : surélevé.

  12. 30. éminence : monticule.

  13. 31. porte cochère : large porte permettant le passage des voitures.

  14. 32. vacherie : étable à vaches.

  15. 33. fourrages : aliments pour bétail.

  16. 34. pampre : branche de vigne.

 

 

 

Texte B

L’éducation sentimentale (1869)

 

L’Éducation sentimentale est un roman de Gustave Flaubert, paru en 1869. L’histoire débute en 1840. Au début, Frédéric Moreau, personnage principal, n’a que 18 ans. Récemment bachelier, il quitte provisoirement Paris pour Nogent-sur-Seine, où il va retrouver sa mère. Il fait le voyage en bateau (bateau appelé La Ville de Montereau) sur la Seine. C’est sur ce bateau qu’il rencontre Madame Arnoux, une femme mariée, mère de deux enfants, plus âgée que lui, dont il tombe éperdument amoureux au premier regard. Désormais, il ne pensera plus qu’à elle. Revenu à Paris pour y commencer des études de droit, il n’a qu’une idée : la revoir. Frédéric est un jeune homme velléitaire et rêveur. Rien de ce qu’il entreprend ou vit ne l’intéresse vraiment : ni ses études, ni ses amitiés, ni ses aventures amoureuses, ni la situation politique parisienne... Il a pourtant une assez haute idée de lui-même, comme le mentionne le narrateur dans l’incipit : Frédéric « trouvait que le bonheur mérité par l’excellence de son âme, tardait à venir ». Son désenchantement progressif est aussi celui de toute une génération de jeunes gens romantiques. Dans ce passage du chapitre 5 de la première partie, Frédéric vient d‘apprendre l’absence de Madame Arnoux qui est partie en province.

 

Regard de Frédéric sur Paris Alors commencèrent trois mois d’ennui. Comme il n’avait aucun travail, son désœuvrement renforçait sa tristesse.

 

Il passait des heures à regarder, du haut de son balcon, la rivière qui coulait entre les quais grisâtres, noircis, de place en place, par la bavure des égouts, avec un ponton de blanchisseuses amarré contre le bord, où des gamins quelquefois s’amusaient, dans la vase, à faire baigner un caniche. Ses yeux délaissant à gauche le pont de pierre de Notre-Dame et trois ponts suspendus, se dirigeaient toujours vers le quai aux Ormes, sur un massif de vieux arbres, pareils aux tilleuls du port de Montereau. La tour Saint-Jacques, l’hôtel de ville, Saint-Gervais, Saint-Louis, Saint-Paul se levaient en face, parmi les toits confondus, — et le génie de la colonne de Juillet resplendissait à l’orient comme une large étoile d’or, tandis qu’à l’autre extrémité le dôme des Tuileries arrondissait, sur le ciel, sa lourde masse bleue. C’était par-derrière, de ce côté-là, que devait être la maison de Mme Arnoux. Il rentrait dans sa chambre ; puis, couché sur son divan, s’abandonnait à une méditation désordonnée : plans d’ouvrage, projets de conduite, élancements vers l’avenir. Enfi n, pour se débarrasser de lui-même, il sortait. Il remontait, au hasard, le quartier latin, si tumultueux d’habitude, mais désert à cette époque, car les étudiants étaient partis dans leurs familles. Les grands murs des collèges, comme allongés par le silence, avaient un aspect plus morne encore ; on entendait toutes sortes de bruits paisibles, des battements d’ailes dans des cages, le ronfl ement d’un tour, le marteau d’un savetier ; et les marchands d’habits, au milieu des rues, interrogeaient de l’œil chaque fenêtre, inutilement. Au fond des cafés solitaires, la dame du comptoir bâillait entre ses carafons remplis ; les journaux demeuraient en ordre sur la table des cabinets de lecture ; dans l’atelier des repasseuses, des linges frissonnaient sous les bouffées du vent tiède. De temps à autre, il s’arrêtait à l’étalage d’un bouquiniste ; un omnibus, qui descendait en frôlant le trottoir, le faisait se retourner ; et, parvenu devant le Luxembourg, il n’allait pas plus loin. Quelquefois, l’espoir d’une distraction l’attirait vers les boulevards. Après de sombres ruelles exhalant des fraîcheurs humides, il arrivait sur de grandes places désertes, éblouissantes de lumière, et où les monuments dessinaient au bord du pavé des dentelures d’ombre noire. Mais les charrettes, les boutiques recommençaient, et la foule l’étourdissait, — le dimanche surtout, — quand, depuis la Bastille jusqu’à la Madeleine, c’était un immense flot ondulant sur l’asphalte17, au milieu de la poussière, dans une rumeur continue ; il se sentait tout écœuré par la bassesse des figures, la niaiserie des propos, la satisfaction imbécile transpirant sur les fronts en sueur ! Cependant, la conscience de mieux valoir que ces hommes atténuait la fatigue de les regarder.

 

 

 

Questions ( 6 points )

 

Quels éléments font de ces deux textes des scènes animées ? (2 points)

Quelle atmosphère particulière se dégage de ces deux textes ? (2 points)

Quels sont les points de vue adoptés. Vous répondrez en indiquant aussi la place du narrateur (2 points).

Date de dernière mise à jour : 18/08/2017

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