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Barjavel, la nuit des temps, préparation à un contrôle de lecture

 

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Analyse littéraire

La nuit des temps, lecture analytique de l'incipit 

 

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René Barjavel, né le  à Nyons (Drôme) et mort le  à Paris, est un écrivain et journaliste français principalement connu pour ses romans d'anticipation, de science-fiction ou fantastique dans lesquels s'exprime l'angoisse ressentie devant une technologie que l'homme ne maîtrise plus.

Certains thèmes y reviennent fréquemment : chute de la civilisation causée par les excès de la science et la folie de la guerre, caractère éternel et indestructible de l'amour (RavageLe Grand SecretLa Nuit des tempsUne rose au paradis). Son écriture se veut poétique, onirique et, parfois, philosophique. Il a aussi abordé dans des essais l'interrogation empirique et poétique sur l'existence de Dieu (notamment, La Faim du tigre), et le sens de l'action de l'homme sur la Nature. Il fut aussi scénariste et dialoguiste de films, dont Le Petit Monde de don Camillo.

Barjavel, précurseur de la science fiction

À l'époque (1942) où il publie ses deux premiers romans fantastiques, Barjavel fait figure de précurseur dans le désert qu'est alors la science-fiction française. La science-fiction américaine ne débarquera en effet massivement qu'après 1945, et encore faudra-t-il de longues années avant que des noms comme Isaac Asimov, A. E. van Vogt, Clifford D. Simak ou même l'ancêtre H. P. Lovecraft soient connus de plus que quelques amateurs.

Et c'est un peu a posteriori que l'on rattache les premiers romans de Barjavel (Le Voyageur imprudent et Ravage), au genre de la science-fiction : le terme n'est pas encore utilisé en France ; on parle plutôt de « roman scientifique » chez Jules Verne, de « roman d'anticipation » pour J.-H. Rosny aîné ou Albert Robida ou encore de « roman extraordinaire » chez Barjavel, mais pas encore de science-fiction : ce terme, anglo-saxon, ne s'imposera que plus tard. Et de surcroît, dans ses deux romans écrits et publiés dans un Hexagone alors coupé du monde anglophone, Barjavel ne fait intervenir ni extra-terrestres répugnants, ni robots psychopathes, ni voyages spatiaux, ni mutants. Mais il y développe déjà des idées typiques du déferlement des années 1950 : apocalypse, fin du monde, voyage dans le temps, retour à la barbarie et autres catastrophes imputables à une technologie aliénante ou malicieusement utilisée.

Barjavel, bien que se démarquant de la littérature de l'époque par ses thèmes fantastiques, est aussi un écrivain de son temps. On a parfois voulu discerner dans Ravage (1943) un écho de l'idée pétainiste du retour à la terre et de la méfiance envers l'urbanisation d'une France encore majoritairement rurale. Barjavel se verra à cet égard reprocher sa signature dans différents journaux de la collaboration tels Je suis partout et Gringoire. Il abandonnera néanmoins rapidement cette veine collaborationniste à la suite du succès de Ravage. Il y décrit, avec un sens aigu de la satire, une civilisation technologique du xxie siècle — l'action se situe en 2052 — ramenée au Néolithique par la disparition soudaine de l'électricité, qui brutalement met fin au machinisme. Une effroyable décomposition sociale s'ensuit, où la brutalité et la loi du plus fort resurgissent dans les mégapoles en proie aux flammes et à la famine.

Si Barjavel semble nettement se méfier du progrès (notamment dans la scène finale, où le nouveau roi d'un monde revenu techniquement au Moyen Âge agricole fulmine contre le réinventeur d'une machine à vapeur pourtant très primitive), ces inquiétudes étaient très présentes à l'époque (cf. La France contre les robots, de Georges Bernanos), ou encore René Guénon, dont Barjavel faisait grand cas : l'influence de La Crise du monde moderne sur Ravage est évidente (la catastrophe qui y est décrite est une « version plausible » de celle qui, selon Guénon, est censée sanctionner la folie du monde matérialiste moderne). La suite de son œuvre a pourtant montré qu'il n'était pas opposé au progrès, à tel point que cette scène peut également passer pour une satire de l'obscurantisme. On peut aussi y voir les regrets d'un homme de la terre devant l'exode ruralqui allait s'intensifier jusque dans les années 1970 et transformer la société française de manière profonde et durable : Ravage n'est-il pas dédié par l'auteur « à mes grands-pères paysans » ?

Le Voyageur imprudent est bien moins « engagé », c'est un chef-d'œuvre de fantaisie pure et de cruauté humoristique qui précède en outre les années 1950 dans l'exposition de ce que l'on appelle le « paradoxe temporel ». On oublie souvent en outre que les deux œuvres sont liées, le monde futur très lointain que visite le voyageur du temps étant la suite de la catastrophe de 2052. Barjavel y expose une vision « biologique » de l'avenir de l'humanité, amusante et délirante illustration des thèses évolutionnistes, son voyage en l'an 100 000 n'étant pas, à cet égard, sans rappeler l'an 802 701 du H. G. Wells de La Machine à explorer le temps.

Avec Le Diable l'emporte (1948), Barjavel aborde la question alors très actuelle de la Troisième Guerre mondiale (on est en pleine guerre froide). Ce thème sera l'un des favoris de la SF américaine de l'après-guerre (DrBloodmoney, de Philip K. Dick, Le Lendemain de la Machine, de Rayer, Je suis une légende, de Richard Matheson, etc.). Mais là encore l'humour noir le plus cruel épice le genre de l'anticipation, et les moyens que l'humanité emploie pour s'autodétruire sont loin de se limiter aux armes nucléaires. Barjavel ne manque pas, à travers l'absurde robotisation du « civilisé inconnu » ou les dérapages de l'agriculture industrielle (la poule géante dévorant un stade de football), de se moquer avec cruauté des dérives de la manipulation du vivant.

Barjavel ira jusqu’à envisager que l'humanité s'est dotée de la bombe atomique par instinct malthusien de limitation de l'explosion démographique, thèse exposée dans La Faim du tigre sur un ton philosophique voltairien à l'humour dévastateur.

Les années 1960 verront Barjavel très en phase, plus ou moins consciemment, avec les idées de Mai 68 (Les Chemins de Katmandou) qu'il évoque même avant qu'elles ne s'expriment, dans le poignant La Nuit des temps (où le thème de la guerre totale est de nouveau exploité), ainsi que dans Le Grand Secret, où l'on découvre un Barjavel nettement favorable à la libération sexuelle et plutôt libertaire. Il est aussi l'un des rares auteurs de science-fiction (avec Arthur C. Clarke dans La Cité et les Astres) à avoir traité de manière approfondie et spéculative le thème de l'immortalité.

Dans Lettre ouverte aux vivants qui veulent le rester, Barjavel prend clairement position contre le nucléaire civil. Néanmoins, il ne peut être classé politiquement, on peut même dire — les rapports entre la Russe Leonova et l'Américain Hoover dans La Nuit des temps l'illustrent — qu'il est apolitique.

Source 

 

La Nuit des temps

Image illustrative de l'article La Nuit des temps
L'équation de Zoran

Auteur René Barjavel
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman de science-fiction
Éditeur Presses de la Cité
Date de parution 1968
Nombre de pages 410
ISBN 2266152424
Chronologie
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La Nuit des temps est un roman de science-fiction de René Barjavel publié en 1968 aux Presses de la Cité et ayant reçu le Prix des libraires l'année suivante.

Une grande découverte en Antarctique

Des expéditions scientifiques françaises en Antarctique révèlent l'émission d'un signal venu de la profondeur des glaces. Une expédition rassemblant de nombreuses nations est organisée afin d’atteindre le point d'émission du signal. Ses membres communiquent grâce à un ordinateur traduisant instantanément leurs paroles.

L'expédition internationale découvre les ruines d'une civilisation disparue sous la glace depuis 900 000 ans et les scientifiques du monde entier affluent vers le site pour aider à explorer et comprendre.

La planète entière assiste à l'exploration en direct via la télévision satellite à couverture mondiale. Les explorateurs découvrent une sphère ovoïde en or dans laquelle se trouvent en état de biostase les corps nus d’un homme et d’une femme dont les têtes sont recouvertes de casques d’or qui masquent leurs visages.

Simon, médecin faisant partie de l’expédition scientifique, décide avec ses collègues de procéder au réveil des corps, mais en commençant par celui de la femme, car les scientifiques tâtonnent sur la méthode de réveil, et le corps de l'homme montre des traces de brûlures sur le torse.

Réveil d'Eléa et explications sur le monde disparu

La femme est tirée de son sommeil : elle dit s'appeler Eléa et Simon tombe éperdument amoureux d'elle.

Grâce à une machine apposée sur son front, Eléa transmet les éléments de sa mémoire, lesquels sont retransmis par les canaux de la télévision mondiale. Les souvenirs d'Eléa relatent l'histoire de son monde, mais aussi la sienne et celle de son compagnon Païkan, et la guerre qui a détruit sa civilisation. Son monde semble similaire au nôtre, mais pas à la même époque. Elle vivait il y a 900 000 ans, dans une civilisation bien plus avancée, appelée Gondawa, à l’aube d’une guerre qui dévasta la terre entière. Eléa et son compagnon Païkan sont destinés l’un à l’autre depuis leur enfance et s’aiment d’un amour infini.

Les merveilles que font espérer la découverte du site de Coban rendent les nations hystériques : on augmente le niveau de protection de l'expédition car des menaces de sabotage sont transmises au monde entier. Le récit fait constamment le parallèle entre le monde contemporain et celui d'Eléa.

Alors que la fin du monde d'Eléa était proche, afin de donner un avenir à cette civilisation, quelques scientifiques éclairés d'alors, incarnés par le meilleur d'entre eux, Coban, avaient décidé de mettre en état d’hibernation un homme et une femme possédant les critères intellectuels et physiques optimum. Coban avait été choisi, ainsi qu'Eléa, mais contre son gré, car elle ne pouvait supporter d'être séparée de Païkan. Elle s'était alors enfuie avec Païkan mais, après de multiples péripéties, celui-ci avait décidé de la sauver malgré elle. Il l’avait assommée et ramenée à Coban, préfèrant la savoir en vie sans lui que morte avec lui.

Tentative de réveil du second personnage et dénouement

Après avoir écouté le récit d'Eléa, Simon et ses collègues scientifiques décident de réveiller l’homme, qui a besoin d'une transfusion sanguine en raison de ses blessures. Eléa lui donne de son sang.

Après réflexion, et durant la transfusion, elle choisit de refuser la possibilité que lui offre Simon de refaire sa vie avec lui : secrètement elle s’empoisonne, et par là-même, empoisonne l’homme qu’elle croit être Coban et qu'elle juge responsable de son malheur.

Mais en réalité, ce n'est pas Coban qu'elle tue avec elle mais Païkan. Ne pouvant se résigner à vivre sans elle, il avait en effet tué Coban et pris sa place dans la sphère d'hibernation. Leurs cœurs cessent de battre en même temps. Simon s'en rend compte trop tard : ne sachant s'il existe un antidote au poison et si on pourra l'administrer à temps, il choisit de ne pas prévenir Eléa de sa méprise.

Le leitmotiv du roman, indiquant l'amour d'Eléa pour Païkan est « Eléa : je suis à Païkan, Païkan : je suis à Eléa. »

Dans le même temps, les savants sont trahis par l'un d'entre eux et la base, sabotée, doit être évacuée. Simon, le cœur brisé, rentre chez lui, indifférent aux bruits de guerre qui montent partout sur la planète.

Personnages principaux

Les contemporains

  • Dr Simon : médecin français, épris d'Eléa.
  • Joe Hoover : chimiste et chef de la délégation américaine. C'est la caricature de l'américain moyen, obèse, raciste et machiste par bêtise. Il a pourtant, au cours du récit, l'occasion d'utiliser à bon escient ses méthodes de cow-boy.
  • Léonova : anthropologue et chef de la délégation russe. Elle paraît au début être la parfaite petite militante marxiste mais sait faire abstraction de son idéologie dans l'intérêt majeur de l'humanité.
  • Dr Lebeau : médecin français.
  • Lukos : philologue turc et inventeur de la Traductrice. Il trahit ses amis en tentant de voler l'Equation de Zoran, source de l'énergie universelle. Le lecteur ne saura jamais pourquoi ni à qui il obéissait, puisqu'il se suicide après avoir miné la base. Ses complices trouvant la mort au cours de leur fuite, l'équation est perdue à tout jamais, à part quelques bribes qui sont inexploitables.
  • Hoï-To : physicien japonais assassiné par Lukos à la fin du roman.
  • Les Vignont : famille de Parisiens qui suit les événements à la télévision.

Les Gondas

Les habitants de Gondawa, appelés Gondas, vivaient il y a 900 000 ans dans un Antarctique tropical du fait d'une inclination différente de la Terre. Ils exploitaient l'énergie universelle, qui leur apportait tout ce qui était nécessaire à leur confort, mais leur a également permis de créer l'arme solaire, qui détruisit les civilisations existantes. Leur apparence est celle d'Européens, mais ils sont tous gauchers.

  • Eléa : la femme réveillée, elle a été choisie contre son gré par Coban pour sauver l'humanité, alors qu'elle ne veut que vivre son amour avec Païkan. Fougueuse et révoltée, elle est prête à tuer pour rejoindre son amant. Après l'avoir cru mort, elle perd toute sa joie de vivre et sa combativité.
  • Coban : le plus grand savant de Gondawa et directeur de l’Université, il a sélectionné Eléa en raison de ses qualités physiques et mentales. Contrairement à elle, il refuse de se laisser guider par les sentiments : il est prêt à abandonner sa fille unique à son triste sort.
  • Païkan : l'amoureux d'Eléa depuis son enfance. Il est aussi déterminé qu'elle, mais on ne le comprend vraiment qu'à la fin.
  • Lokan : président du Gondawa. Désespéré par l'idée de perdre la guerre, il choisit d'ignorer les conseils des savants qui n'ont aucun doute sur la dangerosité de l'arme solaire.

Les Enisors

Enisoraï était une nation contemporaine et rivale de Gondawa. Peuplée par les ancêtres des natifs américains, elle occupait ce qui deviendra les Amériques, dont la géographie a été bouleversée par le cataclysme. C'était une nation militariste et impérialiste, qui niait l'individu. Sa supériorité démographique incita les Gondas à utiliser l'arme solaire, ce qui détruisit le monde. Les Enisors apparaissent peu dans le roman, mais deux d'entre eux jouent un rôle crucial dans le destin d'Eléa et de Païkan ; il s'agit de Kutiyu, chef du gouvernement d'Enisoraï et responsable de la guerre et d'un soldat énisor dont on ignore le nom, qui attaque Païkan avant qu'il n'ait eu le temps de refermer l'abri. Païkan est grièvement brûlé dans l'affrontement et, en raison de ces brûlures, aucun des scientifiques chargés de le réveiller ne le reconnaît, ce qui aurait pu éviter sa fin tragique.

 

Un classique tardif de la science-fiction

La Nuit des temps était à l'origine un scénario destiné à un film d'André Cayatte, envisagé comme une superproduction à l'américaine, avec les moyens nécessaires pour donner vie à un scénario qui relevait de la science-fiction avec effets spéciaux (dont des maquettes). Malheureusement, en 1965, la production française, pourtant coutumière des coproductions coûteuses, se refusait à toutes formes de projets de science-fiction. Le producteur se désista et Cayatte jeta l'éponge

Barjavel resta donc avec ce scénario sur les bras. Il ne pouvait, faute de financement, être pour Cayatte ce qu'avait été par exemple Arthur C. Clarke pour Stanley Kubrick et 2001 : l'Odyssée de l’espace. Il décida d'adapter le scénario abandonné en un roman, renouant ainsi avec la littérature après des années de découragement : en effet, à l'époque, Barjavel connaissait une traversée du désert.

La Nuit des temps est considérée aujourd'hui comme une réussite du genre du niveau de ce que l'on était en droit d'attendre d'un des pères de la SF française, mais d'une facture toute différente de celle de ses romans d'anticipation précédents : ici, le récit est beaucoup plus contemporain et très ancré dans l'esprit des années 1960.

Barjavel puise ses matériaux dans diverses sources documentaires et littéraires, à commencer par un ouvrage curieux, un succès de librairie des années 1950 : Les Grands Bouleversements Terrestres d'Immanuel Velikovsky, pour la partie expliquant le changement d'axe de la Terre. Par ailleurs, il s'inspire de la légende de Tristan et Iseut, ceux que la mort même ne peut séparer, mais également du thème de La Belle au bois dormant. Le nom de la civilisation, « Gondawa », évoque le super-continent Gondwana, bien connu des géologues. Mais il reprend aussi, en les modernisant, plusieurs grands thèmes classiques de la SF comme celui d'une civilisation disparue plus avancée que la nôtre (l'Atlantide, les Hyperboréens), la guerre totale, la télépathie, les sources d'énergie infinie, etc. L'idée d'une civilisation antérieure à la nôtre et plus évoluée était également fort à la mode à l'époque avec des auteurs comme Robert Charroux (Histoire inconnue des Hommes depuis 100 000 ans), Jacques Bergier, Erich von Däniken ou encore Serge Hutin. Enfin Gondawa, en tant que civilisation parfaite, rappelle quelque peu La Cité et les Astres de Arthur C. Clarke.

On peut y voir l'écho inversé d'un roman comme Le Lendemain de la machine (Tomorrow sometimes comes), de Francis George Rayer, qui présente quelques analogies avec La Nuit des Temps, sauf que le survivant endormi après la guerre atomique se réveille, lui, dans un lointain futur où, comme dans La Nuit des temps, règne un immense ordinateur sur une société a priori parfaite. Une histoire un peu similaire se retrouve dans Pygmalion 2113 (Edmund Cooper, 1958), où un homme congelé se réveille, après une guerre nucléaire, dans un monde dominé par des robots. Plus ancien, le roman épique Dix mille ans dans un bloc de glace (1890), de Louis-Henri Boussenard, abordait déjà, à la manière d'un Jules Verne, le thème de la congélation et du réveil.

Plagiat ou emprunts ?

Le thème des « mondes perdus » était très en vogue dès la fin du xixe siècle avec des auteurs britanniques comme Edgar Rice Burroughs ou Henry Rider Haggard dont le roman When the World Shook. Being an Account of the Great Adventure of Bastin, Bickley and Arbuthnot (1919) présente quelques analogies troublantes avec La Nuit des temps.

Il est par ailleurs possible — en tout cas la question fait débat — que Barjavel se soit fortement inspiré d'un roman prépublié en 1919 et paru en 1925, La Sphère d'or (Out of the Silence), de l'Australien Erle Cox. On a parfois prononcé le mot de plagiat et les ressemblances entre les deux œuvres sont frappantes : dans les deux cas, on réveille une femme d'une merveilleuse beauté (Earani — Hiéranie en français — à la place d'Eléa) dont le corps est retrouvé sous un continent désert ; les deux femmes sont issues d'une civilisation très ancienne, d'une intelligence supérieure et flanquées d'un savant qu'elles n'aiment pas, jugé dangereux et qui restera endormi ; dans les deux romans, le protagoniste tombe amoureux de la femme ; les deux civilisations anciennes se nourrissent exclusivement de pilules qui couvrent l'ensemble de leurs besoins quotidiens ; toutes deux sont le théâtre de guerres d'extermination ; les deux femmes meurent à la fin en emportant leurs secrets et, enfin, les deux tombeaux sont une sphère d'or. Cela fait beaucoup de coïncidences que des commentateurs ont relevées. Sur ce point, il est à noter que le rapprochement entre les deux romans ne se fera qu'après le décès de Barjavel en 1985.

Contexte historique

Pour ce qui est du contexte, La Nuit des temps est ancrée dans les mentalités et la situation politique de l'époque. La guerre ancienne, qui oppose deux nations dominantes — le rationnel Gondawa et l’expansionniste Enisoraï — est une transposition à peine déguisée du conflit Est-Ouest ; et si Barjavel fait savoir que son livre a été conçu avant les événements de , les révoltes d'étudiants contre la guerre en Gondawa évoquent celles qui secouaient déjà San Francisco contre la guerre du Viêt Nam en 1965. Enfin, les descriptions des vêtements, des meubles, etc., évoquent le design et la mode des années 1960.

La Nuit des temps est un roman pacifiste et assez anarchisant. Russes et Américains, renvoyés dos à dos, travaillent malgré tout ensemble, à l'image de l'effort de dépassement des oppositions nationales, assez répandu dans le milieu des sciences. Les savants court-circuitent les décisions des gouvernants. Notre civilisation paraît barbare face au raffinement et à la sagesse des savants des temps anciens, leur savoir immense risquant d'être perdu par la bêtise des hommes.

Du point de vue de l'anticipation, Barjavel embrasse des technologies qu'il avait peu ou pas traitées, comme les « cerveaux électroniques », la « traductrice universelle », le laser-plasma désintégrant (le « plaser »), la « bague », sans parler des machines étranges venues de cette civilisation disparue, comme la « mange machine » qui crée des pilules nutritives à partir de rien, ou « l'arme G » qui broie les gens à distance avec une force d'origine inconnue.

La Nuit des temps reste très populaire et est constamment réédité depuis 1968. Il est actuellement disponible chez Pocket.

L'équation de Zoran

Dans le roman de Barjavel, l'équation de Zoran est la source de l'« énergie universelle ». Elle se présente sous deux formes : la version que l'on pourrait qualifier de « savante », que seules les élites maîtrisent, et la version « avec les mots de tout le monde » qui s'énonce en ces termes : « Ce qui n'existe pas existe ». Elle ne s'écrit pas comme une équation commune, avec des lettres et des chiffres. Il s'agit d'une sorte de dessin, apparaissant dans le roman.

Source

Date de dernière mise à jour : 03/09/2017

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