Programme littérature bac 2016, Flaubert, Madame Bovary et Oedipe roi, Sophocle, Pier Paolo Pasolini

 

Outils litteraires

 

 

 

 

Classe terminale de la série littéraire

 

Programme de littérature pour l'année scolaire 2015-2016

NOR : MENE1507563N
note de service n° 2015-060 du 1-4-2015
MENESR - DGESCO MAF1

 


Texte adressé aux rectrices et recteurs d'académie ; au directeur du service interacadémique des examens et concours d'Île-de-France ; aux inspectrices et inspecteurs d'académie-inspectrices et inspecteurs pédagogiques régionaux de lettres ; aux proviseurs ; aux professeurs de lettres
Références : arrêté du 12-7-2011 (J.O. du 20-9-2011 et au B.O.E.N. spécial n° 8 du 13-10-2011)

Pour l'année scolaire 2015-2016, la liste des œuvres obligatoires inscrites au programme de littérature de la classe terminale de la série littéraire est la suivante.

A. Domaine d'étude « Littérature et langages de l'image »

Œuvres :

- Sophocle, Œdipe Roi (édition au choix du professeur).

- Pier Paolo Pasolini, Œdipe Roi, film italien, 1967 (édition au choix du professeur).

Le programme de l'enseignement de littérature en classe terminale de la série littéraire (arrêté du 12 juillet 2011 publié au B.O.E.N. spécial n° 8 du 13 octobre 2011) indique que le travail sur le domaine « Littérature et langages de l'image » doit « conduire les élèves vers l'étude précise des liens et des échanges qu'entretiennent des formes d'expression artistiques différentes ». L'inscription au programme de la tragédie de Sophocle Œdipe Roi (~425 av. JC) et de la version filmique qu'en a donnée Pier Paolo Pasolini (1967) met en jeu les relations entre littérature et langage cinématographique. La pièce de Sophocle et le film de Pasolini relèvent à l'évidence de la relation d'adaptation. La lecture croisée de l'un et de l'autre, recourant aux outils d'analyse adéquats à chacun, permettra aux élèves d'apprécier les œuvres « dans la double perspective de leur singularité et de leur intertextualité ».

Avec Œdipe Roi, Sophocle ouvre une nouvelle ère du tragique, dont les conflits ne jouent plus seulement entre l'humain et des forces divines, mais aussi entre le sujet et sa propre conscience, faisant surgir ainsi l'individu au cœur de la Cité.

L'Œdipe Roi de Pasolini s'affiche comme une réécriture de la pièce de Sophocle. Emblématique du « cinéma de poésie » théorisé par le réalisateur, le film fait de la tragédie antique l'archétype d'un questionnement sur soi, qui met aussi en jeu l'énigme de l'identité créatrice. Doublement dépaysée dans le temps et dans l'espace, la pièce y est enchâssée dans une fable autobiographique qui la réinterprète à la lumière des thèses freudiennes sur le « complexe d'Œdipe ». De la cristallisation initiale à la sublimation finale, le film relate, en s'attachant à manifester cinématographiquement la subjectivité d'un auteur, un parcours initiatique dont la tragédie grecque retrace, en abyme, la préhistoire. Traitée sur un mode onirique, la pièce de Sophocle s'inscrit dans le film à la manière d'un scénario inconscient et archaïque, dans lequel symboles et silences sont aussi signifiants que les mots, les sons et les cris. À la fois autoportrait et figure légendaire, le héros tragique devient, comme dans la pièce antique, le vecteur d'une interrogation sur la condition humaine, dont la portée universelle est clairement signifiée par le syncrétisme culturel qui caractérise le choix des décors, des costumes et de la musique.

La tragédie antique se fait aussi, conformément à sa fonction originelle, l'instrument d'une mise en question du présent. La transposition de la pièce de Sophocle dans un univers « primitif » et « barbare » traduit, chez Pasolini, une nostalgie du sacré, dont l'oubli ou la négation fonde le tragique moderne. L'épilogue du film, inspiré d'Œdipe à Colone, l'infléchit vers une réflexion sur le collectif, de nature politique, qui tout à la fois rappelle l'origine de la tragédie et appelle une réflexion sur le rôle de l'homme, et plus particulièrement de l'artiste, au sein de la Cité.

 

Œuvre :

- Madame Bovary de Gustave Flaubert

Le programme de l'enseignement de littérature en classe terminale de la série littéraire (arrêté du 12 juillet 2011 publié au B.O.E.N. spécial n° 8 du 13 octobre 2011) indique que le travail sur le domaine « lire-écrire-publier » invite les élèves « à une compréhension plus complète du fait littéraire, en les rendant sensibles, à partir d'une œuvre et pour contribuer à son interprétation, à son inscription dans un ensemble de relations qui intègrent les conditions de sa production comme celles de sa réception ou de sa diffusion ».

Pour l'étude de Madame Bovary de Gustave Flaubert, le professeur privilégiera l'analyse de la genèse qui permet aux élèves de pénétrer dans le laboratoire de l'écrivain et de s'interroger sur le processus de création du roman. Les étapes successives de l'avant-texte (plans, scénarios, esquisses, brouillons et manuscrits) constituent autant d'éléments qui nous donnent accès à l'histoire de la création. Ils rendent manifestes l'obsession et la passion du romancier pour le mot, pour la phrase, son attention aux rythmes et aux harmonies, à la dimension sonore de la langue, inscrivant la quête romanesque dans une aventure poétique, stylistique et esthétique inédite. Flaubert fait du roman un vaste poème narratif, où l'écriture s'astreint à une double exigence de justesse absolue, sur le plan de la diction comme sur celui de la fiction. La transformation d'un fait-divers banal en œuvre d'art éclaire également le travail de l'écrivain en amont du texte. Enfin, la correspondance de Flaubert avec ses contemporains, véritable essai sur l'art romanesque, permet de mieux comprendre la genèse du roman, révélant l'épreuve d'une écriture qui rompt avec le mythe de l'inspiration.

Madame Bovary contribue ainsi à l'invention d'un nouveau rapport au monde. La recherche du « neutre », de « l'impersonnalité », l'égalité de traitement des personnages, des sujets et des points de vue, affranchissent la littérature du devoir de représenter l'ordre constitué. L'écriture flaubertienne porte à sa manière une esthétique de l'âge démocratique, dévoilant un lien inextricable entre poétique et politique.

À cet égard, le professeur pourrait aborder avec les élèves dans une perspective complémentaire la réception très polémique du roman en 1857. Le procès qui s'en suivit notamment montre la complexité des liens entre littérature et société au milieu du XIXe siècle et soulève la question de la moralité à laquelle Flaubert, dans la stratégie de défense qu'il met en œuvre, fait subir un déplacement décisif : répondant à ses adversaires sur leur propre terrain, il substitue par ailleurs aux cadres d'une littérature édifiante corsetée par une morale prescriptive une éthique de l'écriture et de la lecture, fondée sur l'affirmation de l'autonomie de l'art.

 
Pour la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche
et par délégation,
La directrice générale de l'enseignement scolaire,
Florence Robine

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 23/07/2017

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